Dans un contexte de crise, de renforcement des rivalités entre puissances économiques et de révoltes sociales, les mesures sanitaires mises en œuvre pour faire face au Covid-19 sont particulièrement répressives. Confinés, isolés et terrorisés, le spectre du totalitarisme hante nos rues, nos maisons et nos corps individualisés. Or, face à cette fatalité, d’autres alternatives se dessinent. La diminution radicale de notre participation à la production/consommation a un impact majeur sur le capital. Et ce sera à nous de choisir entre son sauvetage ou celui de notre propre humanité.

Dans son chef-d’œuvre « L’œuf du serpent », le réalisateur Ingmar Bergman dépeint l’Allemagne de 1923 [1]. Un pays ruiné économiquement par la guerre et la perte de ses colonies et une société gangrénée par le chômage, la peur, la méfiance de l’autre, l’isolement et le désespoir où délations et arrestations abusives sont devenues la norme. Une société abattue, spectatrice de son propre malheur. Elle ne cherche pas à y remédier, mais à fuir individuellement et passivement au prix de son humanité, oubliant sa capacité d’empathie et de résistance. Une société devenue, ainsi, l’œuf en gestation du totalitarisme.

Près de 100 ans plus tard, nous assistons à une panique à l’échelle mondiale ainsi qu’à des mesures inédites (pour des régimes « démocratiques ») de restrictions de libertés collectives et individuelles. Le contexte actuel n’est pas le même que celui des années 1920 et l’histoire ne se répète jamais de la même manière. Pour paraphraser Karl Marx, « Lorsque l’histoire se répète, la première fois c’est une tragédie, la deuxième fois, une farce ».

Le Covid-19 est le déclencheur, mais pas la cause, d’un processus international caractérisé par trois éléments essentiels : la crise économique [2] ; la place prise par de nouvelles puissances économiques sur le marché international et plus particulièrement la Chine, devenue un véritable rival des puissances internationales ; la répression brutale des soulèvements sociaux au cours de 2019, de l’Équateur au Chili, en passant par la France, le Liban, l’Algérie, le Nicaragua et Haïti.

Dans un contexte de crise, de renforcement des rivalités entre puissances économiques et de révoltes sociales, les mesures sanitaires mises en œuvre dans tous les pays du globe se caractérisent avant tout par leur caractère sécuritaire et répressif. Confinés, isolés, réprimés et terrorisés par les effets d’une pandémie qui aurait pu être évitée ou, du moins, affrontée de manière plus efficace si nous ne vivions pas dans le royaume de la marchandise, le spectre du totalitarisme hante nos rues, nos maisons et nos corps individualisés. Or, face à cette fatalité d’autres alternatives se dessinent. L’histoire nous montre que l’isolement, la fuite individuelle, et donc la déshumanisation, sont d’excellents ingrédients d’une société devenue œuf en gestation du reptile. Dans le même temps, le coup de massue porté au capital par un mois et demi d’arrêt partiel des activités nous montre que « les puissants » ne peuvent pas tenir longtemps sans notre travail. Voilà une preuve incontestable de notre puissance et de notre capacité à achever ce monstre qui n’est autre que le visage mis à nu du capitalisme.

Confinement social et déconfinement des activités économiques

En pleine « crise sanitaire », l’UE choisit comme conseiller BlackRock, le plus grand investisseur de la planète dans les entreprises d’énergies fossiles, pour rédiger un rapport sur la manière dont la supervision bancaire de l’UE pourrait prendre en compte le climat. Pourtant, le monde scientifique et les mouvements écologiques mettent en garde depuis longtemps contre les énergies fossiles et les effets du réchauffement climatique accélérés par le mode de production capitaliste (caractérisé par la reproduction illimitée du capital), ainsi que sur les risques de nouvelles pandémies facilités par ce réchauffement, la déforestation et l’élevage intensif [3].

Le gouvernement belge ne s’achemine pas non plus vers d’autres alternatives capables de faire face à ce modèle extractiviste et productiviste mortifère. Au contraire, en temps de confinement, seules 24% des entreprises privées sont à l’arrêt. En outre, ces fermetures ne sont pas liées aux mesures sanitaires, mais aux problèmes d’approvisionnement ou à la baisse significative des ventes [4]. Certaines entreprises préfèrent alors mettre leurs travailleurs au chômage économique tout en leur demandant, dans l’illégalité la plus complète, de continuer à travailler chez eux.

L’annonce du plan de déconfinement en trois phases préconisant la reprise des activités industrielles, des services B2B (de professionnels à professionnels) et des crèches le 4 mai, confirme ce choix économique au détriment de nos vies. Selon le corps scientifique, la première phase de déconfinement devrait être accompagnée d’une capacité de 25.000 tests quotidiens et d’une distribution massive de masques. Or, cinq jours avant cette première phase, la Belgique réalise moins de 10.000 tests quotidiens (chiffre pourtant annoncée depuis quelques semaines mais pas atteint) et la plupart des travailleur.euse.s des soins de santé n’ont toujours pas été testé.e.s.

Si le 24 avril la Première ministre annonçait la distribution d’un masque réutilisable pour chaque citoyen.ne belge (dont on peut se demander si elle compte aussi les personnes détenues, sans titre de séjour ou sans domicile fixe), deux jours plus tard, on apprend que le gouvernement ne sera pas en mesure d’obtenir la quantité de masques nécessaire pour le 4 mai. Étant donné que rien n’est fait pour la production de masques à grande échelle (à part la mise au travail des personnes détenues et des bénévoles), le port du masque ne sera obligatoire que dans les transports publics, les écoles (pour les enfants de plus de 12 ans) et les endroits où la distance physique n’est pas possible (à l’exception des crèches). Entre-temps, ce matériel de protection n’est toujours pas disponible en quantité suffisante dans beaucoup d’institutions de soins.

En outre, les experts scientifiques préconisent de respecter un délai de deux à trois semaines entre chaque phase (pour évaluer l’impact de la mesure) ainsi qu’une ouverture partielle des commerces et la réouverture des écoles en septembre. Contrairement à ces indications, le gouvernement annonce l’ouverture de tous les commerces le 11 mai suivie, une semaine plus tard, de la réouverture des écoles. En effet, si 24% des entreprises sont à l’arrêt c’est majoritairement parce que leurs ventes ont diminué. Il faut donc relancer le commerce. Et pour disposer de la « main d’œuvre » nécessaire, il faut rouvrir les écoles. Il s’agit donc bien d’un déconfinement pour remettre en marche la machine à profit et d’un prolongement du confinement social, reléguant ainsi au dernier plan la santé physique et psychosociale de la population. Enfin, il reste interdit de se réunir pour organiser notre lutte et notre solidarité, de voir nos proches, de rendre visite aux personnes emprisonnées, à celles se trouvant dans des centres pour personne handicapées, en maisons de repos ou de soins. Par contre, nous sommes obligés de nous rendre sur des lieux de travail non vitaux où même la mesure de distanciation physique n’est pas assurée [5]. Dans le même temps, l’efficacité de cette distanciation physique, seule mesure obligatoire en Belgique pour les entreprises, est de plus en plus controversée. De nouvelles études montrent que la distance d’un mètre et demi n’est pas suffisante, car, selon les conditions climatiques, atmosphériques et environnementales, le virus peut se transmettre jusqu’à huit mètres de distance [6]. À la lecture de ces informations, le confinement (social) semble être plus efficace en termes d’isolement et de contrôle social qu’en termes sanitaires… Et ceci d’autant plus, au regard du (non)dépistage de personnes travaillant en première ligne (notamment le personnel de la santé, du transport, des commerces, des crèches, des prisons, des centres fermés ou des centres pour personnes non valides).

Les mesures de confinement social et de déconfinement des activités économiques mettent à nu un système capitaliste où la santé de la population passe loin derrière les intérêts des capitaux. Et si on parle bien de système et pas de gouvernement, et bien que cette analyse ne se centre que sur la Belgique, il suffit d’observer les mesures mises en œuvre dans les autres pays pour s’apercevoir que partout, à des degrés plus ou moins importants, les mesures sécuritaires et économiques prévalent sur les mesures sanitaires au nom desquelles on impose les premières.

L’œuf du serpent

Loin d’une politique sanitaire consistant, entre autres, à contrôler la spéculation sur les produits vitaux, fort de ses « pouvoirs spéciaux », le gouvernement belge offre une position de monopole à l’industrie pharmaceutique pour la production des tests Covid-19, en écartant les laboratoires hospitaliers et extrahospitaliers agréés [7]. Ceci explique, en partie, la lenteur pour mener des dépistages dans les maisons de repos. Une mesure qui ne sera annoncée (mais qui tarde à être mise en œuvre) que lorsque la situation deviendra critique, avec plus de 50% de décès dans les maisons de repos [8]. C’est seulement une fois ce chiffre mortifère atteint que les médias de masse montrent comment ces institutions ont été délaissées et leurs résident.e.s sacrifié.e.s. Soyons honnêtes, si jusque à présent le système hospitalier belge tient mieux le choc de la pandémie que celui de l’Italie par exemple, c’est parce que l’État a choisi dès le départ de laisser mourir nos ainé.e.s dans les maisons de repos ! Vu le scandale provoqué par le nombre de décès, certaines mesures politiques sont désormais mises en œuvre. Mais que dire alors des prisons, des centres fermés, des centres d’accueil ou des centres pour personnes sans domicile fixe ? Des institutions où l’on peut s’attendre à de véritables drames qui resteront largement invisibilisés.

Alors que le gouvernement consacre 10 milliards d’euros pour aider les entreprises (par diverses aides, y compris le transfert de salaire des travailleur.euse.s du privé vers le budget de la sécurité sociale au travers du chômage économique) [9], les secteurs les plus démunis sont abandonnés à leur propre sort ou plutôt aux mains de la « collectivité », mobilisés comme une véritable chair à canon. En effet, Sciensano, l’Institut scientifique du ministère de la Santé, continue à donner des directives qui mettent gravement en danger la santé du personnel de première ligne en sous-estimant l’importance des mesures de protection (notamment en ce qui concerne le matériel de protection et les entraves pour réaliser des tests) tout en justifiant le maintien du travail du personnel porteur du Covid-19 au moment où le dépistage commence à se réaliser dans les institutions de soins [10]. Des directives très éloignées d’une politique sanitaire, pour ne pas dire carrément meurtrières. Entre-temps, le gouvernement maintient les politiques d’austérité en appelant au travail bénévole pour renforcer le personnel des maisons de repos et de soins, des centres pour personnes handicapées ou des structures d’hébergement (comme c’est le cas notamment à la Porte d’Ulysse à Haren). Une main d’œuvre gratuite envoyée en première ligne sans formation et sans protection. Certains hôpitaux et communes font également appel au bénévolat, notamment des femmes (avec ou sans papiers) pour la fabrication de masques et de blouses de protection pour le personnel soignant ou pour répondre aux demandes téléphoniques du numéro vert d’aide sociale d’urgence durant le confinement.

Au lieu de réquisitionner des entreprises pour la production du matériel essentiel, d’exiger des firmes privées d’assurer le salaire de leurs travailleur.euse.s confiné.e.s [11] ou d’instaurer une taxe sur les grandes fortunes, les décideurs politiques renforcent un discours moralisateur renvoyant la lutte contre la pandémie à la responsabilité individuelle. La banalisation de ce discours rend même envisageable la « solidarité » envers les entreprises, comme c’est le cas pour les fraises de Wépion. En effet, pour palier à la pénurie en main-d’œuvre semi-esclave de travailleur.euse.s détaché.e.s venus des pays les plus pauvres d’Europe, les employeurs appellent au travail bénévole des jeunes. Grace à cet appel, la famille Warnez, l’une des sept propriétaires des champs de production de fraises de Wépion, a reçu plus de 150 candidatures de bénévoles prêts à aider pour la cueillette [12].

Ces mesures renforcent de nouvelles formes « d’accumulation du capital par dépossession » [13] provoquant donc l’appauvrissement de la plupart de la population et l’enrichissement d’une minorité. En paraphrasant David Harvey, cette « privatisation par voie humanitaire » [14], à travers laquelle nous sommes appelés à travailler gratuitement pour essayer de combler l’affaiblissement du système public, provoque également des effets sociaux néfastes en ce qui concerne la responsabilisation et donc la culpabilisation des individus. Les témoignages de femmes insultées via les réseaux sociaux parce qu’elles font payer les masques qu’elles fabriquent illustrent bien cette dérive sociale [15]. À défaut d’entrepreneurs qui préfèrent fermer boutique ou continuer à produire des biens non vitaux plutôt que de reconvertir leur production et d’un État qui n’investit pas dans la création d’ateliers publics d’urgence, on exige ce travail gratuit des femmes, car il semblerait que la couture soit un hobby féminin et non pas un métier.

Le message envoyé par diverses instances gouvernementales semble clair : ces travaux doivent être gratuits. Pire, au nom de la « solidarité », ces travailleuses (souvent en chômage temporaire ou « indépendantes » qui n’ont plus de contrat) doivent payer les tissus, les machines à coudre ou l’électricité de leur poche (personne ne songe par contre à moraliser les fournisseurs des services essentiels comme l’électricité pour les fournir gratuitement). En même temps, l’État continue à payer des prix faramineux pour des masques industriels ou des médicaments aux entreprises privées. Lorsque médicaments ou vaccins seront prêts, notre gouvernement osera-t-il appeler les multinationales, qui les produiront grâce au travail des universités et avec l’aide financière des pouvoirs publics, à les fournir gratuitement ? Ou du moins, à renoncer aux droits exclusifs (brevets, exclusivités de commercialisation pour plusieurs années ou secrets de fabrication) ? [16]

Les discours moraux véhiculés par le monde médiatique et politique à destination exclusive des « citoyen.ne.s » ne font que renforcer (et forger) des sociétés fascisantes. Ainsi, le 23 mars, la commune de Welkenraedt appelle la population à dénoncer à la police les rassemblements de personnes en temps de confinement. Selon son bourgmestre, Jean-Luc Nix (MR), il ne s’agirait pas d’un appel à la délation, mais « plutôt à la responsabilité de chacun ». De fait, en ce temps de confinement, les délations prolifèrent aussi vite que le virus [17].

Dans ce contexte de panique et d’isolement, appel à la délation, suppression des libertés collectives et individuelles, des droits humains et justification (voire légitimation) des abus policiers vont de pair. Les jeunes des quartiers populaires sont les premiers à en souffrir. Le vendredi 10 avril, Adil, un jeune anderlechtois, est mort, « percuté à pleine vitesse par un véhicule de police qui venait en contresens » [18]. Samedi, ses amis et voisins ont rompu le confinement pour dénoncer les abus policiers. C’est seulement à ce moment que les médias de masse informeront sur la mort de ce jeune. Ce ne sera pas pour alerter à propos des dérives policières, mais des « émeutes » qui ont lieu dans la commune. Des « émeutes » durant lesquelles la police fera usage de manière disproportionnée de son monopole de la violence. Plus d’une centaine des policiers déploieront des autopompes, du gaz lacrymogène et même un hélicoptère super équipé (filmant tout l’évènement) pour réprimer les manifestants [19]. L’hélicoptère de la police fédérale tournera tout le week-end au-dessus de la commune pour filmer chaque geste de ses habitant.e.s. Alors que, suite à la répression des manifestants, il n’y aura plus de rassemblements. De nombreuses arrestations seront réalisées tout au long de la semaine sur base des images filmées. Une centaine de personnes seront arrêtées, dans un contexte où les prisons surpeuplées aux conditions d’hygiène déplorables représentent des risques sanitaires et psychosociaux inouïs [20].

Pieter De Crem (ministre de l’Intérieur CD&V) et Fabrice Cumps (bourgmestre d’Anderlecht PS) féliciteront le travail de la police tout en légitimant, comme le Vlaams Belang, un usage démesuré de la force vis-à-vis de jeunes qui, selon Pieter De Crem, « ne peuvent pas fonctionner selon nos normes et valeurs…. Ce sont des fauteurs de troubles qui ont utilisé un incident dramatique pour créer le chaos. Cette attitude n’a rien à voir avec le deuil ou le chagrin ». Voilà comment des jeunes en colère qui protestent contre les discriminations classistes et racistes sont criminalisés et doublement stigmatisés, utilisés comme boucs émissaires d’un chaos provoqué par un système de production prédateur de l’environnement et de la vie au profit d’une minorité de privilégié.e.s et de representant.e.s politiques qui ne répondent qu’aux intérêts de cette classe et qui, même en voyant l’expansion de la pandémie, n’ont rien fait pour mettre en place des mesures adéquates pour y faire face (dépistages massifs, stock suffisant de matériel de protection, respirateurs…). Une particratie qui, durant les quatre dernières décennies, n’a fait que développer des politiques de démantèlement des services publics, préparant ainsi le terrain idéal pour le chaos auquel nous sommes actuellement confrontés et dont les jeunes des quartiers populaires sont désignés comme responsables.

Sur les réseaux sociaux, bien qu’une partie de la population condamne ces abus policiers, une autre bonne partie reprend et renforce les propos racistes soutenus par les représentants politiques et relayés par les médias de masse, banalisant et popularisant ainsi l’abus policier, le racisme et le classisme. Entre-temps, à Woluwe-Saint-Lambert, la police danse avec les habitants sans respecter les mesures de « distanciation sociale » [21]. Un évènement qui, dans le cadre du confinement, pourrait être considéré comme une lockdown party, correspondant à des infractions d’une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 3 mois (articles 1, 5 et 8 de l’arrêté ministériel du 23 mars 2020) [22]. Pendant ce temps-là, même le seul outil d’expression de rue qui semble être permis depuis le confinement, à savoir l’ornement de nos maisons avec des affiches exprimant notre mécontentement, semble être menacé lorsqu’on apprend (grâce aux réseaux sociaux) que certaines personnes ont reçu la visite de policiers et ont été menacées de sanction pour incitation à l’émeute suite à des affiches apposées aux fenêtres et réclamant justice pour Adil [23].

La banalisation de la violence institutionnelle justifiée par des mesures « exceptionnelles » ne peut que renforcer les violences interpersonnelles, car, en fin de compte, la violence est justifiée en termes hiérarchiques : il y a ceux et celles qui peuvent légitimement l’exercer (l’autorité) et celles et ceux qui ne peuvent que la subir. Dans le même sens, il y a les personnes qui ont droit à des mesures de prévention pour éviter la contagion du virus et celles qui n’ont pas accès à cette protection, que ce soit parce qu’elles sont emprisonnées, parce qu’elles n’ont pas les moyens économiques de se procurer un masque ou du gel hydro-alcoolique, ou parce qu’elles sont obligées de travailler sans matériel de protection adéquat. Les cas le plus criants sont ceux du secteur de la santé (dans lequel le personnel de nettoyage est particulièrement délaissé), des éboueur.euse.s, des travailleur.euse.s du secteur social ou des supermarchés où, jusqu’au scandale provoqué par le décès d’un caissier, certains employeurs n’acceptaient pas le port du masque [24]. Il y a aussi ceux et celles qui ont accès aux soins curatifs (à deux vitesses) et celles et ceux qui n’ont accès qu’aux soins palliatifs. C’est le cas pour les résident.e.s de maisons de repos affaiblis et atteints du Covid-19, qui ne sont donc pas hospitalisés [25].

La pandémie met ainsi à nu l’essence même du capitalisme. Un système sociétal qui ne conçoit la vie qu’à travers l’accumulation du profit, qui ne conçoit l’être humain et la nature en général que comme une machine, de simples outils de production pour la reproduction illimitée de capital au profit d’une bourgeoisie qui ne sait même pas comment employer de tels montants, si ce n’est dans la poursuite de sa reproduction mortifère. Voilà que nous sommes victimes d’un virus beaucoup plus mortel que le Covid-19 : celui de la marchandise qui désigne une société aliénée par l’argent transformant des biens réels en valeurs abstraites et par le travail abstrait (conçu comme une marchandise).

Le Covid-19 agit comme un miroir grossissant de la hiérarchisation des vies tout en creusant, mais aussi en banalisant et en légitimant les inégalités entre ces vies hiérarchisées. Prisonnier.e.s, personnes retraitées, « non valides », sans domicile, sans papiers, sans emplois,... tous ces corps et ces vies « non productrices de profit » ne représentent qu’une perte au détriment de l’accumulation du capital. Un capital qui profiterait ainsi de la dépossession collective produite par leur disparition (économies du système des pensions, carcéral, social…) après avoir pu tirer un maximum de profit de leurs vies : du travail des sans-papiers, des personnes retraitées, des prisonniers (qui actuellement sont contraints de fabriquer des masques), des expérimentations des vaccins et des médicaments imposées aux corps les plus appauvris des pays du Sud….

La peur est un instrument très efficace pour renforcer cette caractéristique fascisante du capitalisme. En effet, dans un monde dominé par des hiérarchies (économiques, âgistes [26], sexistes, racistes, nationalistes, validistes [27], etc.) l’image de l’homme riche, valide, blanc et originaire d’une puissance économique s’impose comme une identité désirable et donc, désirée. L’objet du désir est la position sociale qu’il incarne, une position protégée des risques et exemptée des violences. Or, tou.te.s n’ont pas accès à cette place. L’idéologie méritocratique permet de légitimer un système hiérarchique et donc inégalitaire, dans lequel il faudrait stimuler les individus en fonction de leurs mérites individuels. Cette idéologie alimente l’illusion des « dominé.e.s » pour s’évertuer à « prouver » qu’elles/ils sont d’extraordinaires exceptions, « méritant » une autre position sociale que celle de leurs semblables. Et surtout, « méritant » une position sociale dominante vis-à-vis des ceux et celles qui sont les plus éloignés de cette identité dominante : femmes, pauvres, prisonnier.e.s, sans-papiers, « non valides », sans emplois, etc. Si en temps de « paix sociale » le capitalisme nous divise, en temps de « panique généralisée », cette division peut vite devenir ouvertement fasciste.

Pendant ce temps-là…

L’exacerbation de la peur, la banalisation de la répression et des attaques contre les droits collectifs et individuels et l’imposition de l’isolement représentent une opportunité formidable pour l’accumulation du capital par dépossession. Actuellement, la Banque centrale européenne et les États injectent des milliards d’euros pour sauver les firmes privées d’une crise économique inhérente au capitalisme dont le Covid-19 n’est qu’un élément déclencheur. Cette socialisation des pertes des banques et des entreprises ne questionne en rien la privatisation des bénéfices. Pour les représentants politiques (des capitaux), c’est bien évidemment la population qui devra payer à coups de plans d’austérité. S’attaquer aux paradis fiscaux, aux entreprises ou aux dividendes faramineux des entreprises serait un « non-sens » dans une logique qui prévoit justement de « sauver » ces mêmes capitaux. Or, comme il l’a déjà été démontré par l’expérience des crises précédentes, la socialisation des pertes ne fera que renforcer la crise [28].

Le choix de BlackRock pour l’élaboration du rapport concernant la manière dont l’Union européenne pourra intégrer les facteurs environnementaux et sociaux dans sa supervision des banques est un indicateur clair. Non seulement les représentants politiques cherchent à sauvegarder les profits des entreprises et des banques au détriment de la population, mais aussi à poursuivre un modèle extractiviste. Autre indicateur, le 20 avril, la Commissaire européenne Margareth Vestager déclarait à la presse vouloir dissuader les nationalisations [29]. L’objectif est clair : éviter un risque structurel pour le capitalisme néolibéral européen, celui d’un État qui (ré)intervient directement sur les structures de production. La collectivité peut « aider » les entreprises, mais pas discuter leur propriété !

Entre-temps, en Belgique, l’Institut belge des services postaux et des télécommunications profite du confinement pour effectuer une consultation publique sur la 5G qui concerne l’octroi de droits d’utilisation provisoire dans la bande 3600–3800 MHz [30]. Un projet qui n’a pas fait l’objet d’une évaluation sur les incidences environnementales et d’une consultation publique en suivant la procédure légale. En même temps, Proximus annonce à 30 communes (sans les consulter) le déploiement de la 5G [31].

La 5G implique une hyper connectivité permettant une hyper surveillance de tous nos gestes, telle que souhaitée dans un contexte où, bien que le gouvernement a annoncé la mise en œuvre d’un système de « traçage des contacts » par des enquêteur.rice.s, la perspective du traçage numérique n’est pas totalement écartée, car il pourra être réalisé par des entreprises. En effet, les employeurs pourront se servir d’un nouveau système de traçage numérique, baptisé Savitas [32]. On assiste ainsi au renforcement des techniques de surveillance et du capital numérique (basé sur la collecte généralisée des données personnelles).

Alors que le confinement facilite la consolidation d’un panoptique [33] à ciel ouvert (numérisé), des modifications de l’organisation du travail sont également à l’ordre du jour. Tant en ce qui concerne le renforcement des plateformes numériques [34] (grâce aux transformations de nos modes de consommation accélérés par le confinement) qu’en ce qui concerne le télétravail [35]. En prônant des arguments « écologiques » concernant la diminution de la mobilité et donc de la pollution, Philippe Henry (ministre de la Mobilité en Wallonie. Écolo) conçoit le confinement comme une occasion pour renforcer le télétravail après la crise [36]. Voilà comment régler les problèmes concernant le manque d’investissement dans les transports publics et de booster le secteur énergétique grâce à une augmentation de la consommation individuelle en chauffage et en électricité pendant la journée de travail ! Voilà aussi une manière de gommer les difficultés encourues actuellement par une énorme masse de travailleurs et surtout de travailleuses qui doivent jongler entre vie familiale et travail, d’autant plus que la plupart d’entre elles/eux ne disposent ni d’un bureau ni d’une chambre à soi. Et voilà aussi une manière de renforcer l’isolement, faisant de nous des individus atomisés, dormant et travaillant dans un même espace, branchés 24/24 heures à leurs ordinateurs grâce auxquels on communique avec le monde extérieur pour faire nos courses, travailler, voire même « prendre l’apéro ». Et tout cela pour le plus grand bonheur du big data et d’un État technosurveillant.

Les mesures mises en œuvre impliquent aussi un repli nationaliste. La pandémie du Covid-19 accentue la fermeture des frontières (aux personnes, notamment celles ne disposant pas des papiers exigés pour pouvoir circuler) et accrédite l’illusion de sociétés autarciques, alors qu’en même temps les marchandises, et surtout le capital, continuent de circuler. Pourtant, une pandémie n’a pas de frontière. Comme soulevé par François Gemenne, spécialiste en géopolitique de l’environnement, tant que le dernier foyer de contamination n’aura pas été contrôlé, le monde restera vulnérable [37]. Une évidence que les autorités politiques ne semblent pas vouloir comprendre en négligeant les risques de contagion fulgurante de Covid-19 dans les camps de réfugiés surpeuplés et insalubres où rien n’est fait pour organiser des corridors humanitaires. Il en va de même en ce qui concerne l’urgence de mener de véritables mesures de solidarité internationale, surtout pour les pays les plus appauvris ne disposant donc pas de moyens pour contrôler la propagation du virus. Au contraire, les États cherchent actuellement à accaparer matériel de protection, médicaments et tests, plutôt que de réquisitionner des entreprises ou du moins d’appliquer des mesures permettant d’interdire l’augmentation des prix. Ils renforcent ainsi l’inaccessibilité des produits devenus vitaux.

Les discours médiatiques et politiques confondent Covid-19 avec crise économique et sanitaire. Cette confusion et les mesures mises en œuvre qui en découlent au nom de notre « sécurité » ne font, en fin de compte, que forger une société cloîtrée, habitée par des individus de plus en plus isolés, atomisés, méfiants, appauvris, hyper connectés et hyper surveillés. Une société de plus en plus déshumanisée, prête à couver l’œuf du reptile.

« Après la crise » on change tout ?

De plus en plus d’organisations (syndicales, politiques et sociales) appellent à revendiquer notre mécontentement en ornant nos fenêtres et nos profils Facebook avec une diversité des revendications. Beaucoup d’entre elles nous invitent à participer à de grandes mobilisations « après la crise ». Mais qu’entendons-nous par « après la crise » ? Parle-t-on du moment où la liberté fondamentale de manifester ne sera plus interdite ? Quelles seront les nouvelles conditions pour pouvoir exercer ce droit, déjà attaqué, d’une part par l’obligation de disposer d’une autorisation des autorités communales [38] et, d’autre part, par l’interdiction de manifester dans les « zones neutres » [39] ?

Il existe néanmoins une diversité d’outils de lutte et parmi ceux-ci, celui ayant historiquement montré son efficacité : la grève générale. Les mesures de confinement montrent ce qui se passe lorsqu’on met en arrêt pendant un mois et demi une partie de l’économie : sans notre travail le système s’écroule. C’est donc en nous réappropriant cette force que nous avons l’opportunité de « transformer le monde » afin de pouvoir dire « plus jamais cela ».

À l’heure actuelle, la plupart des directions syndicales sont sur la défensive. Néanmoins, certaines voix commencent à prôner la nécessité et l’urgence de lancer des stratégies offensives pour réfléchir ensemble et construire la société qu’on désire et non pas la société qu’on nous impose [40].

En effet, nous avons le pouvoir de tuer le serpent dans l’œuf et de construire ainsi une société désirable pour toutes et tous. Le Covid-19 est une opportunité non seulement de résister au capitalisme fascisant, mais aussi et surtout, de réfléchir ensemble à la vie que nous voulons vivre !

Nous pouvons ainsi travestir les potentialités fascisantes du (dé)confinement en opportunités inédites d’un arrêt du travail pour réfléchir ensemble sur les activités qu’on doit démarrer, celles qu’on doit supprimer et celles qu’on doit reconvertir, donnant ainsi du sens à nos activités, à nos productions et à nos modes de consommation, c’est-à-dire, à nos vies. La marchandisation des soins nous montre aujourd’hui son visage le plus cruel. Elle nous invite ainsi à réfléchir non seulement à la marchandisation des soins, mais aussi aux dégâts produits par la marchandisation générale dans nos rapports quotidiens, nos gestes et donc nos vies. Trouve-t-on un sens à cette société marchande dans laquelle toutes nos activités sont guidées (et donc aussi nos rapports sociaux) par la valeur d’échange ? Ou bien, voulons-nous revaloriser l’utilité et la nécessité collective de nos activités ? Est-il possible de valoriser ces gestes selon leur utilité sociale sans rompre avec une société marchande régie par son essence même par la valeur d’échange ?

Nous vivons un moment historique où rien ne pourra redevenir comme avant. Le plan de déconfinement annonce une accentuation critique de la crise sanitaire. Si on rajoute à cela la crise économique, on peut également s’attendre à une amplification des crises démocratiques, sociales et environnementales [41]. Prendre nos responsabilités à la hauteur des enjeux de notre époque implique de refuser la place de spectateur.rice.s impuissant.e.s et de ne pas retourner au travail pour produire, mais bien de regagner nos lieux de travail, nos rues, nos places, nos écoles et nos universités pour décider ensemble de ce qu’on va produire, ce qu’on va consommer et ce qu’on désire en tant qu’êtres sociaux et non pas en tant qu’individus chosifiés portés par la croyance d’être des atomes qui peuvent se sauver tous seuls.

 


Pour citer cet article : Natalia Hirtz, "La grève générale pour abattre l’embryon du serpent ?", Gresea, avril 2020, analyse disponible sur la page [http://www.gresea.be/La-greve-generale-pour-abattre-l-embryon-du-serpent]

Notes

[1L’œuf du serpent est un film réalisé par Ingmar Bergman en1977. Le titre fait allusion à une tirade de Brutus dans Jules César de Shakespeare : « Et, en conséquence, regardons-le comme l’embryon d’un serpent qui, à peine éclos, deviendrait malfaisant par nature, et tuons-le dans l’œuf  ».

[2Voir Henri Houben, « Crise, Récession, Dépression - Des clés pour comprendre », Gresea Échos n°101, mars 2020.

[3Voir John Vidal, « Destroyed Habitat Creates the Perfect Conditions for Coronavirus to Emerge. COVID-19 may be just the beginning of mass pandemics », Ensia, mars 2020.

[4RTBF Info, 13 avril 2020.

[585% des entreprises contrôlées par le service d’inspection entre le 23 mars et le 3 avril ne respectaient pas les règles de distanciation sociale au travail (La Libre Belgique, 13 avril 2020).

[6RTBF info, 31 mars 2010.

[7La Libre, 9 avril 2020.

[8Le Soir, « Coronavirus : davantage de décès dans les maisons de repos qu’à l’hôpital en Belgique », 17/4/2020.

[9Lire à ce propos Bruno Bauraind « Dividendes et chômage économique, 2% suffiraient », 3 avril 2020. http://www.gresea.be/Dividendes-et-chomage-economique#nh1

[10RTBF Info, 11 avril 2020.

[11À propos de cette alternative lire Bruno Bauraind, op. cit.

[12La Dernière Heure, 9 avril 2020.

[13David Harvey, « Géographie de la domination », Les prairies ordinaires, 2008.

[14David Harvey, « Brève histoire du néolibéralisme », Les prairies ordinaires, 2014.

[15RTBF info, 13 avril, 2020.

[16À propos des Big Pharma lire Henri Houben, « Business santé Cartographie des trusts de la pharma »
Gresea Échos n°71, 2012. Concernant les Big Pharma en temps de Covid-19, Rachel Knaebel, « Pour des traitements accessibles à tous, casser les monopoles, socialiser la production », Basta, 14 avril 2020.

[17Voir par exemple, RTBF 9 avril 2020.

[18Safia Kessas, RTBF La 1re, 14 avril 2020.

[19La Dernière Heure, 11 avril 2020.

[20Invisibilisé par les médias de masse, la situation pour les détenu.e.s belges est actuellement caractérisée par : la suppression de toutes visites (non compensées par un système de vidéoconférence), des commissions de surveillance (et donc de tout contrôle extérieur concernant les abus), des activités, de la plupart des interventions des services extérieurs ainsi que par la limitation des préaux, des soins de santé, la limitation ou la suppression de la cantine, l’absence d’informations données aux détenus quant à la situation sanitaire au sein de l’établissement, l’utilisation de certaines cellules condamnées pour insalubrité (sans eau courante et équipée de seaux en guise de toilettes). Ceci dans une structure où une majorité des détenu.e.s représente une population à risque (hépatite C, tuberculose, long tabagisme, toxicomanie, diabète, carences diverses…). Observatoire International des Prisons, « Pandémie de Coronavirus : Lettre ouverte aux magistrats », 29 mars 2020. http://oipbelgique.be/fr/?p=1095

[21La Libre Belgique, 12 avril 2020.

[22Le Soir, 8 avril 2020.

[23Témoignages publiés sur divers réseaux sociaux, notamment dans le groupe Facebook Confinement et abus policiers Belgique.

[24La Libre Belgique, 4 avril 2020.

[25RTBF Info, 24 mars 2020.

[26Qui désigne les discriminations en fonction de l’âge.

[27Qui désigne les discriminations en fonction du handicap.

[28Voir à ce propos Henri Houben, « Crise, Récession, Dépression - Des clés pour comprendre », Gresea Échos n°101, mars 2020.

[30Voir Stéphanie D’Haenens, Inter-environnement Bruxelles, 15 avril 2020, https://www.ieb.be/La-consultation-publique-de-l-IBPT-visant-a-lancer-la-5G-en-Belgique-est

[31Voir Stéphanie D’Haenens, Inter-environnement Bruxelles, 1 avril 2020, https://www.ieb.be/STOP-5G-A-qui-profite-le-confinement

[32RTBF Info, 28 avril 2020.

[33Une architecture carcérale permettant à un gardien, logé dans une tour centrale, d’observer tous les prisonniers.

[34Voir, la Carte blanche rédigée par la plateforme Watching Alibaba et parue dans Le Soir du 16 avril 2020, http://www.gresea.be/Aujourd-hui-plus-que-jamais-resister-a-Alibaba-et-son-monde

[35En temps de confinement, 44% de travailleur.euse.s (du secteur formel) font du télétravail en Belgique. RTBF Info, 16 avril.

[36L’Écho, 7 avril 2020.

[37Barnabé Binctin, « En rapprochant survivalistes et nationalistes, cette crise pourrait être politiquement dangereuse », Basta, 15 avril 2020.

[38Bien que la plupart de temps les demandes de manifestation ou de rassemblements soient autorisées, l’obligation d’une autorisation permet aux bourgmestres de déterminer les trajets de manifestations ou les lieux de rassemblement. Par exemple, depuis le début des travaux concernant le projet piétonnier du centre-ville (Bruxelles), la commune n’a plus autorisé le trajet habituel des manifestations (Boulevard Anspach) en argumentant les chantiers en cours. Cet argument est moins évident en ce qui concerne les traditionnels rassemblements devant la Bourse. Selon
Mohamed Benzaouia (Chargé de mission IEB - Bruxelles) le projet piétonnier vise à construire un grand centre commercial à ciel ouvert dans lequel les actions revendicatives n’auraient pas de place. Les autorités communales ont ainsi désigné de nouveaux trajets et lieux de rassemblements, moins fréquentés et donc moins visibles.

[39Contrairement à la plupart des pays démocratiques, en Belgique la loi du 2 mars 1954, interdit les rassemblements en plein air et les démonstrations individuelles dans un périmètre dénommé « zone neutre ». Cette zone comprend le Palais Royal, le parlement fédéral et plusieurs ministères comme ceux de l’Intérieur, des Finances ou le cabinet du Premier ministre. En 2012, le périmètre a été étendu au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Maison des parlementaires flamands. En 2017, une "zone neutre" a été créée devant le parlement de Wallonie et le parlement germanophone, à Namur et à Eupen.

[40Comme par exemple Arnaud Levêque, Secrétaire fédéral de la Centrale Générale (FGTB) pour qui « Pour éviter que l’après-covid-19 ne soit la répétition de l’avant, le lancement d’une stratégie offensive s’impose… rapidement. Il s’agit de saisir l’opportunité actuelle pour construire un avenir désirable pour toutes et tous. Parmi les instruments de lutte, la grève générale semble inévitable. ». Dans Revue Politique, 18 avril 2020.

[41La reprise économique telle que promue par les représentants politiques et économiques du monde entier ouvre la voie à des catastrophes irréversibles provoquées, après une baisse massive des émissions de CO2, par un effet où la relance de l’économie pourrait redoubler les émissions de gaz carboniques.