Le fabriquant britannique de chaussures Clarks a une longue histoire derrière lui. La société a été fondée en 1825 dans la ville de Street dans le Somerset. Ses fondateurs, Cyrus et James Clark, étaient des quakers, des entrepreneurs adeptes de bienfaisance avec un sens éthique des affaires. La "maison" offraient des logements à ses ouvriers et tout le monde faisait en quelque sorte partie d’une grande famille. Dans la région, on travaillait chez Clarks de père en fils en petit-fils. A son apogée, il y a une vingtaine d’années de cela, Clarks comptait trente usines en Grande-Bretagne : la dernière a fermé ses portes en 2010. Pour cette entreprise, restée familiale (quelque 400 parents restent aux commandes, dominés par le dernier de la lignée, Lance Clark, qui contrôle 25% du capital), le coup a été dur. Un temps, elle a tenté de résister à la concurrence des pays à bas salaires, un temps, elle a cru pouvoir préserver son modèle de capitalisme social. Divers moyens ont été mis en œuvre pour augmenter la productivité. Peine perdue. C’est la mort dans l’âme que Lance Clark raconte : "Il m’a été extrêmement pénible de dire aux gens que, désolé, vous avez rapporté beaucoup d’argents à Clarks mais, là, il vous vous faut rentrer chez vous et annoncer à vos familles qu’il n’y a plus de travail chez Clarks." La chaussure anglaise ne sera plus produite en Angleterre. La production a été entièrement délocalisée en Chine, au Vietnam, au Brésil et en Inde. Et la direction des affaires confiée à des technocrates en "logistique". Clarks n’est plus qu’une coquille vide, un vaste hangar où, à l’arrivée des conteneurs, opèrent des robots de manutention automatisés qui ont la capacité de traiter 200.000 chaussures par jour. L’affaire marche plutôt bien, chiffre d’affaires de 1,28 milliards livres en 2010.
La morale de l’histoire ne manque pas d’ironie. Frustré de la disparition de la vocation productive et sociale de son entreprise, Lance Clark est allé en Afrique du Sud fonder "Soul of Africa" en 2004, un petit business peu lucratif qui aide des démunis, victimes du sida, à monter des ateliers de fabrication de... chaussures cousues main. L’histoire parfois bégaie.

Sources : Financial Times du 15 septembre 2011 & diverses sources en ligne.
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