Le secteur du jouet offre une image révélatrice du système mondialisé de production et de commercialisation. Quoi de plus "familial" qu’un jouet ? Et pourtant, quoi de plus étrange et de plus étranger... 80% des jouets les plus vendus sont fabriqués en Chine. Le Gresea a, en septembre 2004, réalisé une radioscopie de cette opaque machinerie (44 pages, téléchargeable sur notre site, http://www.gresea.be/NW_faceCacheeDuJouet_sept04.pdf ). La poupée Barbie de la multinationale américaine Mattel y figure comme l’exemple emblématique de la nouvelle division internationale du travail. Made in USA, Assemblé in China. L’auteur américain Eric Clark vient de lui consacrer un ouvrage ("The Real Toy Story : Inside the Ruthless Battle for America’s Youngest Consumers, éditions Free Press, 272 pages). La Barbie, c’est un peu l’explosion démographique du tiroir-caisse : chaque seconde, dans le monde, trois Barbies sont vendues, en faisant entrer quelque 3,6 milliards de dollars (chiffre d’affaires) par an dans le commerce de détail. C’est tout bénéfice mais pas pour tous. Comme le rappelle Clark, sur un prix de vente à l’unité de 9,99 dollars aux Etats-Unis, les usines chinoises n’en obtiennent que 35 cents, salaires compris, soit 3,5% de la Barbie. Pour un jouet électronique de 44,99 dollars, c’est mieux : les travailleurs chinois n’en perçoivent que 81 cents (1,8%). C’est un trait fondamental des superprofits de l’économie mondialisée. Produire là où ce n’est pas cher. Vendre cher là où le pouvoir d’achat reste correct. Au tableau, Clark ajoute une anecdote amusante. La Barbie, avec sa taille de guêpe et sa poitrine hollywoodienne, avait marqué, à la fin des années cinquante, un tournant "sexy" dans le business du jouet pour enfant. Sa créatrice, Ruth Handler, s’était inspirée d’une avenante poupée suisse appelée Lilli, sans se douter que le modèle en était, à l’époque, une prostituée de BD pour adultes. Parfois l’histoire peut se montrer pleine d’ironie.
Source : The Economist, 5 mai 2007.
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