Ancien fleuron de l’industrie française, Pechiney vit sans doute ses dernières heures. Pechiney, cela reste, aujourd’hui, 39 sites répartis sur 16 régions françaises. Plus pour longtemps. Trente sites risquent sous peu de passer à la trappe et, avec eux, 11.000 travailleurs. La multinationale canadienne Alcan est passée par là, et ensuite l’anglo-australien Rio Tinto, celui-ci gobant celui-là qui, auparavant, a gobé Pechiney. Là, on restructure. Rio Tinto a annoncé la cession de plus de deux tiers du potentiel humain et productif de Pechiney. Dynamitage en règle, comme explique le délégué CGT, Claude Verdier. La force de Pechiney, c’était une maîtrise complète de la filière aluminium, depuis la production de l’alumine jusqu’à sa transformation finale en produits usinés. C’était. Cela n’avait de sens qu’à l’intérieur d’un groupe industriel autonome. Passé sous la coupe d’Alcan et de Rio Tinto, autres cieux, autres intérêts, l’outil devenait la cible d’un pillage en règle, des technologies de l’aluminium, des brevets, de tout ce qui est exploitable sous forme délocalisée. Verdier : "Ils se sont procuré de par le monde des meilleurs outils, les bonnes pièces, ils sont allés chercher du minerai et de l’énergie dans des pays à moindre coût, pour vendre ensuite les produits d’aluminium au cours mondial maximum fixé par la Bourse. Ils visent à seulement réaliser les plus gros profits tout en dégradant, depuis le rachat par Alcan, les conditions de travail et en fragilisant l’emploi." Le capitalisme est destruction créatrice, comme disait l’autre, Schumpeter. Que disait le patronat, au comité d’entreprise européen, lorsque les travailleurs demandaient des garanties pour l’emploi ? Ceci : "La seule garantie, c’est la compétitivité du groupe."

Source : L’Humanité du 30 novembre 2007.
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