La presse économique en a fait ses grands titres. 90% du stock mondial d’étain est passé sous le contrôle du fonds spéculatif d’un "golden boy" danois, Lars Steffensen, établi en toute discrétion dans la station balnéaire britannique de Southend-on-Sea, à portée d’un clic de souris de Londres et des îles Caïmans. Londres ? Siège de la London Metal Exchange, première bourse mondiale des métaux non ferreux. Iles Caïmans ? Paradis fiscal bien connu et siège du fonds spéculatif (hedge fund) en question, Ebullio Capital Management. C’est une jolie leçon d’économie. L’étain, métal précieux pour la fabrication du bronze et des circuits électroniques, n’obéit pas aux lois ordinaires de l’offre et de la demande sur un marché où vendeurs et acheteurs se rencontrent librement. Comme la plupart des matières premières, l’étain fait l’objet de transactions entre intermédiaires sur des marchés monopolistiques spécialisés, des clubs assez fermés. Pour mettre la "main" sur 90% du stock d’étain – 15.400 tonnes, valant aujourd’hui quelque 157 millions d’euros, plus de 6 milliards de nos anciens francs –, Ebullio et Steffensen n’ont pas dû en allonger le montant, une promesse de paiement ultérieur suffit, ni faire de la place sur les étagères de leurs bureaux dans la station balnéaire pour prendre livraison de 15.400 tonnes, tout cela reste très abstrait, des jeux d’écritures. Abstrait mais lucratif. Le prix de l’étain a, grâce à cette prise de contrôle, bondi de 55% depuis décembre 2008 et lorsque Ebullio revendra, cela n’aura rien d’abstrait... Les producteurs, industriels et négociants ont protesté contre cette envolée factice des prix de l’étain auprès de la London Metal Exchange, en vain. Selon celle-ci, la position dominante d’Ebullion s’est exercée "dans le parfait respect des règles". Quand on veut étudier l’économie, il faut en connaître les règles.

Source : L’Echo du 10 octobre 2009 et Le Monde du 13 octobre 2009.

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