Si le développement du capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
a impliqué une accélération de la séparation ville-campagne, la croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
chaotique et la multiplication des grandes métropoles durant les dernières décennies impliquent, selon l’historien Miguel Amorós, une reconfiguration de cette division. Dans son ouvrage Post babilonia : la condición metropolitana contra el derecho al territorio (Ed. Virus, 2022), Amorós affirme que « la campagne » est urbanisée alors que les éléments les plus émancipateurs de « la ville » sont supprimés. C’est afin de réfléchir aux enjeux territoriaux pour le dépassement du capitalisme que, le 27 novembre 2025, le Gresea a invité l’historien anarchiste à débattre sur cette thématique, dans le cadre du cycle Dépasser le capitalisme.

Propos recueillis par le Gresea lors d’une rencontre avec Miguel Amorós le 27 octobre 2025 à Bruxelles.

Historien, Miguel Amorós est une figure incontournable de l’anarchisme espagnol. Sa trajectoire politique et intellectuelle est également marquée par le mouvement situationniste et anti-industriel. Il connait la prison dans l’Espagne franquiste puis l’exil en France où il écrit, en collaboration avec Jaime Semprun, des textes sous le nom de Los Incontrolados (qui défend des positions conseillistes en soutien au mouvement ouvrier autonome révolutionnaire espagnol) et participe, par la suite, à la rédaction de la revue post-situationniste Encyclopédie des Nuisances. Il rédige notamment l’ouvrage Les situationnistes et l’anarchie, dressant un tableau détaillé des rapports entre l’univers libertaire et l’Internationale situationniste avant mai 68. Il collabore avec diverses revues et maisons d’édition libertaires et consacre plusieurs ouvrages sur le mouvement anarchiste durant la guerre civile espagnole, notamment sur l’anarcho-syndicaliste Buenaventura Durruti, le groupe les Amis de Durruti ou la fameuse colonne de fer ainsi que sur des luttes durant le franquisme (comme celle des Acratas de l’université centrale de Madrid entre 1967 et 1969). Il a également écrit plusieurs articles et ouvrages critiques sur l’idéologie du progrès, le développement industriel, les métropoles et les luttes pour le droit au territoire.

Les définitions (comme les courants politiques) du communisme Communisme Système économique et sociétal fondé sur la disparition des classes sociales et sur le partage des biens et des services en fonction des besoins de chacun.
(en anglais : communism)
et d’anarchisme sont multiples et il nous serait impossible de les synthétiser en une soirée. Mais pouvez-vous nous partager votre notion de « communisme » et « d’anarchisme » ?

Malatesta soutenait que le communisme et l’anarchie étaient identiques. Cela n’avait rien à voir avec le système autoritaire des léninistes, pure façade du capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
bureaucratique d’État. Moi, je le définirais comme un régime de coexistence sociale sans État et sans classes, fondé sur le rejet de la division du travail et sur la possession commune des moyens de production, leur gestion collective et la distribution du produit social en fonction des besoins. Né d’un libre accord, le communisme libertaire devrait offrir à tous les conditions propices à un développement matériel, moral et individuel maximal. Il s’agit donc d’un idéal éthique inaccessible par la force, car il a pour condition sine qua non la compréhension et le désir de la majorité que chacun doit pouvoir exprimer librement. Pour beaucoup, dont je fais partie, l’anarchisme serait le moyen d’atteindre cet objectif, par des méthodes solidaires et universalistes, bien sûr, et non à travers des procédures parlementaires ou des postulats religieux. En ce qui me concerne, je conçois l’anarchisme comme la caractéristique doctrinale propre au socialisme Socialisme Soit étape sociétale intermédiaire qui permet d’accéder au communisme, soit théorie politique élaborée au XIXe siècle visant à améliorer et changer la société par des réformes progressives ; la première conception se comprend dans la théorie marxisme comme le passage obligé pour aller vers la société sans classes, étant donné qu’il faut changer les mentalités pour une telle société et aussi empêcher les anciennes classe dirigeantes de revenir au pouvoir ; la seconde conception est celle professée par les partis socialistes actuels ; on parle aussi dans ce cas de social-démocratie.
(en anglais : socialism)
antiautoritaire qui, pendant longtemps, a accompagné une grande partie du prolétariat révolutionnaire, jusqu’à entrer en crise, peut-être définitive, en raison des capitulations survenues pendant la révolution espagnole. À partir de là, on ne peut plus parler d’anarchisme, avec ses différentes nuances, mais d’anarchismes, d’idéologies diverses portant le même nom, mais qui n’ont rien à voir les unes avec les autres.

Quels sont leurs points communs, leurs divergences et leur potentiel anticapitaliste respectif ?

Parmi ceux qui se qualifient d’anarchistes, il existe évidemment de profonds désaccords méthodologiques et de grandes différences stratégiques découlant de la variété des interprétations de la réalité et des pratiques divergentes pour atteindre les objectifs finaux. Ces divergences se sont cristallisées en idéologies, en formules, souvent accompagnées de comportements sectaires, comme l’insurrectionnalisme, le municipalisme, le syndicalisme, le primitivisme, l’espécifisme, le post-anarchisme, etc. Actuellement, l’anarchisme est avant tout un état d’esprit diffus présent dans tout conflit, qui exige l’horizontalité et l’égalité, rejette la médiation, revendique l’autogestion et l’action Action Part de capital d’une entreprise. Le revenu en est le dividende. Pour les sociétés cotées en Bourse, l’action a également un cours qui dépend de l’offre et de la demande de cette action à ce moment-là et qui peut être différent de la valeur nominale au moment où l’action a été émise.
(en anglais : share ou equity)
directe. Le potentiel anticapitaliste de l’anarchisme moderne se concrétisera dès lors que la conjoncture Conjoncture Période de temps économique relativement courte (quelques mois). La conjoncture s’oppose à la structure qui dure plusieurs années. Le conjoncturel est volatil, le structurel fondamental.
(en anglais : current trend)
sociale favorisera l’enracinement dans les masses rebelles de ses idées inébranlables, comprises non pas comme une utopie, mais comme « la vérité immédiate d’un temps relativement proche ». (Ricardo Mella).

Dans votre ouvrage Post babilonia : la condición metropolitana contra el derecho al territorio ( Post babilonia : la condition métropolitaine contre le droit au territoire ), vous développez la relation entre capitalisme et métropoles. Pouvez-vous expliquer ce qu’est une métropole ?

Les trois quarts de la population européenne vivent en zones urbaines étendues. Le monde compte plus de cinq cents agglomérations de plus d’un million d’habitants, qui ne peuvent être qualifiées de villes à proprement parler. L’époque des villes compactes en symbiose avec leur environnement agricole est révolue. La campagne a depuis longtemps cessé d’être une réalité à part. Debord annonçait en 1967 que « le moment présent est celui de l’autodestruction de l’environnement urbain ». La métropole – ou « post-ville », comme l’appelle Françoise Choay – est un type d’agglomération informe, fruit de l’expansion illimitée de la ville industrielle, qui a absorbé les populations limitrophes et créé de nouveaux quartiers jusqu’à suburbaniser tout le territoire environnant. Cette unification de l’espace a été rendue possible en premier lieu par le développement des transports, le faible coût des combustibles fossiles et les nouveaux matériaux de construction. Étymologiquement, « métropole » signifie « ville mère » en grec. Cependant, la réalité reste très éloignée de la maternité : c’est un monstre insatiable qui concentre le pouvoir dans une société totalement urbanisée. Dans les années 90, la mondialisation financière et la numérisation l’ont renforcée en tant que domaine totalitaire de la marchandise Marchandise Tout bien ou service qui peut être acheté et vendu (sur un marché).
(en anglais : commodity ou good)
et moteur du développement capitaliste. C’est un non-lieu de conurbations juxtaposées, qui ne résulte pas du dépassement de l’opposition campagne-ville, mais de l’effondrement simultané des deux pôles. Il ne s’agit pas d’un projet de cohabitation, pas même au niveau de la classe dominante. Au contraire, il s’agit d’une réalité totalement mercantile. Elle constitue un agglomérat discontinu et diffus, sans valeurs ni culture, sans vie authentique, relié uniquement par des voies de circulation. La communication a été marginalisée par la connectivité. L’important n’est pas la convivialité, mais son prix. En réalité, la métropole n’est pas faite pour ses habitants, mais pour les passants, qu’ils soient visiteurs, promoteurs ou investisseurs. Son économie ne repose plus sur l’industrie, mais sur les services, le tourisme, les grands événements et l’innovation. Même si elle conserve des centres historiques, ceux-ci ont été muséifiés, la métropole n’ayant pas de centre réel. Ce qui était central est devenu périphérique tandis que la périphérie devient de plus en plus centrale. Les places publiques et les rues n’apportent plus aucune cohésion organique ; les infrastructures routières sont les seuls axes structurants. Le paysage reconstruit par les forces du développement reproduit des modes de vie confinés, précaires, motorisés et marchandisés jusque dans les moindres détails : les métropoles génèrent automatiquement des relations sociales capitalistes dans tous les coins et recoins. On peut dire qu’elles constituent l’espace idéal pour la reproduction des capitaux à l’ère hypertechnologique de l’économie mondialisée.

Le passage d’une économie productive à une économie de services, suivi de la transition d’un capitalisme national à un capitalisme global, a renforcé le rôle des métropoles au détriment des États. Au sein de la classe dirigeante, l’idéologie keynésienne a cédé le pas à la pensée néolibérale, ennemie jurée de l’interventionnisme étatique. La promesse d’abondance a refait surface sur les marchés financiers avec le crédit à outrance et l’expansion de la dette, favorisant la surconsommation, les opérations immobilières risquées et toutes sortes de bulles spéculatives. Cependant, la prise de conscience de la finitude des ressources primaires, notamment énergétiques (par exemple, le « pic » pétrolier), associée à la crise environnementale provoquée par le développement à outrance (par exemple, le réchauffement climatique, la production colossale de déchets, la pollution, le gaspillage des ressources) a contraint à prendre en considération la « soutenabilité » du processus, c’est-à-dire le prix à payer pour la dégradation. Le capitalisme s’est alors emparé du discours écologique et a inauguré une phase verte que l’État devait promouvoir et soutenir. L’État retrouvait ainsi son rôle d’antan dans une économie à « décarboniser » pendant une période de « transition énergétique ». Par conséquent, la métropole évoluait en adoptant une urbanisation douce avec ses pistes cyclables, ses zones piétonnes, son tri des déchets, ses bornes de recharge électrique, ses « couloirs » verts, ses tramways et ses solutions numériques telles que les villes intelligentes. Elle « réinventait » le territoire en obéissant à la logique la plus actuelle – la plus technologique – de la marchandisation.

Pouvez-vous nous expliquer son lien avec le « capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
territorial » ?

On parle de « capital Capital territorial » lorsque le territoire s’est complètement transformé en « actif », c’est-à-dire en capital. Lors de la Conférence de Rio en 1992, les dirigeants mondiaux l’ont défini comme la nouvelle configuration du territoire résultant de l’union de l’économie et de l’environnement, c’est-à-dire du « développement durable ». Ce concept était associé à la période « verte » du capitalisme, lorsque le territoire se trouvait au centre du triangle société-économie-environnement. Une fois son accessibilité améliorée, celui-ci devient un espace exploitable à plusieurs titres, à savoir : une source de terrains constructibles, un support pour les grandes infrastructures, une opportunité pour l’industrie agroalimentaire, une réserve paysagère, une destination touristique, une zone de loisirs industrialisés, une source d’énergie renouvelable et de matériaux stratégiques, etc., ce qui lui confère un poids croissant dans l’économie mondiale. En fin de compte, le territoire est la matière première Matière première Matière extraite de la nature ou produite par elle-même, utilisée dans la production de produits finis ou comme source d’énergie. Il s’agit des produits agricoles, des minerais ou des combustibles.
(en anglais : raw material)
du capitalisme dans sa dernière phase extractiviste.

Peut-on dépasser le capitalisme sans désurbaniser la campagne et ruraliser la ville et donc, sans détruire les métropoles ?

Ce n’est évidemment pas possible. Mettre fin à la globalisation implique la fin de son organisation spatiale. Face aux crises successives, les métropoles, en plus d’être invivables, finissent par être ingérables. Elles sont extrêmement vulnérables face aux catastrophes et tellement vastes qu’il est impossible de les gérer collectivement. Le principal obstacle à une transformation sociale fondée sur une relation harmonieuse avec la nature sera les agglomérations elles-mêmes, qui ne sont aptes qu’à reproduire les relations capitalistes et qu’il faudra nécessairement démanteler. La démondialisation comportera toujours un aspect de désurbanisation et de ruralisation. La simple mise en place d’une économie domestique sans marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
– qu’elle soit naturelle, substantielle ou morale – entraînera la création de collectivités coordonnées de petite taille, avec des cultures de proximité et une production industrielle à petite échelle. D’autant plus que l’autogestion ne serait pas viable dans des quartiers trop grands, où l’agora est impossible. Toutefois, désurbaniser ne signifie pas abolir l’espace urbain, mais tout au plus abolir la propriété privée capitaliste. Elle implique un double mouvement de dépeuplement et de repeuplement, de décentralisation et de déconcentration, dont les effets sont la décongestion de l’espace sururbanisé, sa revitalisation, la récupération de son fonctionnement organique... Paradoxalement, la désurbanisation est un retour à la vraie ville.

Dans votre livre, vous dites que le territoire est « objectivement » le lieu central de la lutte anticapitaliste (et non le lieu de travail). Pouvez-vous développer cette idée ?

Central ne signifie pas unique, pas plus que territoire ne signifie exclusivement campagne. Cependant, lorsque la majeure partie de la production de richesses, dont dépend la croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
économique, provient de l’exploitation intensive d’un territoire préalablement « aménagé », alors sa défense devient le cœur de la lutte anticapitaliste (c’est-à-dire de la lutte des classes actuelle). En effet, à mesure que la productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
mondiale ralentit et que les profits diminuent, ce que David Harvey appelle les « circuits secondaires d’accumulation Accumulation Processus consistant à réinvestir les profits réalisés dans l’année dans l’agrandissement des capacités de production, de sorte à engendrer des bénéfices plus importants à l’avenir.
(en anglais : accumulation)
 » gagne en importance. Les antagonismes ne se manifestent dans toute leur ampleur que dans ces circuits, qu’il s’agisse du problème du logement et de la détérioration des services publics, de la lutte contre la construction de centrales nucléaires, de trains à grande vitesse ou de lignes à haute tension, ou encore du sabotage des OGM ou des grands projets inutiles. De ce fait, la question sociale se manifeste principalement en tant que question territoriale. Par contre, étant donné la perte de centralité des travailleurs de l’industrie et la disparition des grèves sauvages, la lutte syndicale, bien que nécessaire, ne rompt pas avec les règles du jeu du développementalisme. Elle n’aspire pas à sortir du capitalisme, mais à négocier la valeur de la force de travail Force de travail Capacité qu’a tout être humain de travailler. Dans le capitalisme, c’est la force de travail qui est achetée par les détenteurs de capitaux, non le travail lui-même, en échange d’un salaire. Elle devient une marchandise.
(en anglais : labor force)
. L’ouvriérisme politique, tellement attaché à l’État, ne le renverse pas davantage. Dès lors, le conflit du travail ne peut constituer l’axe autour duquel s’organisent les aspirations émancipatrices. Si l’on veut en finir avec le régime capitaliste, la question stratégique principale réside dans la capacité à bloquer la croissance économique en centrant notre regard sur les alternatives de sortie. En ce sens, la défense du territoire, aussi limitée soit-elle, est anti-développementaliste et anticapitaliste par essence, car elle s’oppose au principal moteur de l’économie actuelle, l’exploitation industrielle du patrimoine Patrimoine Ensemble des avoirs d’un acteur économique. Il peut être brut (ensemble des actifs) ou net (total des actifs moins les dettes).
(en anglais : wealth)
, les connaissances et les ressources territoriales, et elle propose, à des degrés divers, des alternatives pratiques.

Quel type de territoire (et ville) serait habitable, vivable ? Plus concrètement, quel territoire serait anticapitaliste ?

Très tôt, les anarchistes Elisée Reclus et Piotr Kropotkine ont proposé la décentralisation des villes bourgeoises et la suppression de leurs quartiers misérables. Tous deux appelaient à un « sens de la nature » qui conduirait au retour à un ordre naturel optimisé, caractérisé par une dispersion modérée de toutes les activités concentrées dans les villes en expansion. En établissant autour des villes un réseau de petites industries, d’hôpitaux, d’écoles, de moulins, de chutes d’eau, de routes, de chemins de fer et de communautés agricoles, on obtiendrait une région urbaine rurale intégrée, sans centre dirigeant, tendant vers le communisme. Leurs idées ont été reprises et développées par d’autres auteurs, parmi lesquels Patrick Geddes et Lewis Mumford, qui partaient du principe de la « planification Planification Politique économique suivie à travers la définition de plans réguliers, se succédant les uns aux autres. Elle peut être suivie par des firmes privées (comme de grandes multinationales) ou par les pouvoirs publics. Elle peut être centralisée ou décentralisée.
(en anglais : planning)
régionale ». Ils prônaient une utilisation rationnelle du territoire afin d’atteindre un équilibre territorial, de favoriser une vie intense et créative, d’éliminer le gaspillage d’énergie et de nourriture et de freiner l’expansion métropolitaine. Cela se traduisait par des propositions telles que des ceintures agricoles, une production décentralisée d’énergie, une répartition équilibrée de la population dans des unités de cohabitation bien équipées, la réinstallation des industries à proximité des matières premières et des transports publics efficaces. Des réformes à contre-courant, pleines de bon sens, mais sans perspectives de réalisation, dans la mesure où elles n’étaient pas soutenues par de fortes mobilisations locales enracinées dans des portions de territoire libérées, mais dépendaient de l’altruisme des dirigeants. Finalement, le discrédit de l’idée de progrès a entraîné la revalorisation de la commune médiévale, en particulier de son fonctionnement ouvert codifié dans des actes d’autonomie, de la régulation de la vie sociale par la coutume et de la notion de bien commun. De nouvelles perspectives alter métropolitaines se sont ainsi ouvertes au sein de mouvements auto-organisés capables de résister aux tentations électoralistes, à l’amalgame sans principes et à l’appât des subventions.


Pour citer cet article : Entretien avec Miguel Amorós, "Les luttes territoriales, levier d’un dépassement du capitalisme ?", Gresea, mars 2026.