Les entreprises européennes sont assises sur un matelas de près d’un trillion d’euros rapporte le Financial Times du 15 septembre 2014. Un trillion, c’est mille milliards. Et ça ne fait que grimper : en 2007, elles en étaient à quelque 700 milliards. C’est de l’argent inutilisé, largement concentré dans l’industrie manufacturière, là où par excellence il y a production, donc besoin d’investissement. Tel n’est pas le cas. Ces entreprises préfèrent thésauriser. Cité par le journal, un analyste se hasarde à dire ceci : "Garder du « cash » plutôt que de l’investir marque un changement radical depuis la crise financière, et ce comportement semble s’enraciner pour de bon." Pas de chance pour les jeunes. Sous le titre "De plus en plus de jeunes restent à la maison sans perspectives d’avenir", le Tijd du 10 septembre rapporte que, sur la base de chiffres produits par l’OCDE, le nombre de jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni à l’étude ni au travail est passé en Belgique de 12 à 15% entre 2008 et 2012 (et c’est 20% à Bruxelles). Ce n’est heureux ni pour eux ni pour personne, signe d’un gâchis généralisé et d’un dégoût pour une société qui le permet. Dans un petit livre publié en 2003 qu’un bel hasard a fait tomber entre nos mains, "Les casseurs de l’État social" (La Découverte), Michel Husson écrit ceci : "Pour la première fois dans l’histoire du capitalisme contemporain, la situation et les perspectives d’évolution des jeunes sont aujourd’hui dégradées par rapport aux générations antérieures. C’est sans doute l’indicateur le plus net de cette véritable régression que les politiques économiques et sociales du néolibéralisme mettent en œuvre." C’était en 2003. En 2014, cela n’a fait qu’empirer. L’affaire a tout l’air d’une gueule d’atmosphère systémique…
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