Là, c’est presque un conte de fées. L’économie parallèle conçue par le banquier Goldman Sachs (un des intermédiaires privilégiés de la dette publique belge) a en effet de quoi faire les délices des amateurs de romans policiers. Goldman, pour mémoire, c’est 32.400 salariés et un portefeuille de 940 milliards de dollars (2013), par ailleurs connu pour avoir bidouillé la comptabilité nationale de la Grèce afin de permettre à celle-ci de rejoindre la zone euro. Mais, donc, voici : en 2007, un fonds spéculatif ad hoc baptisé Whitehall mis en place par Goldman met la main sur une chaîne hôtelière états-unienne pour 2,2 milliards de dollars (pas cash : avec un solide effet "levier") et, hop, change le nom de la société en W2007 Grace Acquisition, Grace pour les intimes. Là-dessus : se débarrasser des actionnaires récalcitrants. Grace va pour cela verser dans la clandestinité, c’est-à-dire abandonner son statut de société cotée à la Bourse de New York et, partant, se défaire de l’obligation de rendre publics ses comptes. Mieux, Grace ne verse plus de dividendes. Et rend particulièrement difficiles (et onéreuses : 10 cents la page) les demandes individuelles des actionnaires pour obtenir copie des comptes. L’action, par voie de conséquence, dégringole (qui en voudrait ?!). Elle valait 25 dollars peu auparavant, elle va chuter à 5 cents. Vertigineux. Mais cela fait partie du plan car une autre entité opaque de Goldman va, en 2012 et 2013, commencer à racheter ces actions calamiteuses (58% du total en bout de course), qui vont "rebondir", on s’en serait douté : elles valent depuis, 2014, 12 dollars. C’est ce qu’on appelle une opération juteuse, menée de main de maître. Pas fini. En 2009, Goldman (sa division Hypothèques) laisse tomber une dette due à Goldman (son fonds spéculatif Whitehall) en échange d’une option d’achat au bénéfice de Goldman (option portant sur 80% des hôtels de Grace) que Goldman va ensuite revendre à Whitehall, donc à elle-même. Cela donne un peu le tournis, tous ces Goldman qui font du business entre eux ? Retenons : ce petit carrousel lui a permis d’acquérir lesdits hôtels à très bas prix, il n’avait pas d’autre but. L’affaire se serait terminée là si un petit vent de rébellion n’avait pas surgi parmi les actionnaires plumés, dont un professeur d’économie, James Angel (université de Georgetown, Washington), qui attaquent en justice tous azimuts. Était-ce bien "légal", tout cela ? Cela, c’est une autre histoire.

Source : International New York Times, 21 mars 2014. Article complet (anglais) : http://dealbook.nytimes.com/2014/03/19/questions-over-goldman-deal-as-investors-sit-in-the-dark/
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