Il y a peu de chance de trouver en Europe, chez l’épicier du coin ou dans un bistrot, un jus de fruit de la marque Huiyuan. Retenons donc juste qu’ils sont produits par le Huiyuan Juice Group, que cette entreprise est le numéro un chinois, avec 42% de ce marché désaltérant et que le groupe est sous le contrôle de son fondateur (et sans doute millionnaire) Zhu Xinli (36% des parts), de Danone (23%) et du groupe spéculatif "private equity" américain Warburg Pincus (6,8%). Ces trois doivent tirer une bien triste mine. En septembre 2008, en effet, la multinationale américaine du pétillant sucré Coca-Cola annonçait son intention de l’acheter, pour 1,8 milliard d’euros – c’est trois fois sa valeur en Bourse et, donc, une coquette plus-value pour le trio précité – mais, las ! Les autorités de la concurrence chinoises en ont décidé autrement et, fin mars 2009, ont bloqué l’opération : point final, affaire enterrée. On relèvera que, pour justifier leur décision, elles ont évoqué le risque d’un abus de position dominante limitant le choix des consommateurs, d’effets négatifs pour le tissu des PME actives dans le même secteur – et la disparition d’une marque nationale : pas moins de quelque 120.000 internautes chinois ont pris l’affaire à cœur pour protester sur Internet contre la "coca-colisation" de la marque nationale. Bien entendu, les milieux d’affaires ont été prompts à dénoncer la décision, la qualifiant de protectionniste et de peu susceptible d’encourager l’investissement étranger en Chine. Même mésaventure, voici peu, juin 2008, pour le groupe spéculatif "private equity" américain Carlyle, qui avait espérer gober l’entreprise BTP chinoise Xugong Group : ce sera un "niet". Autres cieux, autres mœurs.

Source : Financial Times des 18 et 19 mars 2009, Wall Street Journal du 20 mars 2009.
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