Dès sa prise de fonction, le gouvernement Milei a mis en œuvre un plan de réductions des dépenses « à la tronçonneuse » et d’austérité « au mixeur ». La « tronçonneuse » fait allusion à la réduction des aides sociales et à la suppression des emplois, des services et des travaux publics. Cet ajustement est redoublé par l’impact de l’inflation
Inflation
Terme devenu synonyme d’une augmentation globale de prix des biens et des services de consommation. Elle est poussée par une création monétaire qui dépasse ce que la production réelle est capable d’absorber.
(en anglais : inflation)
sur les postes budgétaires gelés (retraites, salaires publics et plans sociaux) - un effet connu sous le nom de « licuadora » (mixeur) en Argentine. Le gouvernement s’attaque aux services publics, aux salaires, aux droits du travail et de la sécurité sociale. Et, en guise de réponse aux manifestations massives contre l’ajustement, il n’hésite pas à recourir à la répression et à la stigmatisation des organisations sociales. Cet article résume les politiques menées par le gouvernement Milei au cours de ses premiers mois de mandat.

Renouant avec le discours autour des polarités Occident/Orient, capitalisme
Capitalisme
Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
/communisme
Communisme
Système économique et sociétal fondé sur la disparition des classes sociales et sur le partage des biens et des services en fonction des besoins de chacun.
(en anglais : communism)
/socialisme
Socialisme
Soit étape sociétale intermédiaire qui permet d’accéder au communisme, soit théorie politique élaborée au XIXe siècle visant à améliorer et changer la société par des réformes progressives ; la première conception se comprend dans la théorie marxisme comme le passage obligé pour aller vers la société sans classes, étant donné qu’il faut changer les mentalités pour une telle société et aussi empêcher les anciennes classe dirigeantes de revenir au pouvoir ; la seconde conception est celle professée par les partis socialistes actuels ; on parle aussi dans ce cas de social-démocratie.
(en anglais : socialism)
pour répondre à tous les problèmes quotidiens, la nouvelle avancée réactionnaire, en plus de s’attaquer aux droits sociaux, syndicaux et du travail, cherche à renverser tous les acquis en matière de droits humains. Ainsi, les programmes de santé sexuelle et reproductive ainsi que le ministère des Femmes et de la Diversité ou l’Institut National contre la discrimination, le racisme et la xénophobie (INADI) ont été supprimés. De plus, le recours au discours de genre dans tout acte ou document émanant des organes de l’État a été interdit.
La Libertad Avanza (LLA) entraine dans son sillage une nouvelle vague négationniste des atrocités perpétrées et des 30.000 personnes disparues durant la dernière dictature civico-militaire (1976-1983). À la tête de ce discours, la vice-présidente, Victoria Villarruel, fille d’un ex-militaire, avocate et fervente militante antiavortement, ne cache pas son admiration pour le régime militaire imposé lors de la dictature. Villarruel est entrée en politique grâce à son militantisme dans Memoria completa (mémoire complète), une organisation qui nie les atrocités commises par les militaires entre 1976 et 1983. Elle est l’un des relais argentins du parti espagnol d’extrême droite Vox. Dans un article publié sur une chaîne de télévision la veille de la marche du 24 mars 2024 (date de commémoration du coup d’État de 1976), elle a appelé le gouvernement, en sa qualité de vice-présidente, à vérifier les indemnisations reçues par les proches des personnes disparues pendant la dernière dictature : « Je l’ai dit pendant la campagne, nous devons revoir les millions d’indemnisations qui ont été accordées au nom des droits humains. Il faut auditer le boulot des droits humains au service
Service
Fourniture d’un bien immatériel, avantage ou satisfaction d’un besoin, fourni par un prestataire (entreprise ou l’État) au public. Il s’oppose au terme de bien, qui désigne un produit matériel échangeable.
(en anglais : service)
des objectifs politiques d’un secteur qui a toujours lutté contre le pays et ses institutions. »
Sur la scène internationale, Milei avoue être un fervent admirateur de la gestion de l’ex-Première ministre anglaise, Margaret Tatcher (qui a ordonné le massacre des soldats argentins lors de la guerre des Malouines en 1982), de Donald Trump et du milliardaire Elon Musk avec qui il multiplie les échanges sur le réseau social X. Il lui a d’ailleurs octroyé une place spéciale dans la rédaction d’un article du Décret de nécessité et d’urgence (voir plus bas) indiquant « la dérégulation
Dérégulation
Action gouvernementale consistant à supprimer des législations réglementaires, permettant aux pouvoirs publics d’exercer un contrôle, une surveillance des activités d’un secteur, d’un segment, voire de toute une économie.
(en anglais : deregulation).
des services d’internet par satellite, afin de permettre l’entrée [dans le pays] d’entreprises comme Starlink » (société de satellites internet de Musk).
Omniprésent sur les réseaux sociaux et obsédé par son image, Javier Milei se décrit comme un « anarcho-capitaliste » prônant une « révolution libérale » et une « réduction des dépenses publiques » qui servirait d’exemple au monde entier.
Choc sans anesthésie
Trois jours à peine après son entrée en fonction, le ministre de l’Économie, Luis Caputo, a ordonné la troisième plus importante dévaluation
Dévaluation
Baisse du taux de change d’une devise par rapport aux autres devises. En général, une dévaluation se passe en système de change fixe, parce que la réduction a lieu par rapport à la devise clé.
(en anglais : devaluation).
de l’histoire du pays, après l’hyperinflation de 1989 sous le gouvernement de Raúl Alfonsín (1983-1989) qui, à l’époque, en raison de la situation économique et politique, avait dû convoquer des élections anticipées et abdiquer six mois avant la fin de son mandat.
Le 13 décembre 2023, le dollar officiel [1] est passé de 366$ à 800$ en l’espace d’un seul jour. Le ministre de l’Économie a annoncé cette dévaluation dans un communiqué enregistré à plusieurs reprises et d’une durée de 19 minutes exactement. Au cours de cette annonce, le fonctionnaire a expliqué que l’inflation
Inflation
Terme devenu synonyme d’une augmentation globale de prix des biens et des services de consommation. Elle est poussée par une création monétaire qui dépasse ce que la production réelle est capable d’absorber.
(en anglais : inflation)
resterait importante pendant plusieurs mois, en raison de la hausse de la valeur du dollar de plus de 100%, et du fait qu’il n’y aurait aucun contrôle ni aucune sanction contre ceux qui augmentent les prix des produits de consommation de base de manière injustifiée en vertu de la théorie selon laquelle « le marché
Marché
Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
s’autorégulera » en fonction de la loi de l’offre et de la demande. Le ministre a ajouté que les tarifs des services publics et des transports doubleraient, voire plus, et que dans ce contexte de crise profonde à venir et de chute du pouvoir d’achat, il ne fallait s’attendre à aucune compensation tant pour les salaires que pour les pensions.
Dans son communiqué, Caputo a également annoncé qu’il présenterait un projet de loi visant à réformer les pensions et le travail. En moins de 20 minutes, il a exposé ce qui constitue, comme l’a dit le président, « le plan d’ajustement le plus violent » des dernières décennies. Ce plan signifie le transfert le plus brutal et le plus douloureux des revenus de la classe ouvrière et des personnes âgées vers les poches des propriétaires d’entreprises qui avaient déjà profité du désordre économique qui régnait depuis le précédent gouvernement d’Alberto Fernández pour appliquer des augmentations de prix qui, grâce aux mesures annoncées par Caputo, ont atteint une moyenne de 60 à 120% en quelques jours seulement.
En plus de la dévaluation, le ministre a annoncé neuf mesures économiques avec effet immédiat.
1. Le non-renouvellement des contrats de travail des employés publics ayant moins d’un an d’ancienneté.
2. L’annulation des lignes directrices relatives à la publicité dans les médias.
3. La réduction de 34% du nombre de ministères, secrétariats et sous-secrétariat (ce qui implique une réduction du nombre de fonctionnaires : de 300 postes il n’en resterait qu’un peu plus de 200). Cette mesure a entrainé la fermeture d’organismes essentiels tels que l’Institut national contre les discriminations, le racisme et la xénophobie (INADI) ou encore l’Institut de l’agriculture familiale paysanne et indigène qui fournissait un soutien technique aux communautés indigènes et aux petits agriculteurs, l’agence de presse publique TELAM, l’Institut national du cinéma argentin, ainsi que les stations de radio et télévision publiques.
4. La réduction des subventions aux provinces.
5. L’annulation des appels d’offres tant pour les nouveaux travaux publics que pour ceux antérieurement approuvés et qui n’ont pas encore débuté. Selon les estimations du syndicat des travailleurs de la construction en Argentine (UOCRA), en quelques mois, cette mesure a entrainé la diminution drastique d’environ 80.000 emplois directs dans le secteur.
6. La suppression des subsides à l’énergie et aux transports.
7. L’audit
Audit
Examen des états et des comptes financiers d’une firme, de sorte à évaluer si les chiffres publiés correspondent à la réalité. L’opération est menée par une société privée indépendante appelée firme d’audit qui agrée légalement les comptes déposés. Quatre firmes dominent ce marché : Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PricewaterhouseCoopers.
(en anglais : audit ou auditing)
des plans sociaux et la suppression des intermédiaires, qui étaient jusqu’alors les organisations sociales.
8. Contrairement à leurs principes libertariens et à leurs promesses de campagne, Caputo annonce une augmentation de l’impôt sur l’acquisition de devises et de biens étrangers à travers l’impôt PAIS [2] sur les importations.
9. L’augmentation des taxes sur les exportations non agricoles de produits régionaux, jusque-là non imposables en vertu d’une décision du gouvernement antérieur. De plus, certaines limites dans le système des licences d’importation ont été éliminées.
Caputo a admis que cette politique aurait un impact négatif considérable sur l’économie, mais il s’est justifié en assurant que c’était le prix à payer « pour éviter une catastrophe ».
Pas d’argent pour le peuple
En quelques jours, suite à la dévaluation du peso argentin et à la déclaration des nouvelles mesures, les prix ont flambé dans tous les domaines, tandis que les salaires et les pensions ont été réduits de moitié alors que les fêtes de fin d’année battaient leur plein.
Le centre d’études de la Faculté de sciences économiques de l’université nationale de Rosario, l’Observatoire de l’activité économique (MATE), a estimé que la perte du pouvoir d’achat durant les premiers jours de gouvernement, suite au choc de la dévaluation, s’est considérablement accentuée si l’on compare les mois de novembre et décembre 2023 : 11% pour les salariés du secteur privé, 14% pour les indépendants et 16% pour les salariés du secteur public.
Concrètement, pour les travailleurs, l’augmentation des prix au-delà des salaires nominaux a représenté un manque à gagner de 1.128,2 milliards de pesos argentins (un peu plus d’un milliard de dollars). Selon cette même étude, cette somme a représenté un transfert additionnel de bénéfices vers les secteurs de l’exportation, de l’alimentation et de l’énergie de 1.652 trilliards de pesos (environ 1,5 milliard de dollars). Cette diminution du salaire réel a également entrainé une baisse des recettes de l’État issues des cotisations de près de 400 milliards de pesos (environ 400 millions de dollars) [3].
Pour décembre 2023, l’indice des prix à la consommation (mesuré par l’Institut national des statistiques et du recensement – INDEC) était de 25,5%, soit 10 points de plus que l’indice de novembre, lui aussi élevé (12,8%) en raison du résultat électoral, des rumeurs de dévaluation, de la spéculation
Spéculation
Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
commerciale et de la dévaluation de 20% effectuée en août 2023 par le gouvernement précédent, en réponse à l’une des exigences du FMI
FMI
Fonds Monétaire International : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
. Bien que l’indice des prix à la consommation ait baissé au fil des mois après la récession
Récession
Crise économique, c’est-à-dire baisse du produit intérieur brut durant plusieurs mois au moins.
(en anglais : recession ou crisis)
provoquée par la mégadévaluation de la monnaie
Monnaie
À l’origine une marchandise qui servait d’équivalent universel à l’échange des autres marchandises. Progressivement la monnaie est devenue une représentation de cette marchandise d’origine (or, argent, métaux précieux...) et peut même ne plus y être directement liée comme aujourd’hui. La monnaie se compose des billets de banques et des pièces, appelés monnaie fiduciaire, et de comptes bancaires, intitulés monnaie scripturale. Aux États-Unis et en Europe, les billets et les pièces ne représentent plus que 10% de la monnaie en circulation. Donc 90% de la monnaie est créée par des banques privées à travers les opérations de crédit.
(en anglais : currency)
nationale en décembre et la baisse du pouvoir d’achat des Argentins, il est néanmoins resté supérieur à la barre des 10% (20,6% en janvier, 13,2% en février, 11% en mars, 8,8% en avril et un peu plus de 4% en mai et en juin suite à la chute des activités économiques, portant l’inflation annuelle à 271,5% entre juin 2023 et juin 2024).
Lors d’un discours prononcé devant le cercle restreint des hommes d’affaires argentins, Milei a qualifié l’inflation de « vol », mais a omis de préciser que la hausse de décembre de 54% des prix de gros résultait de la dévaluation brutale qu’il avait ordonnée moins de 72 heures après son entrée en fonction. Dans ce même discours, il a insisté sur le fait que « le cout de l’ajustement n’est payé que par ceux qui ont bénéficié du modèle appauvrissant », sans tenir compte de la chute du pouvoir d’achat des salaires de plus de 20% entre novembre 2023 et février 2024 (ramenant le salaire moyen des travailleurs du secteur public et privé sous le seuil de pauvreté) ou encore l’augmentation, en quelques semaines, de 8% de la pauvreté (en avril elle dépassait les 48%, soit 7 points de plus par rapport à décembre 2023), la chute de 30% de l’activité des petites et moyennes entreprises (PME), la baisse de 28% des ventes au détail et les milliers d’emplois perdus, directement ou indirectement, dans les secteurs de la construction et de la métallurgie [4].
Milei s’est félicité d’avoir récupéré, via les économies fiscales, quelque 15 points du PIB
PIB
Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
qui, selon ses termes, étaient « jusqu’alors destinés à l’État et dorénavant attribués au financement du secteur privé dans une logique de crowding in » [5]. Il est allé jusqu’à qualifier de « héros » et « patriotes » les adeptes de la fuite des capitaux et a clôturé son discours par le classique « Vive la liberté, bordel ! », devant un parterre d’hommes d’affaires l’applaudissant à tout rompre.
Excédent budgétaire ?
Quelques jours plus tard, Milei a annoncé un excédent budgétaire financier de 0,2% au premier trimestre de l’année (275 milliards de pesos). Le président a attribué ce résultat à « l’ajustement le plus fabuleux de l’histoire ». Il n’a cependant pas expliqué que, en termes comptables, ce résultat positif est d’abord le « résultat en espèces », c’est-à-dire les entrées d’argent par rapport aux sorties, sans tenir compte des frais qui ont été postposés. Ces frais concernent, notamment, les indemnités compensatoires aux producteurs d’électricité qui s’élèvent à plus de 2.000 millions de dollars, soit plus de 1,7 milliard de pesos, ce qui dépasse de loin le bilan comptable positif fièrement affiché.
En outre, rappelons qu’au cours de ces mêmes trois mois, la Banque centrale
Banque centrale
Organe bancaire, qui peut être public, privé ou mixte et qui organise trois missions essentiellement : il gère la politique monétaire d’un pays (parfois seul, parfois sous l’autorité du ministère des Finances) ; il administre les réserves d’or et de devises du pays ; et il est le prêteur en dernier ressort pour les banques commerciales. Pour les États-Unis, la banque centrale est la Federal Reserve (ou FED) ; pour la zone euro, c’est la Banque centrale européenne (ou BCE).
(en anglais : central bank ou reserve bank ou encore monetary authority).
a augmenté sa dette en devises de plus de 10 milliards de dollars.
Le président a également omis de mentionner les conséquences de ce « fabuleux ajustement » sur la société et sur la structure du développement productif du pays.
Une étude du MATE détaille qui, et dans quelle mesure, a dû assumer cet ajustement pour arriver à de telles économies fiscales. En tête de liste, on retrouve les retraités qui ont perdu près de 2.000 milliards de pesos suite à la perte de pouvoir d’achat provoquée par la dévaluation de décembre entrainant une hausse des prix immédiate dans tous les secteurs, en particulier l’alimentation et les médicaments (le pouvoir d’achat a chuté à des niveaux historiques, 60% par rapport à 2015 et 28% en dessous des minimas enregistrés dans les années 1990). Viennent ensuite les travaux publics, paralysés par ordre du gouvernement, avec 1,1 billion de pesos ; la baisse des subventions à l’énergie de 0,6 billion de pesos, soit un autre coup porté au portefeuille
Portefeuille
Ensemble de titres détenus par un investisseur, normalement comme placement.
(en anglais : portfolio).
des Argentins avec des augmentations allant jusqu’à 300% pour l’électricité, l’eau et le gaz. Comme nous l’avons déjà indiqué, les salaires ont contribué à ces économies à hauteur de 0,4 billion de pesos ; la suppression de certains programmes sociaux a rapporté 300 milliards de pesos et, enfin, 300 milliards de pesos ont été économisés grâce au gel des transferts provinciaux [6], ce qui a suscité la colère des gouverneurs provinciaux.
Selon une étude du Centre d’investigation et de formation de la République d’Argentine appartenant à la Centrale des travailleurs d’Argentine (CTA), entre novembre 2023 et avril 2024, le salaire minimum nominal [7] a augmenté de 38,9% (fixé à 202.800 pesos depuis mars) par rapport à une inflation estimée à plus de 110%. Ainsi, par rapport à l’indice des prix à la consommation « en quelques mois, une réduction réelle de 34,1% a été réalisée » [8].
En avril 2024, le pouvoir d’achat du salaire minimum était inférieur de 44,7% par rapport à novembre 2019, à la fin du gouvernement Cambiemos, et de 57,7% à celui de novembre 2015 (gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner). Étant donné que la hausse des prix a été plus élevée pour les produits alimentaires que pour le reste des biens et services, la perte de pouvoir d’achat du salaire minimum a été plus importante si l’on ne tient compte que de ces produits : -51,7% par rapport à novembre 2019 et -63% par rapport au même mois en 2015. [9]
En avril, le salaire minimum ne permettait de se procurer qu’un peu plus de la moitié du panier alimentaire de base qui définissait le seuil d’indigence pour une famille type [10] et moins d’un quart du panier de base qui définissait le seuil de pauvreté [11], des chiffres comparables au pire moment de la crise de 2001 après l’éclatement du régime de convertibilité [12].
Le même mois, en raison de la baisse salariale, la consommation dans les hypermarchés a de nouveau chuté de 15,4% par rapport à l’année précédente, selon les données du cabinet de conseil Scentia. La même étude indique que dans les chaînes de pharmacies, la baisse a été de 20,2%. La vente de lait, produit de première nécessité, a chuté de 20% au cours du premier trimestre de l’année. [13] L’Union industrielle (UIA) a confirmé qu’en mars l’activité manufacturière avait chuté de 17,2%. Quant à la construction, elle a battu tous les records et s’est effondrée de 42 points. Dans les deux cas, ces valeurs négatives sont supérieures à celles de la pandémie de Covid-19 [14].
Réformes législatives
Les mesures économiques ont été le fer de lance du gouvernement de Milei pour mettre en œuvre un nouveau modèle conservateur, sa « révolution anarcho-capitaliste ». Toutefois, cela n’était pas suffisant, il fallait trouver un cadre juridique pour l’ajustement et, pour ce faire, réformer les réglementations existantes qui allaient à l’encontre de ses objectifs. La deuxième étape du gouvernement LLA a consisté à présenter un arsenal de réformes législatives, la première par le biais d’un Décret de nécessité et d’urgence (DNU), un instrument prévu par la Constitution nationale qui permet au chef de l’État de légiférer dans des circonstances exceptionnelles.
Le Décret de nécessité d’urgence
Bien que son application soit interdite en matière pénale, fiscale, électorale ou de régime des partis politiques, les présidents l’ont de tout temps invoqué pour différentes questions et dans différentes circonstances. Le DNU est applicable immédiatement, mais il doit être approuvé par l’une des deux chambres du Congrès, soit la Chambre des députés, soit le Sénat, et dans ce cas, aucune modification ne peut être apportée.
Le 21 décembre, à quelques jours des fêtes de fin d’année et du début des vacances d’été, Javier Milei a présenté le DNU 70/2023, le deuxième plus important de l’ère démocratique du pays (après celui adopté durant la pandémie de Covid-19 en 2020).
Jugé inconstitutionnel par les plus grands juristes constitutionnels du pays, le décret comporte plus de 300 mesures visant à déréglementer l’économie. Il modifie 87 lois, réforme le Code civil et commercial et remet directement en cause des articles de la Constitution. Il propose des réformes du travail qui prévoient la réduction des indemnités en cas de licenciement sans motif valable et la limitation des droits du travail et des actions de protestation des travailleurs. Il établit un nouveau cadre réglementaire pour les assurances médicales (qui, en Argentine, dépendent des syndicats et ne sont donc accessibles qu’aux salariés ou pensionnés du secteur formel de l’économie) et d’entreprises privées des soins médicaux prépayés (accessibles aux indépendants et aux travailleurs de l’économie informelle), ce qui implique la libéralisation Libéralisation Action qui consiste à ouvrir un marché à la concurrence d’autres acteurs (étrangers ou autres) autrefois interdits d’accès à ce secteur. des tarifs des assurances et du prix du ticket modérateur. Le DNU abolit également la loi sur l’encadrement des loyers, de sorte qu’il n’existe actuellement aucune réglementation concernant les droits et les obligations liés à la location d’un bien immobilier. Selon Milei, les loyers devraient être régulés par la loi de l’offre et de la demande.
En mars 2024, le collectif Ni una Menos [Pas une de moins], en partenariat avec le collectif Inquilinos Agrupados [Locataires regroupés], a réalisé une enquête auprès de 4.000 locataires de la capitale de Buenos Aires. Les résultats montrent que 60% des locataires sont endettés, soit 7% de plus qu’en décembre, lorsque le DNU est entré en vigueur. L’enquête souligne que les cartes de crédit restent la principale cause d’endettement (42%). Ceci n’est pas anodin, puisque le DNU a également dérégulé les pénalités d’intérêt des banques. L’enquête révèle également que les principales causes d’endettement concernent le remboursement de dettes échues et l’achat de nourriture. Les ménages les plus touchés sont les familles monoparentales (représentées presque exclusivement par des femmes avec enfants). [15]
Les réformes et les abrogations du DNU ont également conféré davantage de pouvoir à des secteurs fortement concentrés, tels que les secteurs sucrier, minier et rural, puisqu’elles comprennent l’abrogation de la loi foncière, ce qui permet une accentuation de la concentration et de l’aliénation du territoire national.
Le DNU abroge également la loi qui empêche la privatisation des entreprises publiques et annule la réglementation qui a instauré le régime des entreprises publiques, en les transformant en sociétés anonymes.
Le DNU entend également réformer les clubs de football locaux en introduisant un projet qui avait été explicitement rejeté quelques jours auparavant par les institutions sportives, la création de sociétés anonymes sportives (SAS).
Quelques jours après la présentation du DNU, la Cour du travail a réussi à stopper, du moins temporairement, l’avancée du DNU en droit du travail par le biais d’une injonction sur l’un de ses chapitres qui énumère, entre autres, l’extension de la période d’essai des travailleurs de trois à huit mois, la flexibilisation du temps de travail, la limitation du droit de grève (en élargissant le concept de « services essentiels » à pratiquement toutes les activités économiques pour lesquelles 75% de la prestation normale de services doit être garantie), les facilités de licenciement à l’encontre de ceux et celles qui participent à des mobilisations syndicales ainsi que l’habilitation à procéder à des licenciements discriminatoires, l’interdiction d’une série d’actions (telles que « porter atteinte à la liberté de travail de ceux qui ne participent pas à une action
Action
Part de capital d’une entreprise. Le revenu en est le dividende. Pour les sociétés cotées en Bourse, l’action a également un cours qui dépend de l’offre et de la demande de cette action à ce moment-là et qui peut être différent de la valeur nominale au moment où l’action a été émise.
(en anglais : share ou equity)
syndicale », « empêcher ou bloquer totalement ou partiellement l’entrée ou la sortie de personnes et/ou de biens dans l’établissement » ou « causer des dommages à des personnes ou à des biens appartenant à l’entreprise ou à des tiers se trouvant dans l’établissement ») ou encore l’atteinte au droit dit d’« ultra-activité ». Ce droit stipule que si un syndicat bénéficie de certains acquis dans sa convention collective de travail et ne trouve pas d’accord avec les organisations patronales pour les modifier, ceux-ci sont maintenus. Le DNU conteste ce droit avec un article stipulant que « une convention collective de travail dont le mandat a expiré ne maintiendra en vigueur que les règles se référant aux clauses normatives. Le reste des clauses (des obligations) resteront en vigueur avec l’accord des parties ou par prorogation spécifique ordonnée par le Pouvoir exécutif national. »
Face à la décision de la Cour du travail, l’exécutif a décidé d’inclure ces modifications dans sa deuxième tentative de réforme législative par le biais d’une mégaloi dite « Loi de bases et points de départ pour la liberté des Argentins » plus connue sous le nom de « Loi omnibus » (en raison du nombre de réformes qu’elle comprenait).
La mégaloi bases
Le 27 décembre, la première version du projet de loi, qui comptait à l’origine 664 articles et 351 pages à traiter lors des sessions parlementaires extraordinaires (janvier et février), est déposée à la Chambre des députés. Le projet prévoyait une déclaration d’urgence afin de déléguer des pouvoirs spéciaux à l’exécutif pour une durée d’au moins deux ans et la suppression d’un grand nombre de droits. Il prévoyait notamment la privatisation de toutes les entreprises publiques, la suppression de l’indexation des pensions, l’alourdissement des sanctions à l’encontre des manifestants et davantage de tolérance à l’égard de la police, la transformation du système électoral, l’assouplissement des réglementations environnementales et la réforme de l’éducation.
À l’instar des années de la dictature civico-militaire, le chapitre consacré au contrôle de la voie publique propose de réformer le Code pénal en durcissant les peines à l’encontre des manifestants, jusqu’à appliquer la détention préventive sans recours à la demande de remise en liberté sous condition. Le texte initial était d’une absurdité telle que si trois personnes ou plus se réunissaient dans un espace public, elles devaient demander une autorisation préalable au ministère de la Sécurité. Cet article a été retiré lors du débat au sein des commissions de la Chambre des députés. Toutefois, il a étendu les motifs autorisant les agents de police à faire usage de leur arme sans avertissement préalable.
Le projet de loi a d’abord été largement rejeté à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la Chambre des députés. Face à ce rejet, Milei a eu une altercation avec les gouverneurs, qu’il a qualifiés de « dégénérés fiscaux » et a menacé de les laisser « sans argent » et de les « faire disparaitre », qualifiant même l’un d’entre eux, le gouverneur de la Province de Chubut, Ignacio Torres, de « mongol » sur X (ex-Twitter). À cela s’est ajoutée la confrontation avec les législateurs, qu’il qualifie de « délinquants » ou de « pourritures de la politique ». Tout cela s’est soldé par le rejet de chaque article à la Chambre des députés, tant et si bien que LLA a décidé de la classer sans suite et de la retirer.
Quelque temps plus tard, après avoir cherché un consensus avec des branches du péronisme plus enclines au dialogue ainsi qu’avec la Unión cívica radical, et après avoir aplani les divergences avec les gouverneurs, il a représenté le projet de loi, cette fois beaucoup plus modeste, mais non moins dangereux. Après un long débat, le gouvernement Milei est parvenu au consensus nécessaire à l’adoption de sa mégaloi.
Sur les quelque 600 articles initiaux, 223 ont été supprimés, mais la déclaration de l’État d’urgence et l’attribution des pouvoirs absolus ou « superpouvoirs » au président pendant un an en matière administrative, économique, financière et énergétique ont été maintenues.
Dans un premier temps, les articles concernant la privatisation des principales entreprises publiques telles que la compagnie aérienne Aerolíneas Argentinas, la société pétrolière Energía Argentina, la Banque nationale, la chaîne de radio et le canal de télévision, l’opérateur des services postaux Correo Argentino et le rail, entre autres, n’ont, eux non plus, pas été retirés. Mais la pression des travailleurs, ainsi que le refus de la majorité des sénateurs d’approuver le projet de loi avec ces mesures a permis de faire plier le gouvernement. Celui-ci n’a pas pour autant renoncé à son projet de vider toutes les institutions étatiques, comme il l’a fait avec la radio publique, à laquelle il a ordonné d’annuler tous les programmes locaux de l’intérieur du pays pour rediffuser les contenus émis depuis le bureau central de Buenos Aires, et de procéder à la mise à la retraite volontaire de tous les travailleurs. Il a fait de même avec la compagnie aérienne nationale, la poste et d’autres entreprises et institutions publiques.
La réforme du travail inscrite dans la mégaloi comprend la suppression des sanctions pour le travail non déclaré, la création d’un fonds
Fonds
(de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
de licenciement, constitué en déduisant mensuellement environ 8% du salaire de chaque travailleur afin de remplacer les indemnités de licenciement, et l’extension de la période d’essai de trois à six mois dans les grandes entreprises, à huit mois dans les entreprises comptant jusqu’à 100 employés et à un an dans les entreprises comptant cinq employés ou moins.
Dans le domaine de la science et de l’éducation, la mégaloi prévoit la suppression et le démantèlement d’organismes tels que le Conseil national de la recherche scientifique et technique (CONICET), un organisme chargé de promouvoir et de financer la recherche scientifique, et la Commission nationale des activités spatiales (CONAE), l’organisme chargé de la politique spatiale en Argentine.
En ce qui concerne les pensions, elle met en œuvre une réforme particulièrement critiquée dans la mesure où elle supprime le moratoire sur les pensions dont bénéficiaient principalement les femmes. En effet, la plupart d’entre elles, de par leur travail ménager non salarié ou par leurs emplois informels et précaires, ne disposent pas du nombre d’années de cotisation nécessaire (seuls 10% des femmes cotisent le nombre d’années exigé par la loi). Le nouveau règlement instaure une retraite proportionnelle pour les personnes de plus de 65 ans qui ne comptent pas 30 années de cotisation (alignant l’âge de la retraite entre les femmes et les hommes) et qui couvrent un montant beaucoup plus faible que la retraite minimum.
De plus, cette loi encourage le blanchiment des capitaux pour les avoirs allant jusqu’à 100.000 dollars. Au-delà de ce montant, des réductions progressives de 5, 10 et 15% seront appliquées. Sous certaines conditions, il sera également possible de payer un taux d’imposition de 0% si le montant blanchi est supérieur à 100.000 dollars. Cette mesure est dénoncée comme étant un outil qui favorise le blanchiment d’avoirs issus d’activités illicites telles que le trafic de drogue.
Toutefois, le texte le plus contesté et le plus dangereux concerne le Régime d’incitation pour les grands investisseurs (RIGI). En effet, ce texte présenté par l’exécutif pour encourager les investissements étrangers de plus de 200 millions de dollars renforce la cession de ressources naturelles telles que le lithium Lithium Métal blanc, alcalin, le plus léger de tous les métaux. , le pétrole et d’autres minéraux. Le RIGI octroie des avantages uniques au détriment de l’industrie et du développement local, générant une concurrence déloyale entre les entreprises nationales et étrangères. En effet, ces dernières seront exemptées d’impôts, taxes et autres redevances qui s’appliquent pourtant aux entreprises locales. De plus, à partir de la troisième année, elles pourront également localiser librement leurs bénéfices à l’étranger.
Le RIGI garantit un traitement préférentiel aux produits importés sans aucun droit de douane. Une faveur et une prolongation temporaire jamais vues dans d’autres pays. Autre détail, le projet ne fixe pas de normes technologiques sur les produits importés, de sorte qu’il peut s’agir d’instruments obsolètes qui ne permettent pas le développement d’une meilleure technologie au niveau local et qui détruisent les capacités productives du pays.
Dans le cadre de ce programme, l’industrie métallurgique nationale perdra des millions, étant donné que la même machine fabriquée à l’étranger coutera 30% moins cher en termes de taxes pour les grandes entreprises que celle fabriquée localement.
« L’industrie argentine est en danger, tout comme l’emploi » ont averti l’Association des métallurgistes industriels de la République argentine (Adimra) et l’Union des métallurgistes (UOM). Elles ont également souligné que plus de 300.000 emplois directs dans le secteur seraient menacés si ce régime était approuvé.
Le projet de loi n’a finalement été adopté qu’à la fin du mois de juin et de justesse, grâce au soutien de certains gouverneurs, qui ont invité leurs législateurs à voter en faveur de la réforme après avoir reçu la promesse qu’ils toucheraient les fonds nécessaires à la gestion de leur province. La réforme a également été soutenue par les députés du PRO (de Mauricio Macri), un courant du péronisme connu sous le nom de « dialoguista » et un autre de l’UCR, ainsi que par des petits partis qui faisaient auparavant partie de Cambiemos, la coalition qui a porté Mauricio Macri à la présidence en 2015.
Démantèlement de l’État
Comme promis, le nouveau président a commencé à démanteler l’État dès son entrée en fonction, renonçant à des fonctions et obligations essentielles pour un pays aussi vaste et historiquement peu fédéral, avec de gigantesques asymétries entre les provinces de l’intérieur et la capitale fédérale en termes de développement et de travaux publics.
Javier Milei a tenu parole et a réduit 87% des investissements dans les travaux publics. Il s’est ensuite attaqué aux organismes qui, selon lui et son cabinet, n’ont généré que des « dépenses ». Il a commencé par réduire le nombre de ministères, éliminant ou rétrogradant au rang de secrétariat des ministères clés tels que l’Éducation et le Travail [16].
Il a supprimé le ministère des Femmes et des Diversités, ce qui a engendré la fermeture de tous les programmes de santé sexuelle et reproductive, parmi lesquels le Plan national de prévention des grossesses non désirées chez les adolescentes (ENIA). Créé en 2017 et présent sur tout le territoire national, en à peine trois ans, ce programme avait permis de réduire de plus de 40% le taux de grossesse chez les filles et les adolescentes. La suppression de ce programme a entrainé la perte de 619 emplois directs. La fermeture de l’Institut national contre la discrimination, la xénophobie et le racisme (INADI) est également à déplorer. Quelque 400 personnes y assuraient la réception des plaintes et offraient des formations dans toutes les provinces du pays. Il en a été de même pour l’Institut national de l’agriculture familiale, paysanne et autochtone qui soutenait les communautés autochtones et les petites familles paysannes dans tout le pays grâce au travail de quelque 600 agents (licenciés). Le programme Prohuerta a subi le même sort. Ce programme visait à promouvoir la sécurité et la souveraineté alimentaires en encourageant une production agroécologique. Mis en œuvre par l’Institut national de technologie agricole (INTA), il s’adressait aux familles et aux associations de producteurs en situation de vulnérabilité sociale.
En ce qui concerne les médias publics, le gouvernement a ordonné la fermeture de l’Agence nationale de presse Télam. Fondée en 1945, elle comptait plus de 700 salariés et était la principale agence de presse d’Amérique latine. Il a également commencé à fermer les chaînes de radio et de télévision publiques, les seuls médias gratuits dans de nombreuses régions du pays. Le 20 mai, l’exécutif a ordonné la fermeture des sites web officiels et de tous les réseaux sociaux des médias publics de télévision et de radio. Les autorités ont communiqué cette décision en argumentant que les médias publics font l’objet d’un " processus de réorganisation visant à améliorer la production, la réalisation et la diffusion des contenus qu’ils génèrent " [17].
Au total, au bout des six premiers mois du gouvernement de LLA, on recense une perte de 28.138 emplois publics [18]. Le secteur privé ne se porte pas mieux, avec une perte d’environ 100.000 postes de travail depuis le changement de gouvernement, cela s’explique notamment par la réduction drastique des travaux d’infrastructures publiques [19].
En outre, la Loi bases prévoit la privatisation de tous les médias publics ainsi que de la compagnie Trenes Argentinos. Chargée de réparer les chemins de fer laissé à l’abandon sous le gouvernement de Carlos Menem (1989-1999), cette société publique a licencié plus de 3.000 travailleurs en contrepartie de quoi l’État devra verser une indemnité de plus de 56 milliards de pesos.
Le gouvernement a également décidé de ne pas prolonger le Fonds national d’incitation pour les enseignants (FONID). Créé en 1998, ce fonds était alloué aux gouvernements provinciaux afin de pallier les bas salaires du corps professoral des institutions publiques. Cette mesure a donc entrainé une diminution drastique des salaires des enseignants. Cette situation combinée à la diminution de la redistribution de la coparticipation à l’impôt fédéral [20] a également suscité la colère des gouverneurs à l’égard de l’administration nationale.
La suppression des programmes de santé sexuelle et reproductive ainsi que la réduction de l’aide aux médicaments pour les personnes handicapées ne sont pas les seuls manquements de l’État en matière de politiques de santé. L’année 2024 a été l’année record en termes de nombre de personnes infectées par la dengue. Cela s’explique notamment par la décision du gouvernement de ne pas mener de campagnes de prévention ou de contrôle vectoriel. Les autorités sanitaires ont réfuté, malgré les preuves, l’efficacité du vaccin, déjà administré dans d’autres pays ainsi que dans certaines provinces pour les groupes les plus à risque. Au cours de la première semaine de mai, le ministère de la Santé a signalé que le nombre de décès dus à la dengue en Argentine dépassait les 300 cas et que, à cette date, le nombre total d’infections recensé était d’environ 435.000 cas, soit 3,25 fois plus que celui enregistré au cours de la même période en 2022-2023, et 9,24 fois plus qu’en 2019-2020.
La « liberté » de marché … mais pas d’expression
Bien que Milei clame haut et fort « Vive la liberté, bordel ! » à la fin de chacune de ses interventions publiques, cela ne vaut pas pour la liberté de la presse argentine. Lors d’interviews ou via son compte X, Milei fait mention des journalistes qui osent décrire la réalité sociale, la récession ou l’augmentation de la pauvreté et du chômage dans le pays, les qualifiant de « communistes », « socialistes », « populistes » et « péronistes », lesquels représentent à ses yeux « la caste ». Il en va de même pour les militants sociaux et les dirigeants syndicaux.
Selon Reporters sans frontières, depuis l’arrivée de Javier Milei à la tête du pays, l’Argentine a dégringolé de 26 places dans son classement annuel de la liberté de la presse. Dans leur rapport, ils déclarent : « Le président d’extrême droite Javier Milei, élu en 2023, encourage les agressions contre les journalistes et les attaques visant à discréditer les médias et les reporters qui critiquent sa politique. Ses partisans diffusent largement ces messages. »
À la censure et aux attaques contre la presse viennent s’ajouter les invectives contre toute forme de protestation. Cinq jours après son entrée en fonction, la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, a promulgué le protocole de maintien de l’ordre public (résolution 943/2023 du Journal officiel) qui vise à dissuader la contestation sociale en interdisant les barrages et les blocages de rues sous peine d’être identifié et incarcéré, ainsi que de se voir obligé de couvrir les frais liés à l’intervention des forces de sécurité. En outre, le protocole stipule que l’intervention des forces de sécurité pourrait se faire « sans ordre du tribunal, comme le prévoit l’article 194 du Code pénal pour les infractions de flagrant délit ». La ministre a également annoncé la création d’un registre des organisations sociales participant à ces événements. Les personnes agissant en tant que porte-parole seraient considérées comme faisant partie de ces organisations, précisant que les personnes accompagnées d’enfants seraient également sévèrement sanctionnées. Selon Bullrich, « le but de ce protocole est de faire respecter la loi et, comme dit le président : qui casse paye » lors de l’entrée en vigueur du protocole. Parallèlement au protocole, le gouvernement a mis en place un numéro de téléphone gratuit via lequel les citoyens peuvent dénoncer de manière anonyme quiconque incite, promeut ou « force » d’autres membres d’une organisation ou bénéficiaires d’une aide sociale à participer aux manifestations. Le protocole a été appliqué pour la première fois lors de la manifestation du 10 avril dans la ville autonome de Buenos Aires. Ce jour-là, les forces de police ont fait usage de balles en caoutchouc, gaz lacrymogène et procédé à la détention de membres d’organisations sociales appartenant à l’Union des travailleurs de l’économie populaire [21] (UTEP). Lors de cette manifestation, les mouvements sociaux de l’économie populaire s’étaient mobilisés devant le ministère du Capital
Capital
Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
humain pour réclamer le réapprovisionnement des cantines populaires et pour dénoncer la suppression de milliers de programmes sociaux du « Potenciar trabajo » une aide économique gouvernementale accordée aux personnes qui n’ont pas d’emploi régulier et qui travaillent comme bénévoles dans les écoles, ONG et autres organismes publics. Quelques jours plus tard, de violentes perquisitions et arrestations nocturnes et matinales ont été effectuées dans les cantines et aux domiciles des leaders populaires dénoncés anonymement par téléphone.
Le 21 décembre 2023, les organisations sociales et les partis de gauche ont lancé un appel à manifester contre le protocole. Malgré les menaces de Bullrich, la répression est restée modérée en raison de la participation massive. Cette nuit-là, après l’annonce du DNU par Milei, des milliers de personnes sont descendues dans les rues avec leurs casseroles. Cette fois encore, les menaces n’ont pas réussi à décourager la foule qui s’est rassemblée aux portes du Congrès de la Nation au cri de « grève générale ». Le 24 janvier, les trois centrales syndicales argentines (Central General de los Trabajadores, Central de Trabajadores de la Argentina Autónoma et Central de Trabajadores de la Argentina de los Trabajadores) appellent à la grève générale avec mobilisation. Il en sera de même pour la marche féministe du 8 mars et la mobilisation du 24 mars, date à laquelle les organisations de défense des droits humains commémorent le coup d’État de 1976 et appellent à la « mémoire, à la vérité et à la justice ».
Plus tard, le 23 avril, l’une des manifestations les plus importantes de ces dernières décennies s’est déroulée dans le pays, rassemblant une foule venue soutenir les universités publiques dans leur lutte contre les coupes imposées par le président Javier Milei (70% de son budget annuel). Quelques jours avant la manifestation, le ministre de la Sécurité et le porte-parole présidentiel Javier Adorni promettaient d’appliquer le protocole. Mais les dizaines de milliers de personnes qui ont envahi les rues de tout le pays faisant fi des menaces de Bullrich ont laissé les forces de l’ordre médusées face à la révolte contre l’ajustement des universités publiques.
Le protocole répressif sera déployé pour la première fois lors de la mobilisation massive du 12 juin, journée de mobilisation devant le Congrès de la Nation durant les sessions du débat parlementaire concernant la Loi bases. À cette occasion, le pouvoir exécutif a ordonné un déploiement disproportionné des forces de sécurité fédérales (police fédérale, préfecture navale et gendarmerie nationale) et de la police de la ville de Buenos Aires, qui ont procédé à une violente répression, blessant des dizaines de personnes y compris de nombreux journalistes. Au cours de cette journée de protestation, 47 personnes ont été détenues, parmi lesquelles 12 ont été mises à disposition de la justice, accusées d’« attentat à l’autorité » ou de « tentative de vol ». Les personnes détenues ont été libérées au compte-goutte, après une décision de justice concernant leurs condamnations. Malgré le fait que la justice ne pouvait retenir aucune charge à leur encontre, elles ont dû rester plusieurs jours, voire des semaines en prison. En juillet, deux d’entre elles ont été inculpées pour incendie et/ou pour « dommage aggravé » et se trouvent toujours derrière les barreaux.
Ruptures avec les principaux partenaires économiques
Sur le plan des relations internationales, Milei avait déjà annoncé, bien avant même de rêver à son accession au pouvoir, qu’il s’alignerait sur les pays « ultralibéraux », avec pour référence principale les États-Unis. Il a exprimé à plusieurs reprises son admiration pour des entrepreneurs tels que le milliardaire Elon Musk et des dirigeants tels que l’ancienne Première ministre Margaret Thatcher et l’ancien président Donald Trump.
Fidèle à sa volonté de continuer à diviser le monde entre socialistes et capitalistes, il a toujours dénigré et annoncé qu’il cesserait toutes relations internationales avec des pays comme le Brésil, la Russie et la Chine en raison de leurs régimes politiques taxés de « gauchistes » ou « communistes ». Tout cela, sans en mesurer les conséquences en dépit du fait qu’il s’agit de ses principaux partenaires commerciaux.
Au terme de quelques mois au pouvoir, Milei a déjà rempli toutes ses promesses, ou presque, en matière de politique étrangère. Sa ministre des Affaires étrangères, Diana Mondino, a indiqué que le pays ne répondrait pas à l’invitation du bloc des pays émergents BRICS et qu’il se concentrerait sur ses relations avec les pays « développés ».
La bravade a été de courte durée ; le Brésil et la Chine sont les principaux pays importateurs de produits argentins dans le monde, suivis de près par l’Inde. En conséquence, le président lui-même a assoupli son discours à l’égard de dirigeants tels que Lula Da Silva, à qui il a officiellement demandé une rencontre en tête-à-tête, sans toutefois recevoir de réponse de la part du dirigeant brésilien.
L’Argentine a contracté une dette de SWAP
Swap
Contrat d’échange entre deux acteurs (souvent des sociétés financières) des conditions de deux produits sous-jacents (titre, monnaie, matières premières, indice...) : intérêt, devise... Il s’agit d’un produit dérivé.
(en anglais : swap)
[22] envers le géant asiatique, l’un de ses principaux partenaires au cours des dernières années, de quasi 20.000 millions de dollars, dont 10 échoient cette année. Cependant, tant la chancelière que plusieurs fonctionnaires et représentants de LLA ont non seulement critiqué le modèle économique asiatique, mais se sont aussi montrés publiquement à plusieurs reprises en compagnie des autorités taiwanaises, dont l’autonomie n’est pas reconnue par la Chine. On peut donc supposer qu’il sera difficile pour l’Argentine de négocier dans de bonnes conditions le report du paiement de la dette ou la continuité de certains projets communs.
Après s’être opposé publiquement aux gouvernements brésilien et chinois, le président s’en est pris aux gouvernements mexicain et colombien pour avoir condamné les bombardements israéliens sur la bande de Gaza. Suite à cela, c’est avec l’Espagne qu’il s’est frité à cause d’un commentaire malencontreux du ministre des Transports espagnol, Óscar Puente, qui a décrit Milei comme quelqu’un qui « n’écoute pas beaucoup » et qui semble être « sous l’influence de psychotropes » en raison de propos qu’il jugeait incohérents. Au lieu de désavouer les déclarations du fonctionnaire du gouvernement de Pedro Sánchez, Milei a préféré surenchérir en attaquant directement et personnellement le Premier ministre espagnol lui rappelant qu’ « il a des problèmes plus importants à gérer, comme les accusations de corruption portées à l’encontre de son épouse, une affaire qui l’a même poussé à envisager de démissionner. » Il a ensuite demandé à la justice espagnole « d’agir rapidement pour faire la lumière sur un tel scandale de corruption qui affecte directement la stabilité de votre nation et, par conséquent, les relations avec notre pays. »
La note protocolaire du gouvernement argentin ne s’est pas limitée à cela, Milei a poursuivi l’escalade en reprenant les mêmes arguments que ceux du parti espagnol d’extrême droite VOX : « Pedro Sánchez a mis en danger l’unité du Royaume en pactisant avec les séparatistes et en menant à la dissolution de l’Espagne ; il a mis en danger les femmes espagnoles en autorisant l’immigration illégale de ceux qui menacent leur intégrité physique ; et il a mis en danger la classe moyenne avec ses politiques socialistes qui n’apportent que la pauvreté et la mort. » Et il concluait : « Nous, les Argentins, avons choisi de changer le modèle qui nous a valu la misère et la décadence. Le même modèle que le Parti socialiste ouvrier espagnol applique dans votre pays. Nous espérons que le peuple espagnol choisira bientôt de vivre à nouveau en liberté. »
Une semaine plus tard, le conflit s’est intensifié lorsque Milei s’est rendu en Espagne dans le cadre d’une mission non officielle pour assister à un événement organisé par le parti d’extrême droite VOX. Alors que rien n’avait été planifié avec les autorités espagnoles, Milei a été l’un des principaux orateurs, aux côtés du phalangiste Santiago Abascal, de la présidente italienne Giorgia Meloni et du Hongrois Viktor Orban, lors de l’événement « Europa Viva 24 », une nouvelle réunion de « l’internationale fasciste » ou « ultra-droite », organisée par VOX dans le cadre de la campagne pour les élections européennes.
Quoi qu’il en soit, toutes ces altercations ne semblent pas empêcher Javier Milei de dormir, lui qui a toujours voulu côtoyer les magnats et les dirigeants de l’Occident. À l’instar de son homologue ukrainien Volodymir Zelenski, le gouvernement argentin a sollicité le statut de « partenaire global » de l’OTAN. Entre-temps, il a confirmé la signature d’un accord pour l’achat de 24 avions de guerre au Danemark, rompant ainsi un accord latent de l’administration précédente qui prévoyait d’acheter les mêmes armes à la Chine.
Un autre acte symbolique, relevant davantage de l’époque de la guerre froide que de l’époque actuelle, a été le refus de fournir du carburant à la compagnie aérienne cubaine Cubana de Aviación en raison du blocus imposé par les États-Unis. En conséquence de quoi, Cuba a décidé de retirer Buenos Aires de ses liaisons aériennes avec La Havane après 39 ans de connexion ininterrompue. Peu de temps auparavant, Aerolíneas Argentinas avait déjà décidé d’annuler ses vols vers le pays des Caraïbes.
En même temps, Milei a rompu la neutralité historique du pays à l’égard de la guerre et des conflits diplomatiques. Il a fait figure de chef de file parmi les leaders mondiaux soutenant les atrocités commises par le gouvernement israélien à l’encontre du peuple palestinien. Pour la première fois de son histoire, l’Argentine a voté contre la reconnaissance de la Palestine comme membre à part entière de l’Organisation des Nations Unies
Organisation des Nations Unies
ou ONU : Institution internationale créée en 1945 pour remplacer la Société des Nations et composée théoriquement de tous les pays reconnus internationalement (193 à ce jour). Officiellement, il faut signer la Charte de l’ONU pour en faire partie. L’institution représente en quelque sorte le gouvernement du monde où chaque État dispose d’une voix. Dans les faits, c’est le Conseil de sécurité qui dispose du véritable pouvoir. Il est composé de cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne) qui détiennent un droit de veto sur toute décision et de dix membres élus pour une durée de deux ans. L’ONU est constituée par une série de départements ou de structures plus ou moins indépendantes pour traiter de matières spécifiques. Le FMI et la Banque mondiale, bien qu’associés à ce système, n’en font pas officiellement partie.
(En anglais : United Nations, UN)
(ONU
ONU
Organisation des Nations Unies : Institution internationale créée en 1945 pour remplacer la Société des Nations et composée théoriquement de tous les pays reconnus internationalement (193 à ce jour). Officiellement, il faut signer la Charte de l’ONU pour en faire partie. L’institution représente en quelque sorte le gouvernement du monde où chaque État dispose d’une voix. Dans les faits, c’est le Conseil de sécurité qui dispose du véritable pouvoir. Il est composé de cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne) qui détiennent un droit de veto sur toute décision et de dix membres élus pour une durée de deux ans. L’ONU est constituée par une série de départements ou de structures plus ou moins indépendantes pour traiter de matières spécifiques. Le FMI et la Banque mondiale, bien qu’associés à ce système, n’en font pas officiellement partie.
(En anglais : United Nations, UN)
). Le vote a recueilli 143 voix en faveur et seulement neuf ont voté contre : l’Argentine (le seul pays d’Amérique du Sud à avoir voté contre), Israël, les États-Unis, la République tchèque, la Hongrie, la Micronésie, Nauru, Palau et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. « Prendre parti n’est pas une option
Option
Contrat où un acquéreur possède le droit d’acheter (option dite « call ») ou de vendre (option dite « put ») un produit sous-jacent (titre, monnaie, matières premières, indice...) à un prix fixe à une date donnée, moyennant l’octroi une commission au vendeur. C’est un produit dérivé.
(en anglais : option).
, mais une obligation
Obligation
Emprunt à long terme émis par une entreprise ou des pouvoirs publics ; il donne droit à un revenu fixe appelé intérêt.
(en anglais : bond ou debenture).
morale. Dénoncer le terrorisme islamique est une obligation », a déclaré le président, ajoutant que « l’Argentine sera toujours fermement aux côtés d’Israël ».
Dès qu’il a remporté les élections, Milei s’est rendu aux États-Unis pour célébrer sa victoire, un pays qu’il a visité quatre fois au cours des cinq premiers mois de son mandat sans invitation officielle. Si le gouvernement de LLA cherche à briser toute relation avec les partenaires importants du pays, ses efforts de séduction à l’égard d’autres partenaires tels que les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël n’ont jusqu’à présent débouché sur aucun accord significatif.
Pour citer cet article : Nicolás Hirtz, "Plan mixeur et tronçonneuse jusqu’à la moelle ?", in Gresea Échos n°119, septembre 2024.
Cet article a été traduit par Anne-Lise Maréchal et corrigé et actualisé par Natalia Hirtz.
Photo : © Analiadgcid, Grève générale, Buenos Aires, 24 janvier 2024.
(Traduction : Résistance à la tronçonneuse

