Le syndicat allemand de la métallurgie IG Metall et le spécialiste du roulement à billes, l’entreprise familiale allemande Schaeffler, ont annoncé lundi 23 février 2009 la signature d’un accord visant à sauver l’équipementier automobile. En échange du soutien syndical, la famille Schaeffler accepte d’"assurer" les emplois et de mettre en place un système de cogestion (participation des salariés à la gestion de l’entreprise). Rétroactes. A l’automne 2008, alors que les effets de la crise financière se font déjà sentir, Schaeffler lance une OPA risquée sur son compatriote Continental AG, trois fois plus gros que lui en termes de chiffre d’affaires, en espérant acquérir quelque 49,9% du capital du champion allemand du pneu. Détail qui a son importance : la loi allemande oblige quiconque lance une OPA à formuler une offre sur l’ensemble du capital de sa cible. Pour les petits investisseurs, les 75 euros par action proposés par Schaeffler ressemblent, en pleine tourmente financière, à une aubaine. Ils vendent à tour de bras et, sans l’avoir voulu, l’entreprise de Maria-Elizabeth Schaeffler se retrouve à la tête de 90% du capital de Continental et se voit obligée de débourser plus de 11 milliards d’euros. Résultat, la dette globale du groupe explose à près de 22 milliards d’euros. La famille fondatrice se tournera d’abord vers l’Etat allemand, qui refuse de payer la note des "erreurs d’appréciation de la direction". Dernière solution pour les dirigeants d’une des plus grandes entreprises allemandes : faire appel aux syndicats pour sauver les quelque 220.000 emplois (80.000 en Allemagne) que compte aujourd’hui le groupe Schaeffler-Continental. En prenant part activement à la gestion de l’entreprise, IG Metall a sans doute préservé l’emploi des 80.000 travailleurs allemands pour un temps. Néanmoins, ce système pourrait à l’avenir s’avérer néfaste pour les salariés des filiales étrangères du groupe. En effet, la cogestion était également d’application chez Continental AG au début des années 2000. Le syndicat de la chimie allemand, alors présent au conseil d’administration du groupe, avait préféré sauver les emplois nationaux au détriment de ceux des filiales étrangères. Les anciens travailleurs de la filiale belge de Continental à Herstal en savent quelque chose.

Source : Bruno Bauraind, Autopsie d’une délocalisation. La liquidation du pneu made in Belgium, Charleroi, Couleurs Livre, 2009.
Les Echos du 24 février 2009. Le Figaro, article mis en ligne le 2 mars 2003,
http://www.lefigaro.fr/societes/2009/03/02/04015-20090302ARTFIG00305-schaeffler-se-demene-pour-eviter-la-faillite-.php

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