Ciba Geigy est une multinationale du secteur chimique issue de la fusion de deux entreprises suisses : Ciba et Geigy. Depuis 1996 et après une énième fusion, ce géant est mieux connu sous le nom de Novartis. Dès 1970, la transnationale est présente dans plus de 50 pays. Elle est la 3e productrice de produits pharmaceutiques et la seconde dans le domaine des pesticides et autres fongicides. Cette succès story a eu un prix : des milliers de morts et de malades à travers le monde. Dès 1934, Ciba commercialise le Clioquinol, un médicament censé combattre la dysenterie amibienne. En 1944, les inventeurs du médicament, après des tests sur animaux, conseillent à la société d’assortir la vente du produit de restrictions très strictes (le traitement ne peut dépasser 14 jours). Ce nonobstant, en pénétrant le marché japonais, la multinationale en étend l’usage à toutes formes de douleurs abdominales et évite soigneusement toutes restrictions…Conséquence de cette stratégie : plus de 10.000 Japonais et des milliers de personnes de par le monde sont atteints du SMON (subacute-myelo-optico-neuropathy), un terme barbare qui recouvre aussi bien des paralysies des pieds ou des jambes que des déficiences oculaires diverses. Si le gouvernement japonais interdit dès septembre 1970 le médicament sur son territoire, il faudra patienter jusqu’en 1985 pour que la firme le retire du marché mondial. Forte de cette formidable "expérience" de marketing, Ciba Geigy va continuer à vendre des produits pharmaceutiques qui, considérés dangereux dans certains pays, ne le sont subitement plus dans d’autres. Ainsi, malgré un mémo interne mettant en garde contre les dangers du Tenderol (1983), le produit sera retiré de la vente seulement en 1985. Dans le secteur des pesticides, la transnationale suisse n’est pas en reste. Bien que la société eût arrêté la production du DDT, un dangereux pesticide, 378.500 litres du produit se sont, "par hasard", retrouvés en Tanzanie. En 1976, Ciba Geigy franchit un pas supplémentaire en testant le Galecron, soupçonné d’être cancérigène, sur des Egyptiens dans un champ de coton. L’entreprise ne supprima le produit qu’en 1988. On pourrait résumer ainsi la stratégie marketing du groupe pharmaceutique : "Ce qui est dangereux en Suisse se vendra au Mexique et un produit interdit en Occident fera recette en Afrique".

Source : Multinational Monitor, avril 1993.
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