L’affaire a fait du bruit à l’époque. L’unité PC d’IBM, entreprise phare et symbole du capitalisme made in USA, passe entre les mains de Lenovo, une boîte chinoise (très loin à l’Est, le Tiers-monde émergeant), qui la rachète pour 1,25 milliard de dollars. C’était en mai 2005. Aujourd’hui, Lenovo (19.000 salariés) est le numéro 3 mondial, mesuré en nombre de PC acheminés, juste derrière Dell et Hewlett-Packard, et règne sur 35% du marché des PC en Chine. Son résultat 2006 : quelque 57 millions de dollars, soit 23% de plus que l’année précédente. A la tête de ce champion national, une femme, Ma Zuezheng, que Forbes classe depuis 2001 parmi les 50 femmes d’affaires les plus "pepsys" du monde. Marc Vandepitte et Ng Sauw Tjhoi dressent son portrait éclair, interview incluse, dans le livre pénétrant qu’ils viennent de publier sur la Chine du XXIe siècle. Ma Xuezheng a été étudié la littérature anglaise au King’s College en Angleterre et devient ensuite membre de la prestigieuse Académie des Sciences à Beijing, et conseillère du Parti communiste chinois, notamment en servant d’interprète à Deng Xiaoping. Là-dessus, 1990, Lenovo, dont elle devient le PDG en 2000. Aux deux auteurs belges, elle dit : "Je ne travaille pas pour de l’argent, comme le font la plupart des autres managers, et je ne considère pas l’entreprise, comme le font les autres entrepreneurs, comme une chose m’appartenant." Elle s’en explique. Ce qu’il faut, dit-elle, c’est raisonner en termes de développement de l’économie chinoise. Ce qui compte, ce n’est pas la satisfaction personnelle, mais la contribution, grâce à sa position, grâce à Lenovo, au développement de son pays. On appelle cela, là-bas : socialisme de marché avec des caractéristiques chinoises. Voilà qui mérite analyse, rigoureuse, rationnelle.

Sources : Wall Street Journal du 2 février 2007 et "Made in China – Meningen van daar" de Ng Sauw Tjhoi et Marc Vandepitte, Editions EPO, 2006.
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