Depuis 1999, le secteur de l’information et des nouvelles technologies est devenu un des principaux pourvoyeurs de richesses en Chine. Il représente, en effet, 12,3% du PNB du géant asiatique. Nokia, la transnationale du mobile finlandais, n’est pas en reste. La firme a transféré une partie de ses lignes de production vers les villes de Dongguan (usine Nokia), Shenzen et Guangzhou (sous-traitants). Selon Nokia, cette délocalisation répondrait au besoin de se rapprocher du plus grand marché du monde. La Chine compte, en effet, quelque 144 millions d’utilisateurs de GSM. Néanmoins, il semble que l’attrait pour le marché émergent ne soit pas la seule raison qui pousse Nokia à investir en Chine. C’est ce que démontre clairement une étude menée en 2005 par Finnwatch, l’observatoire des entreprises finlandais, et ICO, une ONG de Shenzen.
En Chine, le processus d’industrialisation concerne plus de 100 millions de migrants qui quittent les zones rurales pour venir grossir la population des zones industrielles. Shenzen (10 millions d’habitants), par exemple, ville la plus riche de Chine, compte environ 7 millions de travailleurs issus des campagnes. Si, cette main-d’œuvre, composée majoritairement de jeunes femmes, contribue au développement économique de la ville… et de Nokia, elle n’est que chichement rétribuée pour son labeur. Sur la base de plusieurs critères (techniques de recrutement, horaires de travail, salaires, mesures punitives..., l’étude démontre, d’une part, les inégalités existantes entre les conditions de travail de la main-d’œuvre intérimaire et celles des permanents et, d’autre part, le peu de considération de Nokia pour son propre code de conduite en Chine. La transnationale finlandaise y emploie 25.000 travailleurs dont 19.000 saisonniers, en majorité des femmes. Ces dernières perçoivent, à travail égal, un salaire plus bas que les travailleurs permanents, elles gagnent de 40 à 60 euros par mois alors que le salaire minimum légal est de 70 euros. En outre, elles ne reçoivent aucune protection sociale (pas de congé de maternité) alors que Nokia prend en charge la sécurité sociale des permanents. Ajoutez à cela que les saisonniers sont sujets à différents types de pénalités financières s’ils refusent, par exemple, d’effectuer des heures supplémentaires. Enfin, sur les différents sites de Nokia, on ne compte aucun syndicat. La constitution chinoise prône, pourtant, la liberté d’association. En Chine, Nokia transgresse son code de conduite, la législation chinoise et les normes de l’OIT. Cependant, en utilisant une main-d’œuvre peu scolarisée (souvent analphabète), le géant finlandais ne risque guère une action en justice.

Source : La synthèse de l’étude commanditée par Finnwatch, http://www.finnwatch.org/news2/scripts/full-news.php?1111394700 et sa version intégrale, publiée en mars 2005 en anglais, téléchargeable à l’adresse http://www.vientiluotto.net/en_kiina-raportti.pdf
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