L’affaire ne manque pas d’être instructive. Les travailleurs d’Europe, on le sait, sont régulièrement soumis à un chantage du type : si vous ne faites pas des journées longues pour pas cher, il nous faudra délocaliser en Chine, où ils font cela tout naturellement... En Europe, seulement ? Eh, bien non, comme l’illustre la grève de deux semaines que les travailleurs de Toyota ont menée en janvier 2006 en Inde, avec piquets, grève de la faim aux portes de l’usine et action judiciaire risquant d’empoisonner la "paix sociale" durant les deux années suivantes. Il faut savoir, en effet, que, héritage du "socialisme gandhien", les travailleurs indiens bénéficient d’une protection sociale très poussée, obligeant notamment les entreprises de plus de 100 travailleurs à obtenir des autorités le feu vert avant tout licenciement. A Toyota, c’étaient des délégués syndicaux. Qui sont actuellement confrontés au même chantage qu’ici, les milieux d’affaire indiens agitant l’épouvantail du manque d’attrait que cette protection sociale pourrait avoir sur les investisseurs étrangers. Et de citer la société de consultance américaine McKinsey qui affirme que "si l’Inde révisait sa législation sur le travail, ses exportations pourraient passer de 40 milliards de dollars en 2002 à 300 milliards de dollars en 2015". Et que dit-on, aux travailleurs et aux syndicats indiens ? Ceci : qu’ils ont bien tort de tenir à leur journée de huit heures alors que, en Chine, ils en font sans problème douze... Textuel. Air entendu ? Travailleurs du monde entier, vous avez tout intérêt à vous unir, pour paraphraser le Barbu.

Source : International Herald Tribune du 10/02/2006.
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