Leader en France, comme en Belgique, de la distribution de produits culturels et de loisirs, la Fnac n’a pas toujours été cette multinationale de "supermarché du divertissement" que nous connaissons aujourd’hui. Née en 1954 sous forme de coopérative, la Fédération nationale d’achats des cadres, de son vrai nom, avait pour ambition initiale l’action culturelle. Ses fondateurs, André Essel et Max Théret (tendance trotskiste paternaliste) voulaient par là compléter l’action politique par une action en faveur des consommateurs. La société française était en mutation et l’émergence des cadres comme le développement des services apportaient une clientèle idéale pour la distribution coopérative. Quarante ans plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts. En 1980, la Fnac entre en Bourse et, après quelques va-et-vient de rachats/reventes, passe en 1994 entre les mains de François Pinault et de son groupe PPR comme actionnaire majoritaire. C’est là que la Fnac opère un réel tournant. Abandonnant tout semblant de mutualisme, elle fait définitivement place à la "modernisation". La multinationale (20.000 salariés répartis en huit pays lui permettent de dégager un chiffre d’affaires de 4,6 milliards d’euros en 2007, quatrième année consécutive d’une croissance à 15%) va désormais se concentrer sur les produits "techniques", plus rentables : ils représentent en 2009 70% du chiffre d’affaires. Le reste, souligne Vincent Chabault, auteur d’une thèse sur la Fnac, "c’est de la vitrine, un vernis culturel." Les conditions de travail vont, parallèlement, se détériorer : doublement depuis 2001 des temps partiels, par exemple, et le mois de février 2009 saluera un plan d’économie de 35 millions d’euros annonciateur de fermetures, de licenciements (400 postes en France) et de précarisation accrue. Cela n’empêche pas la "vitrine" d’assumer son rôle : le groupe PPR financera ainsi le fameux documentaire écolo "Home"... dont la Fnac aura la distribution exclusive.

Source : Jacques Denis, "La Fnac ou les avatars du marketing culturel", Le Monde diplomatique n°669 daté de décembre 2009.
Pour lire l’article intégral : http://www.monde-diplomatique.fr/2009/12/DENIS/18629

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