Carrefour, n°2 mondial dans la grande distribution après Wal-Mart, a annoncé, le 23 avril 2007, le rachat de la chaîne brésilienne Atacadao pour 825 millions d’euros. L’opération fera de la multinationale française, en perte de vitesse sur le sol national (où il réalise tout de même encore la moitié de son chiffre d’affaires), le n°1 au Brésil, par simple addition, nulle valeur nouvelle a été créée, il y a juste eu élargissement du portefeuille. Vue par le petit bout de lorgnette, l’adjonction est modeste et n’ajoutera que 2% aux ventes globales de Carrefour, mais en termes de parts de marché conquises, c’est, donc, bien joué et stratégique : on passe de 13 à 17,4%, numero uno. Les marchés ont reçu le message cinq sur cinq, faisant gravir le titre de 3 points à la Bourse de Paris. Car c’est stratégique, aussi, du point de vue des synergies, elles seront "significatives" a dit le PDG de Carrefour, José Luis Duran, ce qui veut dire – air connu – qu’on va sabrer dans l’emploi. Faire plus avec moins. Carrefour pourra s’étendre en s’appuyant sur tous les dispositifs commerciaux d’Atacadao, auxiliaire autochtone de l’expansion. Si on prend un peu de recul, c’est la tendance à la concentration mondiale, au règne des grands monopoles. Américanisé, Carrefour américanisera l’Amérique latine (on fait ses achats sur le même modèle, dans la même "boutique globale", partout dans le monde) et grâce à sa force de frappe accrue (leader sur le marché), il pourra dicter ses conditions aux fournisseurs, aux travailleurs et, sans doute, tôt ou tard, aux Etats.

Source : Wall Street Journal du 24 avril 2007.
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