La gratuité est au centre de nombreux usages d’Internet et des outils numériques, mais selon des modalités et des finalités qui peuvent varier du tout au tout. De l’instrumentalisation du gratuit au profit d’un « capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
de surveillance » jusqu’à sa défense et sa promotion par l’institution de nouveaux « communs numériques », les relations qu’entretiennent les outils numériques et la gratuité sont loin d’être univoques.

L’histoire d’Internet et du numérique reste encore très largement associée, aujourd’hui, à un idéal démocratique de communications décentralisées et de partage de savoirs. La réalité est toutefois beaucoup plus nuancée [1]. Certes, comme le rappellent notamment les chercheurs Marion Fourcade et Daniel Kluttz, « le secteur des technologies de l’information de la Silicon Valley est né en partie des affinités antihiérarchiques et socialistes de la contre-culture de la Bay-Area des années 1960 et de l’éthique anarchiste des pirates informatiques du mouvement du logiciel libre des années 1980 » [2]. Néanmoins, l’État et le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
ne sont jamais restés bien loin. D’abord, on le sait, l’origine même d’Internet vient d’un programme militaire américain de communication décentralisée visant à faire face à une potentielle attaque nucléaire soviétique. Et jusqu’à ce jour, l’État américain, à commencer par le Pentagone et les principales agences de renseignement, garde un lien étroit (financier, administratif, etc.) avec le secteur numérique [3]. Ensuite, les grandes entreprises et les investisseurs se sont également rapidement intéressés aux potentielles applications économiques et industrielles de ces technologies, avec notamment un important afflux de capitaux constaté dès les années 1970-80 et, dans la foulée, la création des premières entreprises « technologiques » (IBM, Microsoft, Apple).

Reste que la culture du partage, de la gratuité et de la liberté qui caractérisait les premières communautés de développeurs a effectivement exercé une influence considérable sur le façonnement du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC). D’abord, parce que la plupart des premiers entrepreneurs du numérique étaient eux-mêmes issus de cette culture. Ensuite, parce qu’il était de toute façon crucial pour ces nouvelles entreprises de s’assurer les talents rares et recherchés des ingénieurs et informaticiens qui en étaient imprégnés. Enfin, parce que cette logique de la gratuité et du partage a fini par se révéler bénéfique pour le développement même du secteur et la consolidation des géants numériques que l’on connaît aujourd’hui.

Google et le « capitalisme de surveillance »

Il est devenu courant, aujourd’hui, de rappeler que si un bien ou un service Service Fourniture d’un bien immatériel, avantage ou satisfaction d’un besoin, fourni par un prestataire (entreprise ou l’État) au public. Il s’oppose au terme de bien, qui désigne un produit matériel échangeable.
(en anglais : service)
vous est proposé gratuitement, c’est parce que « le produit, c’est vous ». Ce constat n’a pourtant rien de neuf. Il aurait été popularisé dans les années 1970 dans le cadre d’une critique du modèle économique de la télévision [4]. Plus largement, Fourcade et Kluttz rappellent aussi que les liens entre gratuité et marché sont loin d’être aussi antagonistes qu’il n’y paraît et que l’utilisation de la première au service du second est en fait une réalité économique aussi ancienne que répandue [5].

Le numérique aurait toutefois permis de pousser cette logique un cran plus loin. Pour la spécialiste américaine du numérique, Shoshana Zuboff, c’est à Google que l’on devrait l’invention de ce qu’elle nomme le « capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
de surveillance » [6] et dont la fourniture de services gratuits est l’un des fondements. Jusqu’à l’éclatement de la « bulle Internet » en 2001, l’entreprise cherchait en effet, comme d’autres, le moyen de rentabiliser son activité en en faisant payer le coût par ses utilisateurs finaux. Elle s’était en outre juré de ne jamais monnayer les informations acquises sur et par ses utilisateurs, en en réservant uniquement l’exploitation pour l’amélioration de ses services. La situation change toutefois avec la crise de 2001 et la nécessité de dégager rapidement des profits pour ne pas couler comme tant d’autres « entreprises d’Internet ». Dès ce moment, on assiste à un virage à 180 degrés, et Google va rapidement passer maître dans l’art de récolter, exploiter et monnayer massivement les données de ses utilisateurs auprès d’acteurs tiers. Les résultats économiques du groupe (les ventes – graphique 1) et financiers (le taux de profit Taux de profit Rapport entre le bénéfice et le capital investi ; il y a différentes manières de le calculer (bénéfice net par rapport aux fonds propres de l’entreprise ; bénéfice d’exploitation sur les actifs fixes ; et les marxistes estiment le rapport entre la plus-value créée et le capital investi).
(en anglais : profit rate).
– graphique 2) ne se font pas attendre et d’autres entreprises vont rapidement lui emboîter le pas.


Source : www.mirador-multinationales.be


Source : www.mirador-multinationales.be

Nous l’avons dit, un des éléments clés de ce nouveau modèle d’affaires est de proposer toute une série de services « gratuitement » et de les rentabiliser en exploitant les quantités colossales de données qu’ils permettent de récolter. Beaucoup d’observateurs ont donc souligné qu’il s’agissait d’une gratuité fictive, puisqu’en réalité vous « payez » bien ces services, en cédant vos données évidemment, mais aussi, plus fondamentalement, en acceptant de travailler gratuitement pour ces plateformes [7]. Cet « échange » est d’autant plus problématique que ses termes exacts ne sont jamais spécifiés, si ce n’est dans des « conditions d’utilisation » délibérément vagues et incompréhensibles. D’où les dénonciations qui se multiplient d’une nouvelle forme d’exploitation ou encore « d’accumulation Accumulation Processus consistant à réinvestir les profits réalisés dans l’année dans l’agrandissement des capacités de production, de sorte à engendrer des bénéfices plus importants à l’avenir.
(en anglais : accumulation)
par dépossession » [8]. Ce concept a été formulé par le géographe marxiste américain David Harvey pour décrire le mécanisme qui prévaut à la concentration des richesses depuis la fin des années 1970 et qui se caractérise dans la pratique par les privatisations, l’endettement, la financiarisation Financiarisation Terme utilisé pour caractériser et dénoncer l’emprise croissante de la sphère financière (marchés financiers, sociétés financières...) sur le reste de l’économie. Cela se caractérise surtout par un endettement croissant de tous les acteurs économiques, un développement démesuré de la Bourse et des impératifs exigés aux entreprises par les marchés financiers en termes de rentabilité.
(en anglais : securitization ou financialization)
ou encore le colonialisme. Un concept auquel Fourcade et Kluttz préfèrent toutefois celui « d’accumulation par le don », inspiré des travaux de Marcel Mauss [9]. Un terme qui aurait l’avantage, selon eux, de prendre au sérieux le rôle de la gratuité dans toutes ses dimensions. En effet, celle-ci n’est pas mobilisée par les plateformes uniquement comme une « entourloupe » pour obtenir des données toujours plus nombreuses. Sa fonction et son utilité vont en réalité beaucoup plus loin. D’abord, parce que le don permet de créer du lien, un sentiment d’attachement, que les plateformes mobilisent pour fidéliser leurs utilisateurs. En cela, rien de bien neuf. Par contre, le don crée aussi une obligation morale de réciprocité, par définition difficilement quantifiable en termes de valeur (combien dois-je rendre ?) et de temps (pendant combien de temps suis-je obligé ?). Les entreprises classiques espéraient que cette obligation morale se traduirait par des achats ultérieurs. Pour les plateformes, c’est l’accès aux fameuses données qui constitue la principale contrepartie, mais aussi l’engagement actif des individus à en « partager » toujours plus. De ce point de vue, Fourcade et Kluttz soulignent d’ailleurs que les plateformes mobilisent et structurent aussi la pratique du don/contre-don entre les utilisateurs eux-mêmes en les invitant à partager et à échanger entre eux, ce qui a le double avantage de maximiser encore plus les interactions (et donc les données qui en résultent), mais aussi de rendre particulièrement ardu pour un individu le fait de se soustraire aux services qu’elles proposent, puisque cela implique, de plus en plus, de se couper de la société elle-même. Et les auteurs de conclure que la gratuité permet ainsi aux plateformes numériques de « masquer l’asymétrie structurelle entre le donneur et le receveur, de permettre la création même d’une nouvelle marchandise Marchandise Tout bien ou service qui peut être acheté et vendu (sur un marché).
(en anglais : commodity ou good)
à travers les données personnelles, tout en obscurcissant sa véritable valeur et en naturalisant son appropriation privée » [10].

Les plateformes et l’enclosure du social

La relation des plateformes à la gratuité ne se résume toutefois pas à ce type d’instrumentalisation. En effet, si ces entreprises mobilisent bien une certaine forme de gratuité au profit de leur stratégie d’accumulation, elles en menacent aussi d’autres, en particulier les formes immatérielles de « communs » dont on espérait, au contraire, que le numérique allait favoriser l’émergence et la diffusion. Pour l’ingénieur et militant indien du numérique Prabir Purkayastha, s’il est ainsi tentant de voir dans la domination actuelle des plateformes la preuve que les données sont le « nouvel or noir du 21e siècle », « il est clair que l’histoire du numérique ne se limite pas à la simple monétisation des données personnelles » [11]. Selon lui, il faut en effet enrichir cette histoire d’une lecture en termes de succession de formes nouvelles « d’enclosure » [12].

« Les premières entreprises - Microsoft et Apple - qui ont vu le jour à la fin des années 1970 et sont devenues importantes dans les années 1980, nous explique-t-il, figurent encore aujourd’hui parmi les dix premières entreprises du monde. Elles étaient fondées sur la propriété intellectuelle Propriété intellectuelle Ensemble des droits exclusifs accordés sur les créations intellectuelles liées à un auteur, dont un acteur économique (souvent une entreprise) se fait le représentant.
(en anglais : intellectual property)
- Microsoft pour les logiciels et Apple pour le matériel ». Et en effet, à mesure que « l’information » devenait une ressource économique clé dans le cadre de ce que l’on allait appeler « l’économie de la connaissance », la « protection de la propriété intellectuelle » est devenue un enjeu décisif pour les grandes entreprises et les États capitalistes avec à la clé la multiplication de pratiques et de régimes de privatisation du savoir au niveau mondial [13].

« Le groupe suivant d’entreprises, poursuit Purkayastha, inclut les plateformes de médias sociaux comme Google et Facebook, qui ont privatisé les données des utilisateurs pour créer de nouveaux monopoles. Leur modèle commercial est basé sur la publicité et la “ vente “ de leurs utilisateurs aux annonceurs ». Cette « enclosure » des données numériques ne s’arrête toutefois pas aux seules données individuelles, puisqu’elle inclut aussi des données collectives dont un nombre croissant d’observateurs considèrent qu’elles devraient plutôt être traitées comme relevant du « commun » [14].

Enfin, toujours selon Purkayastha, « les derniers monopoles à émerger sont les monopoles de plateforme dans ce que l’on appelle “ l’économie du partage “ ». La spécificité de ces nouvelles plateformes serait de chercher à « encloser » des activités et des ressources qui échappaient jusqu’ici aux entreprises numériques, voire au capitalisme tout court. C’est ce qu’on appelle couramment « l’ubérisation » de l’économie et/ou de la société. La rhétorique de « l’économie collaborative » ou « du partage » consiste en effet à défendre un modèle d’intermédiation numérique qui permettrait de mettre directement en relation des individus désireux d’échanger des biens ou des services [15]. Tout le monde est ainsi invité à se considérer comme un entrepreneur en puissance et sa moindre possession (un vélo, une voiture, une maison), mais aussi ses talents (de cuisine, de nettoyeur, etc.) ou encore ses relations sociales (amoureuses, d’amitié, de voisinage) comme un capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
à exploiter. Ce faisant, ce sont donc les dimensions les plus intimes des individus qui sont progressivement enrôlées au service de l’accumulation capitaliste, mais aussi des sphères d’activités qui jusqu’ici lui échappaient, en tout ou en partie.

Quand le numérique favorise la gratuité : réciprocité et garde-fous

Est-ce à dire, dès lors, qu’il faudrait définitivement tirer un trait sur les espoirs suscités par le numérique en termes de décentralisation, de démocratisation et d’extension du domaine du don et du partage ? Pas tout à fait. Certes, les évolutions récentes montrent que ce sont surtout les tendances inverses qui priment jusqu’ici : centralisation, marchandisation, surveillance et répression. Mais les alternatives existent. La crise du coronavirus, par exemple, a permis de rappeler de la plus belle des manières comment les outils numériques pouvaient être mis au service de la coopération et de la solidarité. Coincés chez eux sur ordre de leurs gouvernements, nombre d’individus ou d’organisations ont en effet rivalisé d’ingéniosité pour proposer leur aide en ligne, le plus souvent gratuitement : mise à disposition de ressources culturelles ou pédagogiques, services de garde, de courses, de livraisons solidaires organisées en ligne, groupes d’écoute et d’entraide, webconférences, tutoriels d’activités physiques, diffusion de plans pour l’impression 3D de matériel médical, et la liste est encore longue.

La plupart de ces initiatives restent toutefois largement tributaires d’infrastructures et d’outils contrôlés par les géants du numérique, ce qui signifie que même les plus désintéressées d’entre elles finissent par leur profiter… Difficile pourtant de s’en passer, en particulier pour celles (nombreuses) qui allient performances… et gratuité. Et même lorsque des solutions « libres » (cf. infra) satisfaisantes existent, elles peuvent rapidement être victimes de leur succès, à l’image du service de vidéoconférence Framatalk qui a rapidement saturé devant l’explosion des utilisations liées au confinement [16]. Cet exemple est d’autant plus intéressant que les développeurs de Framatalk ont notamment pointé du doigt l’utilisation massive de leur plateforme par des enseignants qui relèvent pourtant d’institutions publiques « qui devraient avoir les moyens de mettre en place leur propre solution ». Et d’ajouter que leur association « n’était pas un service public Service public Entreprise dont le propriétaire, en général unique, est les pouvoirs publics. Dans un sens plus étroit, cela peut vouloir dire aussi que cette firme publique poursuit des objectifs autres que la rentabilité, de sorte à rendre le service fourni accessible à un plus grand nombre.
(en anglais : public service)
, et ne souhaitait pas s’y substituer » [17].

Ce que cet exemple rappelle, dès lors, c’est qu’au-delà des pratiques de partage que rendent effectivement possibles Internet et les outils numériques, au moins deux autres questions se posent : Comment éviter que ces pratiques ne soient réappropriées au bénéfice des géants du numérique ? Et comment en promouvoir une extension maximale ? Une première réponse à ces questions a déjà été apportée par le mouvement du logiciel libre et son concept de « copyleft ». Clin d’œil à la notion de « copyright » dont il se veut l’opposé, le « copyleft » désigne une licence destinée à protéger l’utilisation et le partage de ressources libres de droits. En clair, ces utilisations sont permises, pour autant qu’elles n’aboutissent pas elles-mêmes à la privatisation des ressources [18]. Le mouvement « libre » se distingue ainsi de « l’open source » dont il est pourtant issu (et qui désigne quant à lui des solutions informatiques dont le code source est ouvert et donc accessible à tous), dans la mesure où ce dernier a été largement récupéré par l’industrie pour encourager – et profiter – de l’innovation qu’il permet de susciter.

Deux éléments supplémentaires pourraient toutefois être évoqués. Le premier concerne le traitement des données sous forme de « commun », c’est-à-dire de ressources non appropriables soumises uniquement à des droits d’usage éventuellement différenciés selon les cas, mais toujours décidés collectivement [19]. Ce faisant, on priverait en effet d’objet la stratégie d’accumulation des plateformes numériques qui repose précisément sur l’appropriation et l’exploitation des fameuses données, mais sans se priver pour autant des possibilités d’utilisation positive que ces données recèlent [20].

Le deuxième élément concerne la revendication de socialisation des principaux « espaces publics » (ex. : réseaux sociaux), infrastructures (ex. : plateformes, cloud) et outils (ex. : logiciels) numériques qui sont aujourd’hui aux mains d’une poignée de monopoles privés, avec des conséquences non seulement économiques, mais aussi sociales et politiques de plus en plus problématiques [21]. Ici, l’argument est finalement le même que dans le monde hors-ligne : seule une socialisation des coûts et des infrastructures clés (transports, énergie, communication) peut favoriser la pratique et l’extension d’une véritable gratuité, sans parler de ses avantages en termes de démocratisation de l’économie, qu’elle soit « numérique » ou non.

 


Cet article a paru dans le Gresea Échos 102 "La gratuité : révolutionnaire ?"

 


Pour citer cet article, Cédric Leterme, "Gratuité et numérique : des relations ambiguës", Gresea, mars 2022.

Notes

[1Pour une introduction à cette histoire complexe : https://www.internetsociety.org/fr/internet/history-internet/brief-history-internet/.

[2M. Fourcade et D. N. Kluttz (2020), « A Maussian bargain : Accumulation by gift in the digital economy », Big Data & Society, Janvier-Juin, p. 3 (c’est nous qui traduisons).

[4Notamment dans le court-métrage « Television Delivers People » réalisé en 1973 par Richard Serra et Carlota Fay Schoolman.

[5« Il existe de nombreuses preuves ethnographiques que de nombreuses transactions et marchés économiques proviennent en fait « de dons » (Velthuis, 2018). Elder-Vass (2016 : 176-177) nous rappelle que les cadeaux ont une longue histoire en matière de marketing (par exemple, des livres de recettes gratuits pour familiariser les consommateurs avec la gelée au début du 20e siècle ou des chansons gratuites pour susciter l’intérêt pour un album) » (Fourcade et Kluttz, « A Maussian bargain… », op. cit., p. 3.).

[6S. Zuboff (2019), The Age of Surveillance Capitalism : The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power, Londres, Profile Books Ltd.

[7Cette caractérisation des activités de production de données en ligne (ex. : remplir son profil Facebook, effectuer une recherche sur Google) comme du « travail » fait toutefois débat. Pour un aperçu des positions et enjeux de cette discussion, lire : A. Casilli (2019), En attendant les robots – Enquête sur le travail du clic, Paris, Seuil ou encore M. Simonet (2018), Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?, Textuel.

[8En référence à la notion développée par le géographe marxiste David Harvey : D. Harvey (2004), « The new imperialism : accumulation by dispossession », Socialist Register, n°40, p. 63-87.

[9Fourcade et Kluttz, « A Maussian bargain… », op. cit.

[10Ibid., p. 1.

[11P. Purkayastha (2019), « Global capital, digital monopolies and new forms of enclosure », ALAI, n°542 (c’est nous qui traduisons). Le reste des citations de Purkayastha sont tirées de cet article.

[12Le terme désigne le processus initié dans les campagnes anglaises dès le 16e siècle de privatisation de terres qui faisaient jusque-là l’objet d’un usage commun pour permettre l’élevage de moutons destiné à fournir les industries naissantes en laine. Marx y a notamment vu le moment clé « d’accumulation primitive » ayant permis le développement ultérieur du mode de production capitaliste.

[13Le juriste James Boyle a ainsi pu parler, à ce propos, d’un « second mouvement d’enclosure du commun » : J. Boyle (2003), « The Second Enclosure Movement and the Construction of the Public Domain », Law and Contemporary Problems, vol. 66, p. 33-74.

[14Lire notamment Casilli, « En attendant les robots… », op. cit.

[15À ce sujet, lire le Gresea Échos n°98 : « Coursiers de tous les pays, unissez-vous ! En lutte contre le capitalisme de plateforme », coordonné par Anne Dufresne : http://www.gresea.be/Coursiers-de-tous-les-pays-unissez-vous-En-lutte-contre-le-capitalisme-de.

[17Message sur la page d’accueil du site, consulté le 27 mars 2020.

[18Pour les différentes licences possibles : https://www.gnu.org/licenses/copyleft.fr.html).

[19Pour une discussion plus détaillée sur le concept de « commun » : P. Dardot et C. Laval (2014), Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte.

[20À supposer néanmoins que ces utilisations soient compatibles avec les efforts à faire en matière de sobriété écologique, ce qui devrait en limiter sérieusement le nombre…

[21Il s’agit notamment d’une revendication clé de la « Just Net Coalition » dans son « Manifeste pour une justice numérique » : https://www.cetri.be/Manifeste-pour-une-justice.