La téléphonie mobile en Chine, c’est d’abord, forcément, du gigantisme. China Mobile est, avec ses 518 millions d’abonnés, l’opérateur numéro un mondial en capitalisation boursière, et la plus grosse entreprise chinoise cotée à l’étranger. Mais c’est aussi une politique socio-industrielle d’investissement. Les 500.000 stations relais qui couvrent tout le territoire et 98% de la population n’ont pas peu contribué à l’émancipation des campagnes en soulageant, là, le labeur quotidien : plus besoin, pour tel petit producteur de champignons, de faire tous les jours le long trajet à pied pour rejoindre le marché... le moins éloigné, disons. Mieux : l’organisation de ce marché, en Chine, obéit à des règles pour le moins insolites. Comme en Europe, on prône là-bas la libre concurrence – mais avec des "caractéristiques chinoises". Entendre par là que China Mobile, dont l’Etat est actionnaire à 74%, ne joue pas seul sur l’échiquier, il doit faire face à la concurrence féroce des deux autres grands opérateurs – qui sont également contrôlés... par l’Etat. Concurrence entre trois entreprises publiques, donc. C’est gagner sur les deux tableaux. La concurrence reste source d’émulation et d’innovation. Mais elle peut être modulée selon des besoins déterminés par les pouvoirs publics : à un opérateur, le gouvernement a cédé le système de mobilophonie le plus basique, à destination des campagnes, et à l’autre, le plus sophistiqué. On laisse la parole à David Wolf, un conseiller d’entreprise : "On a ici affaire à une politique d’équité anti-monopolistique avec des caractéristiques chinoises." Et, sans doute, à un dossier qui invite à réfléchir, puisque les politiques de libéralisation européenne n’ont fait que remplacer des monopoles publics par des monopoles privés cent fois plus puissants.

Source : The Guardian, 12 janvier 2010.

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