La mise à mort du Chicago Tribune est tellement caricaturale qu’elle mérite de figurer aux annales... du capitalisme made in USA. Ce vénérable journal – 161 années d’existence – a déposé son bilan fin 2008. Sur le carreau, les journalistes. Et pas un peu. Peu auparavant, par un caprice de garçon fortuné, le magnat de l’immobilier américain, Sam Zell, s’était en effet porté acquéreur du journal pour 8,2 milliards de dollars. Comment ? Pas en allongeant de la monnaie sonnante et trébuchante. Mais en s’endettant et ce, non sur ses fonds propres, mais en plaçant en garantie... l’épargne-pension des journalistes. Qui se retrouvent donc aujourd’hui sans emploi et, troquées contre leur épargne, avec des actions qui ne valent plus rien. Cette jolie et juteuse opération a été rendue possible grâce à la complicité du PDG, qui s’est vu récompensé de quelque 40 millions de dollars, mais aussi des banques Citigroup et Merrill Lynch qui, mangeant aux deux râteliers, ont gagné quelque 100 millions en tant que consultants du Tribune et banquiers de Zell, mais aussi de Morgan Stanley qui a livré un audit de feu vert à l’opération, dont coût 7,5 millions, mais aussi, enfin, de l’agence Valuation Research Corp qui a rendu un mirifique (et foireux) avis de solvabilité pour un million de dollars. Les journalistes ont intenté une action en justice. Au mieux, elle leur permettra de gagner quelques places dans la longue file des créanciers de la faillite.

Source : International Herald Tribune, 10 décembre 2008.
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