De Zeebrugge et Liège aux ports d’Italie, d’Espagne et de France, en passant par l’Est du vieux continent, les multinationales chinoises et les "nouvelles routes de la soie" accélèrent le développement de méga-corridors d’infrastructures, donnant la priorité au commerce avant les besoins des gens et de la planète.

Ce nouveau rapport, disponible sur le site d’ENCO (en anglais), montre comment les capitaux européens et chinois s’articulent pour développer le commerce et les infrastructures en Europe, oscillant entre coopération entre intérêts bien compris et compétition acharnée.

« De Marseille à la Chine à travers l’Afrique », écrit par l’Observatoire des multinationales, montre comment attirer des investissements chinois est devenu une priorité des entreprises et des leaders politiques de Marseille, dans le sud de la France, mais aussi une excuse bien pratique pour faire avancer leur propre agenda. Le port de Marseille a été agrandi pour permettre un commerce croissant avec la Chine, mais qui peut-être ne viendra jamais. Pendant ce temps, les grandes multinationales basées à Marseille, comme la CMA-CGM, cherchent à tirer profit de sa position historique de plaque tournante du commerce avec l’Afrique afin de nouer des alliances stratégiques avec des entreprises chinoises.

Dans « Les promesses de la Nouvelle Route de la Soie en Italie », Re:Common montre comment les intérêts des investisseurs chinois dans l’expansion des ports en Italie ont été utilisés par le gouvernement pour développer une législation établissant des « zones économiques spéciales » situées près des ports, particulièrement dans le sud de l’Italie. L’article se penche sur les véritables bénéficiaires de ces méga-corridors d’infrastructures. Avec la pandémie de Covid-19 et la crise économique qui en découle, le secteur maritime a montré son importance, avec des grandes entreprises opérant dans une situation de quasi-monopole grâce à des acquisitions et des alliances commerciales incluant des groupes chinois. Parmi elles, l’entreprise helvético-italienne MSC, célèbre pour ses croisières mais également un acteur de poids dans le transport maritime, les services portuaires et la logistique. Corporate Watch examine le modèle commercial ainsi que la structure de l’entreprise.

Le rapport du Gresea, basé sur deux études de cas, illustre comment la Belgique, depuis longtemps un important centre logistique en Europe, a récemment vu l’arrivée de grandes entreprises chinoises actives dans ce secteur essentiel du capitalisme globalisé. Le rapport détaille l’arrivée à Liège du géant privé de l’e-commerce Alibaba (disponible en français) ainsi que celle de l’entreprise maritime publique COSCO au port de Zeebrugge (disponible en français). Le rapport analyse leurs projets d’investissements respectifs ainsi que la stratégie globale des deux entreprises, s’intéressant particulièrement à l’initiative « Belt and Road » afin d’identifier les possibles impacts de ces implantations sur les territoires concernés.

Dans son rapport « Sécurité intelligente dans les ports Catalans : vers un nouveau modèle de surveillance, de privatisation et d’abus des droits humains », l’Observatoire des droits humains et des entreprises de la région méditerranéenne (ODHE) montre comment les ports, en tant qu’infrastructures critiques dans le fonctionnement des chaines d’approvisionnement globales, développent de nouveaux écosystèmes de sécurité pour affronter les nouveaux défis et menaces comme les cyber-attaques. ODHE fournit ainsi une vue d’ensemble des écosystèmes de sécurités des ports catalans, analysant comment leur cadre légal s’adapte aux menaces et aux risques. L’article s’intéresse aux principales entreprises de sécurité et aux technologies qu’elles utilisent, révélant comment ces développements conduisent à de graves violations des droits humains ainsi qu’à d’autres activités controversées.

Finalement, « Comment la BRI et la disponibilité de financements chinois fragilisent l’état de droit dans les Balkans occidentaux » rédigé par Bankwatch Romania et Re:Common analyse le cas de la centrale électrique au lignite de Tuzla 7 en Bosnie-Herzégovine, qui se développe grâce à des financements publics et privés tant chinois qu’européens, compromet la santé des communautés de Tuzla et des villes limitrophes, menaçant les réserves d’eau et l’environnement.

Malgré son emprise considérable, le monde de la logistique présente quelques fissures ; la pandémie COVID-19 a tiré la sonnette d’alarme et exposé les gagnants et perdants de la production mondiale. Si les commerces locaux et les petites entreprises ont été temporairement paralysés, les grandes multinationales et certains secteurs, notamment la logistique industrielle et de détail, ont bénéficié d’un important soutien de l’État et en ont tiré d’énormes bénéfices.

Au vu des récents événement sanitaires et de la crise qui frappe l’économie mondiale, l’Histoire semble s’accélérer ; nous serons donc peut-être les témoins actifs de transformations autrefois impensables.[!sommaire]