L’OPA à effet levier (LBO, "leverage buy-out") s’est offert, en Allemagne, un joli retour de manivelle. La technique, pour mémoire, permettait à n’importe quel capitaliste audacieux de mettre la main sur un concurrent sans bourse délier : suffit de s’endetter, puis de se rembourser grâce aux capitaux conquis. En juillet 2008, la richissime famille Schaeffler a fait ainsi main basse sur le numéro cinq mondial des équipementiers automobiles, Continental, en ravissant 36% du capital en catimini, via des "options" conclues en secret. Même chose avec Porsche, qui est montée progressivement, en utilisant les mêmes astuces (contrats "dérivés" occultes signés avec des banques), dans le capital de Volkswagen, une entreprise trente fois plus grosse qu’elle en termes d’effectifs. Mais, donc, il y a eu un grain de sable. La crise, le resserrement du crédit et, note la revue Problèmes économiques, "les deux acrobates de la finance sont désormais surendettés" et "se débattent actuellement face à leurs créanciers devenus plus scrupuleux dans leurs accords de financement". Logique. Schaeffler a lancé son OPA lorsque le titre Continental valait 75 euros et, depuis, il a perdu la moitié de sa valeur. Cela fait beaucoup d’argent parti en fumée, car la créance, elle, reste intacte et due. D’où appel à l’Etat en janvier 2009, qui refusera de renflouer. C’est à peine mieux avec Porsche : fin mars 2009, il lui fallait rembourser les 10 milliards d’euros empruntés pour l’opération mais le Land de Basse-Saxe, actionnaire public de référence de Volkswagen (20%) y bloquera l’accès au cash-flow, obligeant Porsche à d’humiliantes renégociations du "mariage". Dans un cas comme dans l’autre, l’arroseur est arrosé, le sauvetage prenant la forme d’un renversement des équilibres de pouvoir et, donc, une OPA en sens inverse, seule issue pour éviter la banqueroute...

Source : Problèmes économiques n°2.975 du 8 juillet 2009.

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