Le crash des hedge funds spéculatifs pariant à la baisse sur le titre Volkswagen aura jeté une lumière crue sur les structures de propriété des entreprises modernes. Volkswagen ? Un constructeur automobile, certes, mais aussi un enjeu politique et financier. Il est la cible, depuis trois ans, d’une opération d’OPA hostile par Porsche, un autre "constructeur", de voitures de luxe celui-là, allemand aussi mais dix fois plus petit en termes de chiffre d’affaires. Mais Porsche a du punch. Son bras financier a réalisé 3,5 milliards d’euros en 2007 sur des placements spéculatifs, trois fois plus que n’a rapporté la vente de voitures, ce qu’un accès au cash flow de VW ne pourrait qu’améliorer. La nouvelle tombe le dimanche 26 octobre 2008. Venant de 43%, Porsche a réussi, en catimini, à prendre le contrôle de 74% des parts de Volkswagen. La Bourse réagira en faisant tripler la valeur du titre VW – et en faisant perdre quelque 30 milliards d’euros à une centaine de hedge funds qui spéculaient, eux, à la baisse sur les quelque 13% qu’ils avaient empruntés pour réaliser des "ventes à découvert". Le système ("short selling" en anglais) consiste à "louer" un titre durant une période donnée durant laquelle il sera vendu puis racheté à la Bourse avant d’être rendu à son propriétaire. Cela fonctionne bien, dégageant un bénéfice facile, si la valeur du titre baisse entre la vente et le rachat. Les hedge funds se sont fait une spécialité de ce genre de calcul et de pari à la baisse. Là, cependant, le titre VW ayant triplé, ce sera la panique : pari foireux. Perte sèche de 30 milliards d’euros et, par ricochet, les opérations spéculatives des hedge funds étant elles-mêmes financées par des investisseurs, dégringolade de ce côté-là aussi. La cote de la Société Générale accusera un recul de 17%, celle de Morgan Stanley, 11%, et celle de Goldman Sachs, 8%. Nos spéculateurs vont crier au scandale en accusant Porsche de ne pas avoir joué franc jeu. Sa prise de contrôle progressive de VW s’est en effet largement appuyée sur des options d’achat, qui n’exigent pas d’être rendues publiques, bref une technique qui est, de ce point vue, du même tonneau que – arroseurs arrosés – les ventes à découvert des hedge funds...

Source : Financial Times des 28 et 29 octobre 2008.

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