The Economist a choisi d’intituler "L’univers du travail" un dossier sur la société d’intérim américaine Manpower (27.000 salariés dans 4.400 bureaux répartis sur 73 pays). C’est révélateur. Révélateur de ce que le travail – son "univers" – rime de plus en plus avec des intérims, des emplois temporaires et précaires. C’est une "marchandise" – commente The Economist – dont la vente en pièces détachées intérimaires doit, hélas, être considérée comme un "business à faible marge bénéficiaire", raison pour laquelle la société Manpower, fondée en 1948 dans le Milwaukee (USA), cherche à se diversifier. Sans pour autant, naturellement, abandonner cet utile outil de fidélisation : parmi les multinationales clientes de Manpower, elles sont nombreuses à compter jusqu’à 15% de travailleurs temporaires dans leur personnel. (En moyenne, la part de salariés temporaires oscille entre 1 et 3% du total, un chiffre qui devrait selon Manpower croître dans les années à venir.) Mais, donc, il y a plus rentable pour Manpower, une société dont l’évolution boursière "sert depuis longtemps comme le baromètre de confiance des investisseurs en l’économie américaine" (traduction libre : si Manpower se porte bien, c’est que le rapport de forces entre travail et capital joue en faveur de ce dernier). Plus rentables : le placement de chercheurs d’emploi et la mise au travail des chômeurs, domaine où la tendance est à l’éviction des agences publiques, ou à leur mise en concurrence avec le privé. Rentable, aussi, l’outplacement/recasement de travailleurs virés, et le recyclage de personnes âgées réinjectées sur le marché du travail. Rentable, enfin, la tendance générale à la flexibilité. Chez Wal-Mart, toujours à la pointe du progrès, cela a pris la forme d’horaires de travail informatisés qui permettent de permuter sans cesse l’affectation de ses quelque 1.000.000 de travailleurs selon les besoins du moment. Là, on ne sait plus très bien qui, de Manpower ou de Wal-Mart, donne des leçons à l’autre. Affaire de vases communicants, sans doute.
Source : The Economist, 6 janvier 2007.
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