Il y a cinquante ans, le 26 juillet 1956, Nasser nationalisait la "Compagnie universelle du Canal de Suez", lointain parent de l’actuelle transnationale française. Outre une crise géopolitique régionale et internationale (coup de force militaire de la France et la Grande-Bretagne, sans grands lendemains, étant "lâchés" par les Etats-Unis), la décision du président égyptien provoquera une véritable guerre financière et l’ire des actionnaires de la compagnie universelle (essentiellement franco-britannique, en fait). Ainsi, en Occident, Gamal Abdel Nasser se verra affublé du surnom de l’"Hitler arabe". No comment, sinon que le procédé sera réutilisé vis-à-vis de l’Irak. La colère des Occidentaux s’explique. Depuis sa création, en 1858, la Compagnie du canal de Suez est une véritable vache à lait pour les investisseurs européens. Jusqu’en 1956, le Canal, construit par des ouvriers égyptiens réduits en esclavage (cela ne s’appelait pas encore sous-traitance), ne rapportera quasi rien à l’Egypte. Un soulèvement nationaliste sera d’ailleurs tué dans l’œuf par les troupes britanniques en 1882, qui feront par la même occasion entrer sept nouveaux administrateurs dans la compagnie (cela ne s’appelait pas encore ingérence humanitaire). La montée d’un nationalisme anticolonialiste conduira néanmoins la Compagnie à céder en accordant... 7% des dividendes à l’Egypte, ce qui est bon marché pour ce type de concession. Le 8 avril 1957, sous la pression de leurs propres compagnies pétrolières, les Occidentaux capitulent, le canal de Suez est à nouveau ouvert, entièrement sous contrôle égyptien. Aujourd’hui, il voit passer 7% du trafic maritime mondial. 18.700 navires l’ont emprunté en 2005, rapportant la bagatelle de 5,3 millions de dollars par jour à l’Etat égyptien.

Source : l’Alternatives économiques d’octobre 2006, n°251.
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