Si la corruption est, du point de vue philosophique, un concept assez éclairant (la corruption des esprits par le Roi marchandise), dans le monde des affaires, il est d’une triste banalité et se réduit, largement, à une construction juridique. Ceci est bien, cela ne l’est pas, patati, patata. Les trois procédures judiciaires (au Lichtenstein, en Allemagne et en Suisse) dont fait l’objet la multinationale de l’électronique Siemens ont été présentées comme visant une des plus grosses affaires de corruption. Siemens lui-même a reconnu avoir identifié, entre 2000 et 2006, des transactions suspectes pour un montant de 1,3 milliard d’euros. Et la société a déjà, en Allemagne, été condamnée à payer 291 millions d’euros d’amendes pour des pots-de-vin versés au Nigeria, en Russie et en Libye. Tout cela passait par des sociétés écrans établies dans des paradis fiscaux, un feu d’artifice zébrés de mouvements financiers occultes. Ce qui rend peut-être l’affaire néanmoins intéressante est son volet grec. D’ordinaire, lorsqu’on parle corruption, on pense immédiatement aux Etats "barbares", ceux du Tiers-monde, par définition kleptocrates, que la communauté internationale s’efforce d’éduquer aux pratiques d’une bonne gouvernance. Mais, donc, le volet grec, c’est Siemens qui a décroché illicitement des contrats lors des Jeux olympiques de 2004. Comment ? En arrosant, entre autres via la société panaméenne Martha Overseas, des fonctionnaires et des partis politiques en Grèce, le creuset, le berceau de la démocratie occidentale. Saperlipopette. Voilà qui est déroutant.

Source : Wall Street Journal du 28 décembre 2007.
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