À l’encontre d’une image homogène du progressisme en Amérique latine, cet article parcourt les débats et les contradictions qui agitent la relation entre les différents gouvernements de gauche du sous-continent et révèle les faiblesses du processus d’intégration. Ce faisant, il invite les forces sociales et politiques à s’emparer de ces questions pour pousser à une plus forte unité politique et à une articulation économique capable de répondre aux défis du monde actuel.

[Retours sur le sommet de la CELAC du 24 janvier 2023 à Buenos Aires, Argentine]

Le sommet de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) de Buenos Aires a confirmé la nouvelle hégémonie du progressisme en Amérique latine. C’est en 2010 que les forces progressistes ont créé cette organisation qui, pour la première fois, regroupait les 33 pays de la région (avec la présence de Cuba et l’exclusion des États-Unis). Les discours dénonçant les agissements de la droite et le golpisme [1]] dans la région ont confirmé le ton progressiste de la rencontre.

Les présidents de gauche récemment élus (Brésil, Colombie) ainsi que ceux de la vague précédente (Bolivie, Chili, Honduras) ou leurs délégués (Mexique) ont participé au sommet. La présidence argentine a également invité le mandataire cubain et une délégation vénézuélienne ; le président Nicolás Maduro, fortement contesté par les médias, était absent du sommet.

Des pays de la région gouvernés par la droite, l’Équateur a opté pour l’absentéisme, le Paraguay et l’Uruguay devant subir un isolement inconfortable. Dans son intervention, le président uruguayen a déploré le biais idéologique de la CELAC. Mais les plaintes du président uruguayen n’ont fait qu’illustrer l’affaiblissement de son camp politique. Ce déclin s’était déjà manifesté l’année dernière, lors de la première relance de la CELAC promue par la présidence mexicaine ; à l’époque, les présidents colombien, brésilien et chilien avaient boycotté le sommet, laissant les mandataires uruguayens et paraguayens se débrouiller seuls dans cet environnement hostile.

La résurgence de la CELAC est en effet particulièrement douloureuse pour les partisans de la restauration conservatrice. Au cours de la dernière décennie, ils ont paralysé cette institution ainsi que l’Union des nations sud-américaines (UNASUR). Cette dernière a perdu sept de ses douze membres initiaux et était sur le point de disparaître lorsque le président équatorien a fermé son siège à Quito.

Pour masquer le recul de la droite, les médias ont discrédité le sommet de Buenos Aires, en soulignant son inefficacité et ses désaccords internes [2]. Cependant, ils se sont bien gardés de mentionner la crise bien plus profonde à laquelle sont confrontés les rivaux de l’Organisation des États américains (OEA) [3]] et du Groupe de Lima [4]] ; la paralysie de la première et la dissolution du second en témoignent pourtant.

La droite a tenté de masquer sa faiblesse en créant un scandale autour de la venue de Nicolás Maduro. Patricia Bullrich, ex-ministre de l’ancien président argentin Mauricio Macri, a même demandé son arrestation et a présenté l’annulation du voyage de Maduro à Buenos Aires comme une grande victoire. Pourtant, Maduro a été la cible d’innombrables tentatives d’assassinat, tout comme Cristina Fernández de Kirchner, il y a quelques mois [5]. L’absence du président vénézuélien pour des raisons sécuritaires était donc tout à fait justifiée. Rappelons également qu’un avion en provenance du Venezuela avait été bloqué en Argentine par des juges macristes. Une action Action Part de capital d’une entreprise. Le revenu en est le dividende. Pour les sociétés cotées en Bourse, l’action a également un cours qui dépend de l’offre et de la demande de cette action à ce moment-là et qui peut être différent de la valeur nominale au moment où l’action a été émise.
(en anglais : share ou equity)
favorisée par la passivité du gouvernement Fernández.

Ce n’est donc pas la droite qui a empêché la présence de Maduro ; sa mobilisation était dérisoire par rapport aux manifestants qui ont entouré l’événement de revendications démocratiques et anti-impérialistes. Les médias ont simplement exagéré leur nombre. Mais leur mobilisation est passée inaperçue dans les rues. Maduro ne craignait d’ailleurs pas une confrontation avec des opposants ; il s’est désisté afin de ne pas nuire au bon déroulement politique de la réunion.

 Vers une relance du Mercosur Mercosur Traité de libre-échange et d’intégration économique entre l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Avec la signature de l’Accord d’Asuncion (Paraguay) du 26 mars 1991, ces quatre pays se sont engagés à intégrer leurs marchés dans le cadre du marché commun du cône sud (de l’espagnol : Mercado Común del Sur ou Mercosur). Le Venezuela y a adhéré en 2012. La Bolivie, le Chili, la Colombie l’Équateur et le Pérou en sont associés également.
(En anglais : Mercosur)
 ?

Si l’année dernière [6]] López Obrador (Mexique) s’était imposé comme le leader du sommet, c’est à Lula (Brésil) qu’est revenu ce rôle à Buenos Aires. Il ne doit pas seulement sa notoriété au fait que son troisième mandat a débuté par une victoire sur la tentative de coup d’État de partisans de Bolsonaro. Lula a aussi adopté une stratégie à moyen terme visant à redonner au Brésil sa place dans la région en renforçant ses liens avec l’Argentine. Ce qui explique pourquoi il n’a pas tari d’éloges sur Alberto Fernández, le président argentin.

Le moteur de cette relance bilatérale est la reconstitution du Marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
commun du sud (Mercosur). Lula et Fernández ont en effet signé un accord ambitieux pour renforcer l’intégration des deux économies dans 15 domaines […]. Le dirigeant brésilien aspire ainsi à repositionner son pays à l’avant-garde de la région dans les négociations avec les grandes puissances.

Mais une relance du Mercosur passe par une recomposition préalable de l’équilibre interne du Brésil entre deux secteurs capitalistes très différents : les industrie agricoles et manufacturières. Lula soutient plutôt le premier secteur avec la reprise des négociations pour finaliser l’accord de libre-échange du Mercosur avec l’Union européenne Union Européenne Ou UE : Organisation politique régionale issue du traité de Maastricht (Pays-Bas) en février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993. Elle repose sur trois piliers : les fondements socio-économiques instituant les Communautés européennes et existant depuis 1957 ; les nouveaux dispositifs relatifs à la politique étrangère et de sécurité commune ; la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. L’Union compte actuellement 27 membres : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas (1957), Danemark, Irlande, Royaume-Uni (1973), Grèce (1981), Espagne, Portugal (1986), Autriche, Finlande, Suède (1995), Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie (2004), Bulgarie, Roumanie (2007).
(En anglais : European Union)
. Macri et Bolsonaro étaient sur le point de signer cet accord en 2019, mais ils n’ont pas réussi à apaiser les craintes des agriculteurs européens (en particulier français) face à l’afflux potentiel d’exportations compétitives en provenance d’Amérique du Sud.

Lula a donc cherché le soutien de Fernández (et de l’agro-industrie argentine) pour parvenir à un accord dans les prochains mois. Il propose des clauses environnementales qui protégeraient les partenaires du vieux continent d’un déferlement de marchandises en provenance du Nouveau Monde ; ces règles interdiraient l’exportation de denrées alimentaires produites dans des zones déboisées, ce qui limiterait d’office les volumes de produits exportés.

La grande campagne de Lula contre les latifundistes – propriétaires terriens qui développent l’élevage extensif de soja et de bétail en dévastant l’Amazonie – allie la protection de l’environnement à une limitation des exportations vers l’Europe. Il a déjà réussi à débloquer des fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
internationaux pour la protection environnementale et promet de lier toute augmentation des ventes à l’étranger à une augmentation de la productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
dans le secteur (et non à l’extension de la frontière agricole).

De leur côté, les industriels de São Paulo sont réticents à un accord avec l’Europe qui n’ouvrirait pas de nouveaux marchés et comporte le risque d’importations défavorables. Ils ont énormément profité du Mercosur que Lula relance aujourd’hui à travers diverses initiatives. Les industriels de São Paulo ont profité de cette union douanière notamment dans le secteur automobile et espèrent engranger davantage de bénéfices grâce aux nouvelles activités intégrées à l’accord par les négociations récentes et à venir (construction navale, textile, cordonnerie, fournitures militaires).

Lula a également proposé à son homologue argentin l’utilisation d’un mécanisme de financement du commerce interrégional, par le biais d’une unité de compte [7] qui existe déjà, mais qui est en sommeil depuis 2008. Cet instrument permettrait de limiter l’utilisation du dollar dans les échanges commerciaux entre les deux pays, grâce à des crédits accordés et compensés par les banques centrales qui utiliseraient leurs propres moyens de paiement.

L’unité de compte commun SUR remplirait cette fonction et compléterait la hausse des crédits que le Brésil accorderait à son client argentin pour financer les exportations qui en résulteraient [Brasilia est le 4e investisseur étranger en Argentine]. Ce schéma, très courant dans l’activité commerciale d’autres régions, trouve son ébauche dans les pays de l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) avec le Système unique de Compensation régionale (SUCRE). Mais on est loin d’une monnaie Monnaie À l’origine une marchandise qui servait d’équivalent universel à l’échange des autres marchandises. Progressivement la monnaie est devenue une représentation de cette marchandise d’origine (or, argent, métaux précieux...) et peut même ne plus y être directement liée comme aujourd’hui. La monnaie se compose des billets de banques et des pièces, appelés monnaie fiduciaire, et de comptes bancaires, intitulés monnaie scripturale. Aux États-Unis et en Europe, les billets et les pièces ne représentent plus que 10% de la monnaie en circulation. Donc 90% de la monnaie est créée par des banques privées à travers les opérations de crédit.
(en anglais : currency)
commune ou d’un fonds de stabilisation partagé qui poserait les bases d’une Nouvelle Architecture Financière (NAF) [8]. Pour l’heure, ce schéma favorise une forte augmentation des ventes des entreprises brésiliennes vers l’Argentine.

  Les faiblesses structurelles du Mercosur

Les propositions brésiliennes de réformes monétaires et financières apportent une réponse immédiate au manque de devises de l’Argentine pour son approvisionnement en importations. Ce déficit résulte de l’étroite surveillance du Fonds Monétaire International Fonds Monétaire International Ou FMI : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
(FMI FMI Fonds Monétaire International : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
) sur des réserves de change qui s’amenuisent.

Mais personne ne sait comment la banque centrale Banque centrale Organe bancaire, qui peut être public, privé ou mixte et qui organise trois missions essentiellement : il gère la politique monétaire d’un pays (parfois seul, parfois sous l’autorité du ministère des Finances) ; il administre les réserves d’or et de devises du pays ; et il est le prêteur en dernier ressort pour les banques commerciales. Pour les États-Unis, la banque centrale est la Federal Reserve (ou FED) ; pour la zone euro, c’est la Banque centrale européenne (ou BCE).
(en anglais : central bank ou reserve bank ou encore monetary authority).
brésilienne garantirait ses engagements dans le cadre d’un tel accord. Un autre point d’interrogation concerne les effets de l’augmentation du déficit commercial industriel argentin prévue par l’accord. Il existe certes une corrélation positive entre la croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
du Brésil et le PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
de l’Argentine, mais la locomotive brésilienne fonctionne grâce à la subordination de son voisin du sud.

Cette subordination économique sera renforcée par le financement brésilien de l’expansion du gazoduc qui distribue le combustible produit à Vaca Muerta (Patagonie-Argentine) [9]]. Pour les industriels brésiliens, cet approvisionnement énergétique – qui arrivera à Porto Alegre à des prix compétitifs – constitue l’attrait principal de la relance du Mercosur. Ces derniers sont en effet confrontés à une diminution de l’offre de gaz bolivien, en raison de l’inévitable épuisement de ses réserves. Dans un avenir proche, l’Argentine pourrait ainsi tripler ses exportations de gaz, mais cela ne ferait que renforcer le modèle extractiviste d’une économie qui se dirige définitivement vers la primarisation.

La recomposition du Mercosur passe également par la présence pérenne de l’Uruguay, qui envisage de son côté un accord de libre-échange avec la Chine. L’establishment du pays entend multiplier ses exportations de produits alimentaires vers la Chine et ne se sent pas réellement menacé par le flux Flux Notion économique qui consiste à comptabiliser tout ce qui entre et ce qui sort durant une période donnée (un an par exemple) pour une catégorie économique. Pour une personne, c’est par exemple ses revenus moins ses dépenses et éventuellement ce qu’il a vendu comme avoir et ce qu’il a acquis. Le flux s’oppose au stock.
(en anglais : flow)
d’importations escomptées. L’Uruguay ne dispose pas [au contraire d’autres membres du Mercosur], d’industries exposées à la concurrence asiatique. Le Paraguay n’a pour l’instant pas indiqué s’il s’engagerait dans cette voie.

Lula a cherché à dissuader le président uruguayen d’entreprendre une telle démarche en mettant en avant l’attrait de l’accord avec l’Union européenne sur le plan des exportations. Il a également évoqué la possibilité de conclure un accord avec la Chine sous sa propre direction. Dans le même but, les dirigeants brésiliens cherchent à introduire la Bolivie et à réincorporer le Venezuela dans le Mercosur.

Mais la relance du Mercosur implique la bonne santé de l’économie brésilienne. Or, son PIB par habitant est pratiquement au point mort Point mort Situation de production et d’utilisation des capacités productives où la firme ne fait aucun bénéfice, ni aucune perte. Cela permet d’évaluer le seuil à partir duquel cette entreprise ou unité est rentable.
(en anglais : breakeven point).
depuis plus d’une décennie et l’emploi ne progresse pas [10]. Cette stagnation n’est pas seulement conjoncturelle ou la conséquence d’un scénario international défavorable généré par la pandémie et la guerre. Le Brésil connaît un grave déclin depuis de nombreuses années en raison des faiblesses structurelles d’une économie semi-périphérique fortement touchée par la réorganisation du capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
mondial. Ce déclin explique pourquoi le Brésil est incapable d’exercer un rôle analogue à celui de l’Allemagne en Europe et ne fait pas preuve de la vitalité productive nécessaire pour remettre le Mercosur sur les rails.

Cette faiblesse explique pourquoi la défaite de l’ALCA (Zone de libre-échange des Amériques), promue par Washington, n’a pas entraîné le développement de l’union douanière sud-américaine. Au contraire, le processus s’est affaibli tandis que ses petits partenaires (Uruguay, Paraguay, membres de l’alliance ainsi que le Chili et la Bolivie, pays associés à l’alliance) cherchaient des liens alternatifs avec d’autres acteurs majeurs [11].

En outre, lors de sa précédente administration, Lula a sapé l’initiative visant à créer une organisation financière régionale (Banque du Sud), et ce afin de privilégier les activités des banques brésiliennes par le biais de leur propre entité (BNDES [12]]) [13].

Le Mercosur rencontre donc de sérieuses difficultés internes pour transformer la CELAC en un moteur majeur de l’intégration latino-américaine. Mais cette dernière est aussi aux prises avec des forces de désintégration dans son propre environnement.

 Fractures internes dans la CELAC : les accords de libre-échange

Le principal obstacle auquel se heurte la CELAC pour relancer l’intégration régionale est la prééminence des accords de libre-échange entre ses membres et le reste du monde. Ces accords sont acceptés par les gouvernements de la nouvelle vague progressiste ; personne ne conteste leur continuité. Dans les pays où ces accords sont en œuvre, leur révision n’est pas non plus à l’ordre du jour. Ils sont considérés comme un élément naturel de l’économie, c’est pourquoi les initiatives pour les étendre à d’autres coins de la planète fleurissent. La fragmentation de la région qui en résulte – toujours favorisée par le néolibéralisme Néolibéralisme Doctrine économique consistant à remettre au goût du jour les théories libérales « pures ». Elle consiste surtout à réduire le rôle de l’État dans l’économie, à diminuer la fiscalité surtout pour les plus riches, à ouvrir les secteurs à la « libre concurrence », à laisser le marché s’autoréguler, donc à déréglementer, à baisser les dépenses sociales. Elle a été impulsée par Friedrich von Hayek et Milton Friedman. Mais elle a pris de l’ampleur au moment des gouvernements de Thatcher en Grande-Bretagne et de Reagan aux États-Unis.
(en anglais : neoliberalism)
– est de facto acceptée par ses rivaux de centre gauche.

Ce scénario est particulièrement vrai parmi les quatre membres de l’Alliance du Pacifique (Chili, Colombie, Pérou, Mexique ), dont les nouvelles administrations progressistes ont ratifié les accords de libre-échange existants. L’objectif des droits de douane nuls est encore prôné, ce qui favorise l’expansion d’un commerce sans restriction avec l’Asie [14].

C’est au Chili que l’on observe la plus grande adhésion à ces accords. Le gouvernement Boric a non seulement ratifié leur validité, mais a également donné le feu vert à l’intégration du pays dans le TPP-11 avec les principales économies de l’Asie-Pacifique [15]. Ce traité ouvre les frontières à toutes sortes d’importations et favorise l’appropriation étrangère des ressources naturelles. Le gouvernement a même levé les obstacles que cet accord rencontrait au Congrès depuis 2019.

L’Assemblée constituante, mise en échec en septembre 2022 [16]], n’a pas non plus proposé de changements à apporter aux mécanismes commerciaux du modèle néolibéral [17]. Ses modestes propositions de révision ont été mises au placard au même titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
que le réexamen de la gestion du cuivre, la modification des redevances minières, la reformulation de l’impôt sur le revenu ou le remodelage du système de retraite privé.

Le chaotique gouvernement péruvien de Pedro Castillo [18]] a soutenu une même approche. Il avait pourtant proposé de freiner l’intense extractivisme de l’exploitation minière, mais cette promesse n’a pas été tenue. Au Pérou, la libéralisation Libéralisation Action qui consiste à ouvrir un marché à la concurrence d’autres acteurs (étrangers ou autres) autrefois interdits d’accès à ce secteur. irrationnelle du commerce a conduit le pays à exporter des pommes de terre fraîchement récoltées [vers la Bolivie voisine, les États-Unis ou l’Europe] qui reviennent ensuite congelées et emballées, [en particulier des Pays-Bas et de Belgique], pour le marché local [19]].

Gustavo Petro (Colombie) a quant à lui souligné que sa priorité politique était la paix. Ses économistes envisagent également une réforme fiscale [20] afin d’augmenter les recettes et d’apporter certaines améliorations sociales. Dans cet agenda, les accords de libre-échange restent intouchables [21]], malgré les destructions qu’ils ont causées dans certaines filières de production, comme l’élevage laitier. L’accent mis par le nouveau président sur la protection environnementale est également en contradiction avec le maintien de ces accords.

La présidence de López Obrador (Mexique) a débuté par la ratification du nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Canada (T-MEC). Cet accord renforce la présence du Mexique dans la zone dollar et explique la réticence du président mexicain à l’égard de tout projet de monnaie commune latino-américaine. Ses porte-parole défendent la continuité de l’imbrication avec Washington et Ottawa, mais avec des arguments qui s’éloignent du néolibéralisme. Ils affirment ainsi que la proximité avec le Nord favorisera l’autonomie du Mexique en permettant un développement renforçant la souveraineté du pays ; ils proposent de « se rapprocher des États-Unis afin d’être plus autonome par rapport à eux ».

Mais jusqu’à présent, aucune expansion significative de l’économie mexicaine n’a résulté des retombées du traité T-MEC. Au contraire, le traité reproduit les innombrables déséquilibres économiques. La faible croissance, les fortes inégalités, l’exode rural et l’informalité de la main-d’œuvre au Mexique expliquent l’ampleur dramatique du narcotrafic. L’accord avec les États-Unis ne permet pas au Mexique de se distinguer du tournant régressif en Amérique latine.

L’espoir d’une « plus grande autonomie par une plus grande proximité » présente également de sérieuses contradictions conceptuelles. Elle suppose un renforcement des liens avec les États-Unis, qui ont toujours été en contradiction avec la souveraineté. La tension flagrante entre cette orientation et l’objectif affiché de l’unité latino-américaine est évidente.

Tous les types d’accords de libre-échange en vigueur dans la région favorisent ainsi le négoce des groupes exportateurs, au détriment de la croissance domestique. Ces secteurs privilégient les profits immédiats des ventes à l’étranger par rapport à un développement articulé qui ouvrirait la voie à l’intégration. La CELAC répond à cette contradiction par l’ambiguïté. Lors des rencontres, elle prône systématiquement la solidarité latino-américaine, mais sans prendre aucune des mesures nécessaires à sa consolidation.

Certains participants au sommet de Buenos Aires, comme Gustavo Petro (Colombie), ont reconnu cette faiblesse : « nous parlons beaucoup de nous unir, mais nous faisons très peu pour y parvenir ». Le bilan global du sommet de la CELAC corrobore ce diagnostic [22]. Le problème principal réside dans le fait que les grandes initiatives de souveraineté régionale – dans les domaines alimentaire, énergétique ou financier – nécessitent une fermeté vis-à-vis de l’impérialisme états-unien que le nouveau progressisme n’affiche pas.

 Incohérences vis-à-vis des États-Unis

Les États-Unis représentent l’ennemi historique de l’unité latino-américaine. Au cours du siècle dernier, ils ont saboté toutes les initiatives visant à créer un bloc régional qui menacerait leur suprématie. Ils exercent ce sabotage par le biais d’entités qu’ils dirigent (Organisation des États d’Amérique - OEA) et favorisent les alliances de droite (comme le Groupe de Lima) afin de saper les organisations autonomes latino-américaines.

L’institutionnalisation de la CELAC, suggérée, mais non concrétisée lors du sommet de Buenos Aires, est rejetée catégoriquement par Washington, qui craint de perdre l’hégémonie historique exercée par l’OEA. Cette dernière a soutenu tous les coups d’État militaires, judiciaires, médiatiques et parlementaires de ces dernières années et est régulièrement appelée à arbitrer des conflits internes. Elle joue un rôle particulièrement actif dans le contrôle des élections, en tant qu’entité de légitimation de la validité des scrutins. Nicolás Maduro (Venezuela) a proposé que la CELAC remplace l’OEA dans ces fonctions et a obtenu quelques appuis, mais pas le soutien effectif des autres dirigeants.

Les États-Unis voient également d’un très mauvais œil l’éventualité d’actions économiques coordonnées en Amérique latine. Ils rejettent non seulement la présence des concurrents européens ou asiatiques dans la région, mais aussi les initiatives de rivaux locaux. Ils ont toujours encouragé la subordination des classes dirigeantes de la région et fait obstacle à toute coordination étatique échappant à leur contrôle. Ils s’opposent en particulier aux propositions portées par le Brésil, le Mexique et l’Argentine.

Depuis l’échec d’un traité panaméricain sous leur supervision directe (ALCA), les États-Unis ont opté pour des accords bilatéraux. Mais le seul accord significatif qu’ils ont réussi à conclure concerne l’hémisphère nord. À partir de là, ils impulsent des projets pour l’ensemble du continent. Le T-MEC avec le Canada et le Mexique est le seul instrument économique efficace pour contrer les tentatives d’intégration latino-américaines.

Leur dernier défi du moment concerne l’extension du T-MEC aux pays désireux de signer de nouveaux accords de libre-échange avec le géant du Nord. Ils encouragent déjà l’ouverture de négociations avec l’Équateur, l’Uruguay, le Paraguay et la République dominicaine. Avec ces initiatives, les États-Unis espèrent favoriser un projet plus global de concurrence régionale avec la Chine (tel l’Alliance des Amériques pour la prospérité économique).

Washington vante l’intérêt de faire du commerce sous sa tutelle, plutôt que de se lancer dans un hasardeux rapprochement régional [23]. Un siècle de dépendance, de sous-développement et de pauvreté démontre pourtant amplement les conséquences néfastes de tout pacte conclu avec le Nord.

La première puissance mondiale n’est en effet pas en mesure de soumettre des propositions intéressantes à moyen terme à ses voisins du Sud. Afin de faire obstacle à l’intégration, elle est déterminée, pour l’instant, à empêcher toute initiative qui affaiblirait la primauté du dollar. Ainsi, dans le contexte actuel de grande crise de la dollarisation équatorienne et de l’aventure salvadorienne du bitcoin comme réserve de valeur, elle veillera à bloquer la dédollarisation des transactions interrégionales. Le département d’État n’a jamais vu d’un bon œil les swaps proposés par la Chine [24]] pour favoriser ses exportations, pas plus qu’il ne se réjouit de l’existence de tels crédits en devise brésilienne. Il ne validera finalement les projets financiers régionaux que s’ils sont libellés en dollars.

Le lobbying américain contre les nouvelles initiatives d’autonomie monétaire bat déjà son plein. De nombreux « experts » trouvent un écho médiatique pour souligner l’incohérence, l’infaisabilité ou l’impossibilité de toute distanciation par rapport au dollar [25]. Ces « experts » occultent le fait qu’une unité de compte pour le commerce interrégional pourrait être mise en place sans grande difficulté et dans un court délai [26]. Les obstacles à sa mise en œuvre sont donc politiques et relèvent de conflits avec le département d’État états-unien.

 Entre divergences et dérobades face à l’Oncle Sam

Les fonctionnaires et les ambassadeurs de Washington ont une grande expérience dans le minage des initiatives d’intégration régionale. Pour arriver à leur fin, ils exigent un plus grand alignement géopolitique avec l’Occident. Lors de la dernière décennie, les gouvernements de droite de la vague conservatrice se sont pliés à ces exigences. La nouvelle vague progressiste n’a pas de position commune. Chacun a adopté sa propre conduite vis-à-vis de l’administration Biden.

Les gouvernements du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua ont maintenu leur attitude critique par rapport à l’agressivité de l’impérialisme américain, tant dans la version brutale de Trump que dans la version hypocrite de Biden. À Buenos Aires, ils ont réaffirmé cette position. Maduro a catégoriquement condamné les tentatives de coups d’État soutenus par Washington et a appelé à unir les efforts contre la complicité impériale dans les soulèvements de droite. Il a probablement préféré lancer cet appel à distance, et non en présentiel, afin d’éviter toute dissension avec le climat de conciliation imposé par Lula et Fernández. Les interventions discrètes du président cubain (Miguel Díaz-Canel) et du président bolivien (Luis Alberto Arce) ont renforcé ce cadre conciliant.

Depuis son entrée en fonction, le président chilien Gabriel Boric s’est positionné à l’opposé, se montrant réceptif aux pressions américaines, tant par sa remise en cause du Venezuela que par son positionnement contre la Russie. Dans les deux cas, il a suivi le scénario proposé par le département d’État, qui masque le harcèlement putschiste subi par le chavisme et rejette l’invasion de l’Ukraine par Poutine sans mentionner les agressions de l’OTAN. À Buenos Aires, il a maintenu cette posture, en adoptant toutefois un ton plus distant de Washington.

Fernández (Argentine) a opté pour un discours plus latino-américain afin de masquer l’ambivalence de ses actions. Il a en effet battu tous les records en matière de contradiction. Dans un premier temps, il a maintenu durant la pandémie une relation étroite avec la Russie qui lui fournissait des vaccins et a condamné l’expansionnisme américain. Mais, dans un second temps, il a voté les sanctions contre Moscou dans les instances internationales. Ce revirement est une conséquence directe de l’accord signé avec le FMI. Afin de ménager les créanciers, il a éloigné l’Argentine de sa position traditionnelle d’abstention sur les questions internationales controversées. Une posture qu’elle avait l’habitude de partager avec le Mexique et le Brésil.

Au Mexique, López Obrador a réaffirmé son autonomie retrouvée. Par son absence au Sommet des Amériques, il a incarné l’opposition aux mesures d’exclusions adoptées par Biden [27]]. Il a ensuite appelé à la création d’une organisation alternative à l’OEA, avec des messages reprenant le legs de Bolivar [28]] et dénonçant les opérations secrètes du Pentagone. Il a également demandé que le journaliste Julian Assange soit acquitté et a salué la « défense indomptable de la souveraineté cubaine ». López Obrador rejoint Lula quant à la nécessité de développer une politique de plus grande souveraineté, mais avec une stratégie économique très différente vis-à-vis des États-Unis. Son absence à Buenos Aires a confirmé que des désaccords avec le leader brésilien existent au-delà de la question du leadership.

Enfin, la position de Lula vis-à-vis de Washington soulève certaines questions. Pendant la campagne électorale, le soutien qu’il a reçu de Biden, par opposition à celui de Trump pour Bolsonaro, a été très commenté. Mais cet appui ne signifie pas qu’il lui rendra la pareille, pas plus qu’il ne présage d’une soumission aux diktats du Nord. Itamaraty [29]] a toujours joué son propre jeu, et Bolsonaro lui-même avait dû se rapprocher de la Chine, sous la pression du lobby Lobby Groupement créé dans le but de pouvoir influencer des décisions prises habituellement par les pouvoirs publics au profit d’intérêts particuliers et généralement privés. La plupart des lobbies sont mis en place à l’initiative des grandes firmes et des secteurs industriels.
(en anglais : lobby)
agro-exportateur local.

Le département d’État craint que le Brésil ne renforce son autonomie. Cette tendance s’est observée au cours de la dernière décennie dans l’évolution des relations que le pays entretient avec le Venezuela, l’Iran et la Palestine, et dans le rapprochement plus marqué avec la Chine et la Russie dans le cadre des BRICS [30]. Par ailleurs, Lula s’est prononcé (comme López Obrador) en faveur d’une solution négociée au conflit ukrainien, avec une vision éloignée de la pression militaire contre Moscou prônée par Washington.

 Crises au Pérou et à Haïti

Lors du sommet, un des sujets majeurs concernait le coup d’État et la résistance populaire au Pérou ; il a révélé des divergences de positions au sein des partis progressistes. Au plus fort des délibérations, 62 manifestants avaient déjà été abattus par balles par des gendarmes. Dina Boluarte [présidente par intérim] n’a pas assisté à la réunion, mais a envoyé son ministre des affaires étrangères pour éviter une condamnation des agissements criminels de son gouvernement.

La question était au cœur des débats en raison de l’ampleur du soulèvement national [31]. Les marches de solidarité avec le Pérou aux portes du sommet ont renforcé la centralité du problème. Mais aucune position collective n’a été prise au terme des nombreux débats. La réunion ne s’est pas soldée par la dénonciation de la brutale répression militaire, contrairement à ce qui s’était fait dans le passé lors de réunions similaires contre notamment les tentatives de coup d’État en Équateur ou les atrocités commises en Colombie.

Ce silence est la conséquence de divergences d’opinions. Maduro (Venezuela), Díaz-Canel (Cuba), Petro (Colombie) et López Obrador (Mexique) se sont vivement opposés à Boluarte et ont demandé la libération immédiate de l’ancien président Castillo. Boric (Chili), traditionnellement plus modéré, s’est également prononcé dans ce sens.

Mais Fernández et Lula ont esquivé le débat en lançant de traditionnels appels à la conciliation. Le président argentin a dénoncé avec force le golpisme dans la région, mais sans mentionner le Pérou. Le ministre brésilien des Affaires étrangères a, quant à lui, renoué les liens avec ce gouvernement sanguinaire.

Le sommet a adopté une attitude similaire à l’égard du président d’Haïti, qui se comporte comme un tyran face à une population révoltée et soumise à la terreur des bandes paramilitaires. Face à cette situation, l’indifférence affichée lors de ce sommet est très frappante, à un moment où la pression diplomatique pour renforcer l’occupation extérieure du pays est très forte.

Le silence de la CELAC face à cette menace est particulièrement embarrassant, surtout après l’élection d’un dirigeant caribéen à la présidence de l’organisation. En effet, le représentant de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, pays membre de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) et allié traditionnel de Cuba et du Venezuela dans une zone fortement surveillée par le Pentagone, devra faire face à la pression des États-Unis, qui traditionnellement affirment leurs positions en envoyant des marines. Ainsi, la CELAC a choisi une personne de la région comme son plus haut représentant, mais ses prises de position semblent ignorer ce qui se passe dans cette région conflictuelle.

 Passivité vis-à-vis de la Chine

La nouvelle position de la Chine dans la région s’est confirmée par l’invitation à participer au sommet de Buenos Aires lancée par Fernández à Xi Jinping. Ce privilège, qui n’a été accordé qu’aux États-Unis, illustre l’importance du géant asiatique : il est devenu un acteur majeur de l’économie latino-américaine. L’explosion des échanges avec la région a généré d’énormes bénéfices pour la nouvelle puissance, mais peu de retombées pour la majeure partie de la région latino-américaine.

Pékin a une stratégie bien définie, qu’elle a codifiée dans la formule « 1+3+6 ». Cette énumération synthétise : un plan, trois forces (commerce, investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
, finance) et six domaines prioritaires (énergie, ressources, infrastructure, manufacture, science et technologie) [32]. Dans toutes ses activités avec l’Amérique du Sud, la Chine privilégie l’importation de biens primaires et l’exportation de produits industrialisés, renforçant ainsi les formes traditionnelles de dépendance. Avec l’Amérique centrale, elle favorise des processus d’intégration industrielle, afin d’entrer sur le marché très rentable des États-Unis.

Entre 2010 et 2015, la Chine a privilégié les relations commerciales. Depuis lors, elle investit également dans les infrastructures. Elle cherche à assurer le faible coût de ses approvisionnements, avec des routes et des ports adaptés à la configuration d’un gros acheteur de produits de base. Dans le Livre blanc publié en 2008, Pékin précise les montants, les produits et les marchés les plus importants dans sa relation avec l’Amérique latine. Lors du premier sommet CELAC-Chine de 2015, relevant le niveau de ses ambitions, la Chine s’est donnée comme objectif 250 milliards de dollars d’investissements pour la décennie. Le géant asiatique espère ainsi garantir une grande partie de sa sécurité énergétique et alimentaire grâce aux ressources obtenues en Amérique latine. Dans cette optique, il a étendu son emprise commerciale aux investissements et aux financements, afin de s’approprier une partie des marchés intérieurs.

Cette stratégie chinoise contraste avec l’absence de plan du côté latino-américain. Ce vide est passé inaperçu durant la première vague progressiste en raison de l’impact limité, à l’époque, de la nouvelle puissance dans la région. Au cours de ces années, tous les efforts étaient concentrés sur la mise au point de stratégies vis-à-vis des États-Unis (ou de l’Europe). L’absence de position latino-américaine vis-à-vis de la Chine est devenue plus évidente lors de la restauration conservatrice. La présence de Pékin s’est alors intensifiée, par le biais d’accords avec les gouvernements néolibéraux de cette période. La Chine ne fait en effet pas de différence entre le profil politique de ses interlocuteurs et développe ses activités avec des clients de tous les partis.

Les partisans de la droite dans la région ont subi de fortes pressions de la part de Washington pour couper ces liens, mais ils ont ignoré les demandes qui auraient affecté les opérations rentables des classes dominantes. Leurs successeurs progressistes maintiennent le même comportement qui irrite les États-Unis, mais qui favorise les grands capitalistes de la région. Le problème majeur de cette continuité réside dans le caractère asymétrique de la relation actuelle, favorable aux intérêts Intérêts Revenus d’une obligation ou d’un crédit. Ils peuvent être fixes ou variables, mais toujours déterminés à l’avance.
(en anglais : interest)
de Pékin. Il n’y a aucun signe de « gagnant-gagnant » dans la consolidation actuelle du lien entre les deux régions.

Le progressisme a renouvelé le dialogue avec l’Empire du Milieu dans le cadre des forums CELAC-Chine. Cet organe réunit périodiquement des partis, des organisations et des groupes de réflexion qui réfléchissent aux potentialités de la relation entre les deux régions. Mais aucun plan latino-américain de négociations conjointes avec le partenaire asiatique n’a jamais émergé de ces rencontres. Il est évident que la Chine bénéficie de la fragmentation du sous-continent en une trentaine de pays. Les accords signés reflètent la distance qui sépare Pékin de ses interlocuteurs.
Pour des gouvernements néolibéraux balkanisés, cette distance n’est pas un problème. Ils privilégient simplement les affaires des groupes dominants de chaque nation. Le progressisme, quant à lui, met l’accent sur l’intégration et suggère de renforcer la capacité de négociation de l’ensemble de la région. Mais il ne passe pas à l’acte. Il se contente de recycler des appels rhétoriques ou des annonces diplomatiques, sans mettre en œuvre un bloc de négociations commun avec la Chine.

La surabondance de discours vantant les avantages d’une plus grande autonomie régionale ne compense pas l’absence d’initiatives concrètes. Ces dernières années, de nombreuses théories ont en effet été avancées quant à la pertinence d’une « insertion économique triangulaire » de l’Amérique latine, profitant de l’équidistance avec les États-Unis et la Chine. D’autres versions soulignent l’utilité des « collaborations sélectives » et des stratégies d’ « appartenances multiples » [33] au niveau international. Mais sans mises en œuvre pratiques, la pertinence de ces conceptualisations reste un mystère.

La connaissance de la Chine s’est également améliorée grâce à des progrès significatifs dans divers domaines. Mais cette compréhension n’a pas changé la passivité de la région vis-à-vis d’un partenaire qui fixe toujours l’ordre du jour, les termes de l’échange Termes de l’échange Pouvoir d’achat de biens et services importés qu’un pays détient grâce à ses exportations. L’indice des termes de l’échange le plus courant mesure le rapport entre les prix des exportations et les prix des importations. Une augmentation de cet indice correspond à une amélioration des termes de l’échange : par exemple, un pays vend plus cher ses exportations pour un prix à l’importation constant. Inversement, une diminution de l’indice correspond à une dégradation des termes de l’échange.
(en anglais : terms of trade)
et la répartition des bénéfices. La nouvelle vague de centre gauche n’a pas encore modifié ce scénario défavorable.

 La pâleur de la CELAC sociale

À Buenos Aires, les rencontres de présidents, de fonctionnaires et d’hommes d’affaires ont été complétées par des rassemblements de mouvements sociaux, d’organisations syndicales et de groupes de gauche. Ces rassemblements ont repris la tradition des « Sommets des peuples » qui, au cours de la dernière décennie, étaient organisés pour coïncider avec les principaux événements progressistes. Les actions contre l’ALCA, les forums sociaux altermondialistes, les confluences de l’UNASUR et les réunions de l’ALBA ont donné corps à ces dynamiques alternatives.
C’est là qu’ont commencé à s’élaborer des propositions radicales d’unité latino-américaine et un sentiment anti-impérialiste lié à une critique anticapitaliste. La résurgence d’événements régionaux a relancé la possibilité de reprendre cette dynamique. La réalisation d’activités sous l’emblème de la CELAC sociale est donc de bon augure.

Mais la rencontre n’a eu qu’un effet très limité par rapport à ce qui a pu se vivre dans le passé. L’assemblée et la manifestation n’ont pas eu l’impact des réunions précédentes. Cette deuxième séquence n’a pas suscité l’enthousiasme généré par les leaders de la première vague progressiste lors des rassemblements massifs dans différentes villes de la région.

À Buenos Aires, l’effervescence vécue à La Havane (2005), à Mar del Plata (2005), à Caracas (2011) ou à Porto Alegre (2016) au cours de la dernière décennie n’a pas refait surface. Les leaders du progressisme actuel rassemblent des foules dans leur pays, mais n’étendent pas leur influence au-delà de leurs frontières. Cela est dû à l’hétérogénéité de leurs projets et à l’affaiblissement d’une référence politique radicale commune.

À ses débuts, la CELAC sociale a également été éclipsée par la crise locale du péronisme. Le président Fernández […] ne s’est pas rendu au sommet alternatif ; sa politique d’ajustement [structurel] est incompatible avec toutes les déclarations de cette rencontre. Il a bien prononcé un discours démagogique au Sheraton en ouverture du sommet officiel, mais n’était pas en mesure de justifier la détérioration salariale devant un rassemblement d’organisations populaires [34]].

La présence de Sergio Massa [35]] à cet événement aurait été davantage inconcevable. Non seulement il est l’exécutant de la stratégie monétariste du FMI, mais également un célèbre porte-parole de la droite vénézuélienne. Sympathisant explicite de Juan Guaidó, il ne cadre pas avec l’atmosphère anti-impérialiste de la CELAC sociale.

Même Cristina Fernández de Kirchner, figure proche de ce type de rassemblement, n’y a pas participé. Dans le chaos provoqué par son renoncement à toute candidature, elle s’est limitée à développer son propre agenda de rencontres avec des dirigeants. La grande dépendance des organisateurs argentins de la CELAC sociale à l’égard de ces tensions dans le péronisme a donc largement brouillé les résultats de l’événement.

 Propositions et perspectives

Le texte d’appel de la CELAC sociale synthétise pourtant plusieurs axes d’une approche unitaire latino-américaine. Il souligne avant tout l’aggravation des inégalités dans la région la plus inégalitaire du monde [36]. Les données les plus récentes corroborent ce constat alarmant. Depuis 2020, la richesse Richesse Mot confus qui peut désigner aussi bien le patrimoine (stock) que le Produit intérieur brut (PIB), la valeur ajoutée ou l’accumulation de marchandises produites (flux).
(en anglais : wealth)
des 91.000 millionnaires de la région a augmenté de 21% (cinq fois plus vite que le PIB), ce qui contraste nettement avec les difficultés rencontrées par 200 millions de pauvres. La région connaît la même situation que le reste du monde, où les 1% les plus riches de la planète ont accaparé les deux tiers de la richesse au cours de cette période.

Pour lutter contre ce fléau, le document souligne la nécessité d’une politique fiscale progressive, mais sans préciser par quels moyens. Une récente initiative d’OXFAM propose de lever immédiatement 50 milliards de dollars en Amérique latine en taxant la minorité de riches [37]. Ces fonds permettraient de commencer à augmenter les salaires minimums et à établir un plancher commun pour les revenus dans toute la région. La réforme fiscale permettrait également de mettre en œuvre les projets de création d’emplois qualifiés, développés par les mouvements sociaux.

Un tel plancher fiscal faciliterait également la mise en œuvre d’autres propositions, telles que l’abolition du travail infantile, la protection des migrants, l’amélioration des pensions et la réduction du temps de travail.

Mais prendre cette voie nécessite un minimum de souveraineté financière, largement minée par l’endettement et le contrôle du FMI sur les politiques économiques de nombreuses nations. Sans un audit Audit Examen des états et des comptes financiers d’une firme, de sorte à évaluer si les chiffres publiés correspondent à la réalité. L’opération est menée par une société privée indépendante appelée firme d’audit qui agrée légalement les comptes déposés. Quatre firmes dominent ce marché : Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PricewaterhouseCoopers.
(en anglais : audit ou auditing)
complet de ces dettes et une suspension des remboursements des pays en difficulté, il n’y a aucun moyen d’inverser la stagnation et l’appauvrissement de la région. Une convergence régionale en ce sens permettrait de reprendre le développement de la Banque du Sud afin de jeter les bases de la nouvelle architecture financière.

La souveraineté énergétique nécessaire à l’Amérique latine ne sera pas atteinte par l’extension des gazoducs si les grandes entreprises étrangères (et leurs partenaires locaux) s’en approprient les bénéfices. Seule la constitution de grandes entités interétatiques permettrait de développer les propositions imaginées au cours de la dernière décennie : profiter de la complémentarité des ressources des différents pays, protéger l’environnement et donner priorité à l’utilisation productive régionale des biens communs.

Si cet agenda de souveraineté sociale, énergétique et financière est promu par la CELAC sociale, il ne l’est pas par son homologue officiel. Les gouvernements progressistes n’ont avancé que sur quelques actions spécifiques, telles que la production et la distribution de vaccins afin de contrer les conséquences dramatiques du monopole des brevets par les laboratoires états-uniens et européens.
Les grandes questions restent absentes, mais elles pourraient devenir pertinentes si le lithium Lithium Métal blanc, alcalin, le plus léger de tous les métaux. était mis à l’agenda. Il s’agit d’une ressource relativement rare et essentielle pour la fabrication de batteries, très demandée par les entreprises de haute technologie. Il suffit de rappeler les liens étroits entre le milliardaire Elon Musk et le coup d’État de droite en Bolivie pour comprendre à quel point le différend sur sa gestion est prégnant. Les États-Unis livrent une lutte frontale à la Chine pour s’emparer des contrats en jeu.

Au Mexique, López Obrador a décidé de déclarer d’utilité publique l’exploration et la transformation du précieux minéral. Cette mesure s’oppose aux concessions que son prédécesseur Peña Nieto avait accordées aux entreprises étrangères.

L’interventionnisme étatique soutenu par le Mexique s’inscrit dans la lignée d’initiatives similaires en Bolivie, mais contraste avec la gestion néolibérale de la ressource par le gouvernement argentin. Fernández a validé l’exploitation du lithium comme un attribut de chaque province, dans le cadre d’un régime privatisé qui encourage les exportations brutes sans transformation locale, ni préservation de l’environnement [38]. Différentes initiatives sont également à l’œuvre au Chili.

La création d’une entreprise publique latino-américaine du lithium pourrait être le point de départ d’un projet transformateur. Elle permettrait de réguler l’offre (« Lithium OPEC ») et de développer des initiatives conjointes d’exploitation locale, de commercialisation et d’industrialisation.

En fin de compte, le progressisme n’adopte pas les mesures dont l’Amérique latine a besoin pour forger son unité, car il prétend éviter les conflits avec les capitalistes étrangers et locaux. La CELAC sociale, elle, se développe sur un autre terrain, celui de la résistance populaire, en proposant un programme de base pour forger l’unité latino-américaine. Elle a déjà constitué un espace d’articulation pour développer cette stratégie, mais cette politique régionale exige des débats sur le chemin entrepris par les nouvelles expériences progressistes dans chaque pays.


Article publié dans sa version originale espagnole le 31 janvier 2023 sur le site de l’auteur (https://katz.lahaine.org). Les phrases ou mots entre crochets constituent des ajouts apportés à la version originale afin d’améliorer la compréhension du texte pour un public francophone.

Pour citer cet article : Claudio Katz, "Les dilemmes du progressisme dans la CELAC", in Gresea Échos n°115, juillet 2023.

Photo : Oscar Walk, UNASUR, CC BY-NC 2.0 Flickr.

Notes

[1. [Référence à la pratique régulière en Amérique latine des coups d’État, qu’ils soient militaires ou judiciaires.

[2. C. Pagni, « De una cumbre anacrónica a un mamarracho judicial », La Nación, 26 janvier 2023. [En ligne].

[3. [Organisation des États Américains : organisation intergouvernementale fondée en 1948 et dont le siège se trouve à Washington. Elle est considérée comme l’outil des États-Unis pour imposer ses volontés dans la région.

[4. [Organisation multilatérale regroupant depuis 2017 les gouvernements d’Etat latino-américain hostiles au régime vénézuélien.

[5. [En septembre 2022, l’ancienne présidente argentine a été la cible d’une tentative d’assassinat ; voir Le Monde, 2 septembre 2022.]

[6. [6e Sommet de la CELAC qui s’est tenu au Mexique en septembre 2021.

[7. [En économie, une unité de compte est une unité standardisée qui permet de mesurer la valeur des échanges et des stocks de biens et services ou d’actifs. En général cette unité de compte est le dollar états-unien.]

[8. J. Gambina, « ¿Moneda común o única para la región ? Asignaturas pendientes de la política », El Cronista, 25 janvier 2023. [En ligne]. Nouvelle Architecture Financière (NAF) ou Nouvelle Architecture Financière Régionale (NAFR), référence à une proposition du début des années 2000 discutée depuis lors dans différents contextes latino-américains. Cette proposition contemple la création d’une banque régionale de développement, d’un fonds de réserve et d’un mécanisme de compensation des paiements qui pourrait mener vers une monnaie commune régionale.

[9. [Le site de Vaca Muerta, dans la province de Neuquén, en Patagonie, abrite la deuxième réserve mondiale de gaz de schiste et la quatrième pour le pétrole de schiste.

[10. A. Villalobos, « La política económica de Lula estará muy condicionada por sus compromisos con el establishment », Tiempo argentino, 31 octobre 2022. [En ligne].

[11. A. Malamud, « El Mercosur no es el problema », Clarín, 25 juillet 2022. [En ligne].

[12. [Banque brésilienne de développement.

[13. J. Marchini, « La propuesta de Sur, una moneda única regional : abriendo el debate » Nodal, 16 mai 2022. [En ligne].

[14. G. Ledger, « Latinoamérica frente al CPTPP y el RCEP : ¿espectadores del multilateralismo ? », Bilaterals, janvier 2022. [En ligne].

[15. M. Acuña Asenjo, « Chile : Obituario para un gobierno que no pudo ser, Nodal, 19 octobre 2022. [En ligne].

[16. [Soumise au vote, la proposition de nouvelle Constitution, a été rejetée par la majorité des votants en septembre 2022.

[17. M. Cabieses, « Nueva Constitución ¡No aflojen, ciudadano ! », Diario UChile, 15 juin 2022. [En ligne].

[18. [Président du Pérou du 28 juillet 2021 au 7 décembre 2022.

[19. L. Ghiotto, « Los tratados de libre comercio aseguran una matriz extractiva », Página12, 10 novembre 2022. [En ligne

[20. [Approuvée en novembre 2022.]

[21. [En août 2023, Gustavo Petro a annoncé sa volonté de renégocier l’accord de libre-échange avec les États-Unis.

[22. G. Szalkowicz, « CELAC : mucho ruido, pocas nueces », Nodal, 26 janvier 2023. [En ligne].

[23. A. Oppenheimer, « ¿Mirará EE.UU. a Latinoamérica ? », La Nación, 17 mai 2023. [En ligne].

[24. [Possibilité donnée à une banque centrale d’un pays d’assurer la liquidité du yuan dans le pays en question.

[25. « “Locura”, “cortina de humo”, “adorno” : la idea de una moneda común entre Brasil y la Argentina fue desechada con ironías en EE.UU. », Head Tocpics Argentina, 24 janvier 2023. [En ligne].

[26. P. Páez, « La soberanía monetaria vuelve a escena », Página12, 8 janvier 2023. [En ligne].

[27. [Le président états-unien n’a en effet pas invité au Sommet des Amériques plusieurs représentants latino-américains, notamment cubains, vénézuéliens et nicaraguayens.

[28. [Simón Bolívar est considéré comme le père de l’unité latino-américaine.

[29. [Palais d’Itamaraty, siège du ministère des Affaires étrangères brésilien à Brasilia.

[30. S. Ellner, « Lo que más teme Washington del Presidente Lula da Silva », Nodal, 18 novembre 2022. [En ligne].

[31. Á. Cabrera Guerra, « La CELAC y la rebelión peruana », Rebelión, 26 janvier 2023. [En ligne].

[32. E. Dussel Peters, « América Latina y el Caribe-China : Más allá de la moda de su análisis socioeconómico », LASA Forum 52(3), juillet 2021, pp. 25-29. [En ligne].

[33. C. Quian et C. Vaca Narvaja, « China en la región : la Iniciativa de la Franja y la Ruta en América Latina », Agencia Paco Urondo, 23 août 2021. [En ligne].

[34. [Référence à la situation économique critique de l’Argentine, en particulier l’inflation et l’austérité budgétaire qui touchent de plein fouet les classes populaires.

[35. [Ministre de l’économie argentin.

[36. « Encuentro Celac Social (2023), 23 y 24 de enero », Observatorio del sur global, 18 janvier 2023. [En ligne].

[37. M. Pedrazzoli, « Desigualdad creciente y tributación regresiva », Página12, 17 janvier 2023. [En ligne].

[38. J. Galmes Aguzzi, « Bajo la bota del FMI. Litio : el extractivismo minero de EE.UU. avanza en Salta, Jujuy y Catamarca, ¿quiénes se benefician ? », La Izquierda Diario, 29 août 2022. [En ligne].