Materne ? Un des fleurons de l’économie belge. Ex-fleuron, pour dire vrai : fondée en 1888 au départ d’un verger à Jambes par Édouard Materne, l’entreprise affiche aujourd’hui un chiffre d’affaires de 147 millions d’euros, en progression de 32% sur les cinq dernières années, et emploie quelque 500 travailleurs. Mais elle n’est plus belge. Il y a eu parcours casino. En 1967, elle est vendue à l’Américain W.R. Grace puis, 1969, fusionnée avec Confilux, puis, 1977, revendue à ce dernier grâce à l’injection de fonds? publics (Société nationale d’investissement dont la SRIW, la Société régionale d’investissement de Wallonie, prendra la succession en restant l’actionnaire majoritaire durant les années 1980) et, enfin, 1990, intégrée dans le groupe français Andros qui, entrant dans son capital?, en prendra progressivement le contrôle. On connaît la chanson ? Ses couplets sont d’un grand classicisme. D’abord, la famille fondatrice qui se met plein les poches : l’avenir de l’entreprise, peu lui chaut. Ensuite, le repreneur américain de type spéculatif : à l’époque, il a raflé quelque 70 entreprises et, chez Materne, c’est une politique de désinvestissement qui prévaut, à telle enseigne que, en quelques années, ses parts de marché chutent de 60 à 15%. Là-dessus, sauvetage par l’État (SRIW), donc la collectivité. Ce même État qui, pour mémoire, ne cesse de dire que son rôle n’est pas de diriger des entreprises, que le privé fait cela mille fois mieux. Là, Materne a valeur de démenti cinglant.

Le drolatique dans l’affaire est que, dans les pages qui suivent l’article de presse où ces faits sont relatés, il est fait état du jugement de la cour suprême des Pays-Bas venu confirmer que les dirigeants de la banque Fortis (Vansteenkiste & Cie) avaient, de manière systématique, entre septembre 2007 et septembre 2008, multiplié "les mensonges et les supercheries envers les marchés financiers et les actionnaires" et, dans un articulet voisin, de ce que les dirigeants de Bois Sauvage (Vansteenkiste & Cie), cet autre champion du secteur privé qui-fait-toujours-mieux-que-l’État ont donc bien été reconnus coupables de "délits d’initiés" et – excusez du peu – de "faux en écriture" (dossier clôturé par un arrangement "à l’amiable", comme on sait : entre gens du monde, on arrive en général à s’entendre).

Source : L’Écho, 7 décembre 2013.