Un vautour de la spéculation. Même le très sérieux Financial Times n’hésite pas à utiliser le terme. Ce vautour a un nom : Donegal International, un "fonds d’investissement" enregistré dans le paradis fiscal des Iles Vierges et dirigé par Debt Advisory International, Washington. Donegal a monté un bon coup. Il a racheté au rabais, pour un peu plus de 5 millions d’euros, en 1998, une dette que la Roumanie détenait sur la Zambie, dont il a ensuite réclamé la valeur intégrale, soit 42 millions d’euros. En anciens francs, c’est rafler, sur une mise de départ 210 millions de francs, un "retour sur investissement" de 1,68 milliards, huit fois plus, une plus-value de 700%. Et ce, vis-à-vis d’un nation africaine dévastée par la dette, comme souligne Caroline Pearce de la Jubilee Debt Campaign : "Chercher des millions d’un pays désespérément pauvre est un racket cynique." Donegal a porté l’affaire devant la haute cour britannique, qui a rendu, le 15 février 2007, un jugement de Salomon. Si elle marque des réserves sur la hauteur du montant, pour sans doute le ramener à celui que la Roumaine était prête à accepter (11 millions d’euros, soit trois fois la mise de Donegal), la haute cour tire notamment argument du fait que la Zambie a bénéficié d’une remise globale de sa dette (une annulation, nota bene, financée par l’épargne publique des pays créanciers) et donc assaini ses finances, pour estimer qu’elle peut faire face à ses obligations vis-à-vis de Donegal. Dont les agissements, il faut le souligner, sont sans doute critiquables, et certainement immoraux mais, mais n’ont rien d’illégal. La question de fond, d’évidence, est en d’autres termes : la loi protège qui, elle sert quels intérêts ?

Sources : Financial Times des 15 et 16 février 2007.
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