La nouvelle mandature issue des élections du mois de juin 2024 s’ouvre sur une Union européenne dont les équilibres politiques ont profondément évolué, à la fois au sein des États, entre ceux-ci, et au niveau des institutions européennes elles-mêmes.

Décembre 2019. Lorsqu’elle entre en fonction, la première Commission présidée par l’Allemande Ursula von der Leyen (CDU-PPE) doit (déjà) compter sur un environnement politique européen et mondial mouvant. Les élections européennes du mois de mai 2019 ont mis en lumière un consensus européen vacillant, comme en témoignent alors les bons résultats de l’extrême droite ou la perte de majorité du bloc réunissant le Parti populaire européen (PPE) et le Parti socialiste européen (PSE) – une première depuis que les membres du Parlement européen sont élus au suffrage universel direct [1]. En parallèle, d’autres préoccupations émergent ou se consolident, à l’image des enjeux de « souveraineté européenne » ou « d’autonomie stratégique » qui acquièrent une position centrale suite au choc de la première présidence Trump, du Brexit et de l’affirmation toujours plus explicite de la puissance chinoise [2] ; ou encore de la question environnementale, poussée par les mobilisations historiques des jeunes pour le climat et la « vague verte » qui traverse alors plusieurs pays du continent (et du monde) [3].
La Commission qui émerge de ce contexte se présente alors comme « géopolitique » et structurée autour de deux priorités : le « Green New Deal » et la « souveraineté numérique » [4]. Dans un premier temps, la crise du covid-19 prolonge les tendances identifiées ci-dessus : renforcement des discussions sur la relocalisation et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, associé à des discours enflammés sur « le monde d’après » et la nécessité de (re)trouver un meilleur équilibre avec le reste du vivant. Rapidement, toutefois, le caractère autoritaire et peu transparent des réponses sanitaires est instrumentalisé par l’extrême droite tandis que le monde progressiste se divise. En 2022, la guerre en Ukraine et ses conséquences – notamment l’explosion de l’inflation
Inflation
Terme devenu synonyme d’une augmentation globale de prix des biens et des services de consommation. Elle est poussée par une création monétaire qui dépasse ce que la production réelle est capable d’absorber.
(en anglais : inflation)
des coûts de l’énergie – rebat à nouveau les cartes, en plaçant au premier plan les enjeux de sécurité militaire et en favorisant des oppositions de plus en plus caricaturales entre « fin du mois » et « fin du monde », au détriment des préoccupations environnementales. Un clivage que l’on retrouvera également lorsqu’éclatent de nombreuses mobilisations agricoles en 2024, que d’aucuns imputent alors – non sans cynisme – à un soi-disant excès de zèle environnemental de l’UE
UE
Ou Union Européenne : Organisation politique régionale issue du traité de Maastricht (Pays-Bas) en février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993. Elle repose sur trois piliers : les fondements socio-économiques instituant les Communautés européennes et existant depuis 1957 ; les nouveaux dispositifs relatifs à la politique étrangère et de sécurité commune ; la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. L’Union compte actuellement 27 membres : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas (1957), Danemark, Irlande, Royaume-Uni (1973), Grèce (1981), Espagne, Portugal (1986), Autriche, Finlande, Suède (1995), Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie (2004), Bulgarie, Roumanie (2007).
(En anglais : European Union)
[5].
Extrême droite en hausse, crise politique en France, récession
Récession
Crise économique, c’est-à-dire baisse du produit intérieur brut durant plusieurs mois au moins.
(en anglais : recession ou crisis)
économique en Allemagne…
En parallèle, l’extrême droite continue d’engranger des succès dans les pays membres de l’UE, alimentés à la fois par la crise du consensus néolibéral et par l’incapacité de la gauche à y répondre de façon claire et audible. En l’espace de quelques années, des partis d’extrême droite accèdent ou se maintiennent ainsi au pouvoir – seuls ou en coalition – dans six pays de l’UE (voir le tableau ci-dessous) : Italie (2022), Hongrie (2022), Belgique (2025), Pays-Bas (2024), Finlande (2023), Slovaquie (2023) (auxquels on peut ajouter le cas de la Suède, où elle soutient le gouvernement depuis l’extérieur). Ailleurs, soit l’extrême droite se trouve aux portes du pouvoir, soit elle se renforce, à quelques exceptions près (ex. : en Pologne où le parti Droit et justice (PiS) au pouvoir depuis 2015 a perdu les élections de décembre 2023).
En France, le Rassemblement national (RN) a notamment pu compter sur les stratégies hasardeuses d’un Emmanuel Macron bien décidé à tout miser sur son seul rôle de « rempart contre l’extrême droite » pour se faire réélire en 2022, quitte à en reprendre les thèmes et les politiques, tout en fragilisant la gauche autant que possible (à ce propos, lire aussi l’encadré p. 28). Dans ce contexte, le coup de poker raté de la dissolution du Parlement suite aux élections européennes de juin 2024 a ouvert une séquence d’instabilité qui confine à la crise de régime. Trois blocs politiques se font désormais face sans qu’une majorité claire se dégage, sur fond de stagnation économique et de crise des finances publiques, tandis que le Président apparait plus isolé que jamais [6].
Les pays d’Europe gouvernés par l’extrême droite
| Gouvernements dirigés par l’extrême droite | Extrême droite membre du gouvernement | Soutien sans participation |
|---|---|---|
| Belgique | Finlande | Suède |
| Hongrie | Pays-Bas | |
| Italie | Slovaquie |
Source : www.touteleurope.eu
En Allemagne, le modèle économique qui avait sous-tendu l’hégémonie européenne du pays depuis une quinzaine d’années vient de voler en éclat [7]. En cause, la hausse des coûts de l’énergie suite à la guerre en Ukraine, mais aussi la rivalité croissante avec la Chine (notamment dans le secteur automobile), sur fond de sous-investissements publics chroniques. Résultat, une récession prolongée qui force des ajustements douloureux, mais surtout une remise en causes de nombreux dogmes, pourtant encore jugés inébranlables il y a peu. C’est évidemment autour de la question de la dette publique
Dette publique
État d’endettement de l’ensemble des pouvoirs publics (Etat, régions, provinces, sécurité sociale si elle dépend de l’Etat...).
(en anglais : public debt ou government debt)
que les évolutions sont les plus spectaculaires [8]. Ces dernières années, les appels en faveur d’un relâchement dans ce domaine se sont en effet multipliés jusqu’au sein de la pourtant très orthodoxe banque centrale
Banque centrale
Organe bancaire, qui peut être public, privé ou mixte et qui organise trois missions essentiellement : il gère la politique monétaire d’un pays (parfois seul, parfois sous l’autorité du ministère des Finances) ; il administre les réserves d’or et de devises du pays ; et il est le prêteur en dernier ressort pour les banques commerciales. Pour les États-Unis, la banque centrale est la Federal Reserve (ou FED) ; pour la zone euro, c’est la Banque centrale européenne (ou BCE).
(en anglais : central bank ou reserve bank ou encore monetary authority).
allemande [9]. Et c’est le nouveau chancelier conservateur qui a annoncé sa volonté d’en finir avec l’austérité pour pouvoir notamment dépenser des centaines de milliards d’euros dans le renforcement de son armée [10].
Ironie du sort, alors que le moteur allemand cale, ce sont les pays qui avaient été le plus durement frappés par la crise de la dette des années 2010 qui s’en sortent aujourd’hui le mieux. Ceux que l’on désignait alors par l’acronyme douteux de « PIIGS » (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne) affichent en effet des taux de croissance
Croissance
Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
supérieurs à la moyenne européenne et largement devant les taux français et (surtout) allemands [11] (lire le graphique ci-dessous). L’Espagne, en particulier, tire son épingle du jeu en dépit, ou plutôt grâce à des politiques sociales et migratoires ambitieuses [12]. À l’inverse, les pays d’Europe centrale et orientale dont le développement économique reposait ces dernières années sur leur intégration de plus en plus poussée dans les chaînes de valeur allemandes risquent quant à eux d’être déstabilisés par le marasme d’outre-Rhin.
Dans un article récent publié par la revue Jacobin, la journaliste italienne Francesca De Benedetti, spécialisée dans la politique européenne, pose un constat inquiétant [13] : « Cela fait déjà des années que nous regardons la classe politique traditionnelle faire tomber les derniers obstacles qui se dressent contre l’extrême droite. » En effet, à l’image du vote hautement symbolique d’une motion contre l’immigration en Allemagne par les conservateurs de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU) avec le soutien des néonazis de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), les cordons sanitaires mis en place dans de nombreux pays européens au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour faire barrage au fascisme sont de plus en plus souvent remis en cause.
Toutefois, poursuit Francesca De Benedetti, « aujourd’hui, la situation est telle que nous ne pouvons plus parler uniquement de la levée de ces barrières. En effet, le fameux cordon sanitaire se dresse désormais activement contre la gauche. » À la dédiabolisation de l’extrême droite correspond ainsi une diabolisation croissante de la gauche, y compris dans ses versions les moins radicales. En Autriche, le Parti sociodémocrate (SPÖ, centre gauche) a été accusé par le Parti Populaire (ÖVP, droite) de reprendre « une rhétorique de lutte des classes » pour justifier l’arrêt des négociations avec lui en vue de former un gouvernement, et l’ouverture de discussions (finalement avortées) avec l’extrême droite du Parti de la liberté (FPÖ).
En France, alors que la macronie flirte de plus en plus ouvertement avec l’extrême droite du Rassemblement national (RN), c’est la France Insoumise (gauche) qui se voit systématiquement exclue de « l’arc républicain » au nom de son soi-disant « radicalisme ». Même chose en Belgique, où le dirigeant du Mouvement réformateur (MR, droite) recrute d’anciens cadres du parti d’extrême droite « Chez Nous » tout en plaidant pour une extension du cordon sanitaire au Parti du Travail de Belgique (PTB, gauche).
Et la dynamique ne s’arrête pas aux partis politiques. En effet, toujours selon De Benedetti, « le cordon sanitaire se dresse non seulement contre les partis de gauche, mais aussi contre les syndicats, les ONG, les mouvements écologistes et la société civile en général lorsque ces forces tentent d’exprimer et d’organiser la dissidence. » Résultat : « la levée des barrières contre l’extrême droite et l’imposition d’une logique d’exclusion contre la gauche s’amplifient mutuellement avec des résultats dévastateurs. »
Cédric Leterme
Reconfigurations interétatiques
Tout ceci se traduit par de nouveaux rapports de force et alignements entre les différents États qui composent l’UE. Tout d’abord, leurs difficultés politiques et/ou économiques internes fragilisent considérablement le couple franco-allemand traditionnellement au centre du jeu politique européen. Une situation qui inquiète les élites politiques et économiques pros-UE, à l’image du très néolibéral Institut Montaigne, en France, qui déplore par exemple que « l’équilibre de déséquilibres qui caractérisait pendant si longtemps la relation franco-allemande – une France plus forte géopolitiquement et stratégiquement, une Allemagne plus puissante économiquement et démographiquement – a laissé place à une forme de compétition de déprimes entre Berlin et Paris. » [14]
De la même manière, le revirement de politiques économiques en Allemagne couplé aux débats sur le réarmement européen crée des tensions au sein de l’alliance des pays dits « frugaux » qui dominaient encore largement les débats budgétaires et monétaires européens jusqu’il y a peu [15]. À l’inverse, leurs bonnes performances économiques donnent aujourd’hui plus de poids aux pays de la « périphérie » (essentiellement méditerranéenne) que l’on avait cantonnés à un rôle de second plan ces dix dernières années.
En parallèle, la nouvelle donne géopolitique consécutive au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche renforce la position des pays les mieux à même de contribuer à l’autonomie stratégique de l’UE en termes de défense, que ça soit les pays qui disposent d’une importante armée et/ou industrie de la défense (ex. : Pologne, Italie, France, Allemagne), ceux qui dépensent déjà plus que la moyenne en proportion de leur PIB
PIB
Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
(ex. : la Pologne et les pays baltes dont les dépenses se situent entre 3% et 4% de leur PIB) ou encore la France et son parapluie nucléaire [16].
Note : Part des dépenses militaires en pourcentage du PIB
Source : CIA (2024, 2023 pour Chypre, Irlande et Malte)
Le revirement de politique étrangère impulsé par Donald Trump cause également des remous particuliers au sein des pays d’Europe centrale et orientale qui ont historiquement misé sur leur intégration au sein de l’OTAN et leur soumission stratégique aux États-Unis pour se prémunir contre les menaces réelles ou supposées de la Russie, fragilisant de ce fait le bloc le plus atlantiste des pays membres de l’UE. Parmi ces États, ceux qui composent le groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque) étaient déjà profondément divisés depuis la victoire du pro-Européen Donald Tusk en Pologne en 2023 qui est venue rompre avec le consensus « illibéral » et eurosceptique qui caractérisait le groupe jusque-là [17].
Enfin, on assiste également à des rapprochements entre gouvernements et forces d’extrême droite (malgré la persistance de divisions internes), notamment pour continuer de faire pression en faveur d’un durcissement des politiques migratoires [18].
Conséquences pour l’UE
Comment ces évolutions se traduisent-elles au niveau des institutions européennes ? Les résultats des élections de juin 2024 font pencher le Parlement encore plus à droite. Le PPE reste le premier groupe politique de l’UE avec 186 eurodéputés (contre 176 en 2019), mais l’extrême droite progresse pour atteindre 187 eurodéputés répartis entre les groupes des Conservateurs et réformistes européens (ECR, 78 sièges), les Patriotes pour l’Europe (84 sièges) et l’Europe des nations souveraines (ESN, 25 sièges). À gauche, les sociodémocrates (136 sièges) et la gauche radicale (46 sièges) stabilisent leurs scores malgré un léger recul, mais ce sont surtout les Verts (53 sièges) et les centristes de Renew (77 sièges) qui enregistrent de lourdes pertes (en cédant respectivement 21 et 31 sièges).
Face à ces résultats, Ursula von der Leyen (issue du groupe PPE) est parvenue à renouveler son mandat à la tête de la Commission sans trop de difficulté, en affirmant refuser toute collaboration avec l’extrême droite. Néanmoins, au moment de composer son équipe, elle n’a pas hésité à offrir un poste de vice-président à un membre du parti néofasciste de Giorgia Meloni, l’Italien Raffaele Fitto, en échange de leur soutien [19]. Un signal d’autant plus inquiétant que son groupe politique, le PPE, a également plusieurs fois eu recours à une majorité alternative incluant l’extrême droite pour faire passer ses propositions, notamment en matière de détricotage des politiques environnementales [20].
Si von der Leyen affirme ainsi s’inscrire dans la continuité de son premier mandat, son insistance marquée sur la « compétitivité » et la « simplification » laisse en réalité peu de doute sur ses véritables priorités (lire encadré p. 33). Comme l’ont dénoncé de nombreuses ONG, organisations syndicales ou eurodéputés progressistes, ces mots d’ordre cachent en effet une volonté de revenir sur les déjà maigres avancées obtenues ces dernières années en matière de justice sociale et environnementale [21]. À l’inverse, on observe par contre une volonté toujours plus intense d’œuvrer à une relance industrielle et à une meilleure autonomie stratégique de l’UE, notamment en donnant suite aux recommandations des rapports Letta et (surtout) Draghi [22].
De ce point de vue, on notera d’ailleurs que beaucoup de postes clés de la nouvelle Commission ont été attribués à des pays à tendances plutôt « interventionnistes », ce qui témoignerait, selon le Financial Times, des rééquilibrages relatifs opérés entre les différents pôles économiques historiques de l’UE [23]. De la même manière, face (entre autres) aux difficultés internes éprouvées par les dirigeants du couple franco-allemand, von der Leyen a eu cette fois plus de latitude pour se constituer un organigramme qui lui confère un pouvoir considérable, que ça soit en multipliant les chevauchements de compétences entre commissaires (pour lui permettre de statuer en dernier ressort) ou encore en obtenant l’évincement de rivaux gênants, à commencer par le français Thierry Breton [24].
La nouvelle mandature ouverte en 2024 au sein de l’UE se caractérise ainsi par un certain nombre de continuités (à l’image de la hausse continue de l’extrême droite), mais aussi – et surtout – de ruptures, ou à tout le moins d’évolutions importantes. C’est le cas, à la fois au sein des États membres (ex. : crises en France et en Allemagne), entre les États membres (ex. : panne du couple franco-allemand, rééquilibrage Nord-Sud, tournant stratégique à l’Est), et enfin au sein même des institutions européennes (ex. : « majorités alternatives » au Parlement, toute-puissance de la présidente von der Leyen). Ce qui ne change pas, ou peu, c’est, d’une part, la fuite en avant d’une UE qui semble tirer profit de chaque nouvelle crise pour continuer d’approfondir un processus d’intégration toujours plus technocratique et impopulaire. Et d’autre part, la difficulté pour les forces de gauche de proposer un projet – ou même un discours – qui sorte de l’antinomie « démocrates/europhiles vs populistes/eurosceptiques » dans laquelle se complaisent les partis centristes et leurs meilleurs ennemis d’extrême droite.
En juillet 2024, lorsqu’elle présente ses « orientations politiques » pour le second mandat qu’elle brigue alors à la tête de la Commission européenne, Ursula von der Leyen tente encore de faire illusion. Certes, la « compétitivité » occupe déjà une place centrale, « toutefois, la rhétorique souvent diplomatique et parfois optimiste de Mme von der Leyen envoie un message contradictoire ou opaque qui rend difficile de discerner ses orientations sous-jacentes » [25].
Quelques mois plus tard, lorsqu’elle dévoile la « boussole de l’UE pour la compétitivité », « la première initiative majeure de ce nouveau mandat, qui fournit un cadre stratégique et clair pour orienter les travaux de la Commission » [26], le doute n’est plus permis. Il s’agit ni plus ni moins de mener une vaste opération de dérégulation
Dérégulation
Action gouvernementale consistant à supprimer des législations réglementaires, permettant aux pouvoirs publics d’exercer un contrôle, une surveillance des activités d’un secteur, d’un segment, voire de toute une économie.
(en anglais : deregulation).
demandée par et pour les principaux lobbys économiques de l’UE [27]. Parmi les premières cibles, trois textes emblématiques du Pacte vert pourtant adoptés sous la législature précédente et à peine entrés en vigueur : la directive sur le reporting de durabilité des entreprises (CSRD), la directive sur la diligence raisonnable en matière de durabilité des entreprises (CSDDD) et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM).
Sous couvert de « simplification », la Commission propose de largement vider ces textes de leur substance. Pourtant, comme le souligne l’ONG SOMO, les entreprises visées par le devoir de vigilance, par exemple, ont versé 2.900 milliards d’euros de dividendes ou rachats d’actions au profit de leurs actionnaires entre 2014 et 2023, soit deux tiers de leurs bénéfices nets. En comparaison, la mise en conformité avec la directive sur le devoir de vigilance ne leur couterait que 0,13% des montants moyens versés aux actionnaires en 2023… [28]
Cédric Leterme
Pour citer cet article : Cédric Leterme, "Nouveaux équilibres politiques en Europe", GRESEA Échos N°122, juin 2025.
Photo : Von der Leyen II Commission group, European Union, 2025 CC4.0, Wikimedia.

