Le PDG de la République française, Nicolas Sarkozy, s’est donc imposé à Gérard Mestrallet, PDG – faisant fonction ? – du Groupe Suez. Le premier était résolu de débloquer, à ses conditions, le dossier de fusion de Suez et Gaz de France (enlisé depuis dix-huit mois), et le second a cédé, le 3 septembre 2007. Le champion national français de l’énergie envisagé, baptisé GDF Suez et fort d’une capitalisation boursière cumulée de 87,7 milliards d’euros, suppose que Suez se débarrasse au préalable, par filialisation, de son "pôle environnement", business de l’eau inclus, afin de permettre un échange des actions à parité qui ne lèse pas l’Etat, actionnaire majoritaire de Gaz de France. Mestrallet était contre, au nom d’une certaine logique industrielle, mais il a donc dû céder devant un raisonnement de boutiquier que Sakorzy savait appuyé par des alliés de poids, dont Albert Frère, actionnaire principal de Suez, qui réalisera une coquette plus-value grâce à la mise en Bourse de 65% du pôle filialisé (elle devrait rapporter aux actionnaires entre 8 et 10 milliards d’euros). D’aucuns ont brandi l’argument que, faute de faire front et de fusionner, Suez se verrait avalé par le géant italien Enel, et que la tendance, dans le secteur de l’énergie, est à la consolidation – on disait avant : à la concentration, aux grands monopoles. L’affaire reste, en septembre 2007, loin d’être conclue. Les syndicats, pour qui l’opération revient à livrer la maîtrise publique de l’énergie aux marchés financiers, avec hausse des tarifs et casse sociale à la clé, promettent un long processus de riposte.

Sources : Le Canard Enchaîné du 5 septembre 2007 et Financial times, Les Echos et l’Humanité du 4 septembre 2007
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