Voici peu, Nestlé a piqué du nez à la Bourse. Du jour au lendemain, son titre a chuté de 3%. Autant d’euros partis en fumée, pour utiliser le langage des analystes financiers. Alors, quoi ? Les ventes se portent mal ? Il y a eu des erreurs de stratégie ? Ou bien, pour renverser une argumentation bien connue, y aurait-il eu un couac dans la maîtrise des coûts salariaux ? D’ordinaire, en effet, lorsqu’une entreprise licencie en masse, le cours du titre grimpe en Bourse. Dès lors qu’il dégringole, on pourrait en déduire que, a contrario, Nestlé a dû procéder à des embauches. C’est un peu cela. Le problème de Nestlé, c’est qu’il s’est offert un nouveau PDG, le Belge Paul Bulcke, 28 ans de métier dans la maison et, jusqu’ici, chef des opérations américaines, qui représentent 31% des ventes de la multinationale agroalimentaire suisse et 36% de ses profits. Une promotion interne, donc, on a récompensé les talents d’un membre du personnel. Mais, donc, la Bourse n’a pas apprécié. Elle lui a fichu une raclée. Car Bulcke avait un rival, le directeur financier Paul Polman (ex-Procter & Gamble), qui avait les faveurs des analystes financiers : un type de leur bord, un magicien de la calculette, un jongleur de la comptabilité créative, acquis aux intérêts court-termistes des "investisseurs". Nestlé a, subversif, préféré tabler sur une politique industrielle. La Bourse a eu des vapeurs. Les chiens aboient, la caravane passe.

Source : Financial Times, 25 septembre 2007.
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