Gresea Echos n°30, 3-2001

La responsabilité sociale de l’entreprise


Y a-t-il de l’éthique dans l’économie ?

Vendredi 28 septembre 2001, Gresea, 5791 signes.

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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Y a-t-il de l’éthique dans l’économie ?

Si la responsabilité sociale des entreprises est aujourd’hui à l’ordre du jour, c’est qu’elle constitue un des plats de résistance de la présidence belge de l’Union européenne. Encouragée par la Commission européenne, cette sorte d’officialisation d’une notion émanant d’entreprises repose sur les sommets européens de Lisbonne et de Feira en 2000. Mais elle a été mise sur les fonds baptismaux en Europe par le réseau européen des entreprises pour la cohésion sociale (E.B.N.S.C) alors que de plus en plus d’entreprises se trouvaient au centre de critiques, voire de campagnes de dénonciation quant à leurs pratiques sociales et environnementales. En Europe, on se souvient de Shell épinglée pour ses projets de sabordage d’une plate-forme en Mer du Nord et pour sa complicité avec les autorités nigérianes dans la région Ogoni. On se souvient aussi des fermetures brutales des entreprises Renault à Vilvorde ou encore des filiales de Mark & Spencer et des usines Lu par le groupe Danone dans le Nord de la France. Dans le Sud, les actes simplement délictueux au regard des normes de base en droit international, tant dans le domaine des droits humains, que dans celui de l’environnement et surtout dans le domaine social sont nombreux. Et si l’entreprise européenne peut parfois, tel Ponce Pilate, se laver les mains quant à des pratiques en vigueur dans des ateliers de sous-traitance et qu’elle dit ignorer, la réalité ne peut toutefois être ignorer : les droits sociaux et notamment les droits syndicaux sont bafoués de plus en plus, un peu partout dans le monde, mettant en cause, aux yeux des critiques, des modes de production, des modes de pensée politique et de fonctionnement économique.

Le thème de la responsabilité sociale des entreprises englobe de nombreux critères qui vont de la formation initiale et continue au respect des conventions de base de l’OIT dans les filière s de production en passant par le respect de critères environnementaux.

En réalité, à l’examen des outils mis en place, on réalisera aussi que les véritables destinataires de ces outils sont rarement des groupes du Sud. Faut-il dès lors s’étonner de l’absence de réflexion sur le sujet dans les cercles d’intellectuels du Sud, pour ne pas dire auprès des acteurs sociaux et des entreprises ? Tout au plus, relèvera-t-on que le débat sur les clauses sociales et environnementales suscite, dans le Sud, toujours autant de méfiance. Preuve, s’il en fallait encore une : la levée de boucliers suscitée auprès de certains pays asiatiques par la notification du projet de loi belge sur un label en vue d’une production socialement responsable au comité des normes de l’Organisation mondiale du Commerce à Genève.

On ne pourra cependant pas oublier sur ce dossier la réflexion du Prix Nobel d’Economie indien 1998, Amartya Sen qui a œuvré à l’idée de ramener l’économie à ce qu’elle est : une science qui ne peut être déconnectée de ses finalités humaines.
Au sens plus étroit, l’éthique des affaires telle qu’elle a été développée dans nos pays n’est pas non plus sans rapports avec des finalités précises. L’éthique dont il est question dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises a, dans un tel contexte, plusieurs fonctions, pour reprendre Yves Pesqueux : elle peut être fonctionnelle, c’est-à-dire jouer comme un outil visant à renforcer l’emprise de la firme sur les individus et à exploiter les ressources morales au service des intérêts économiques.

Elle peut aussi avoir une fonction corrective en mettant en place un discours humaniste qui remet en cause les fondements des principales théories économiques ; elle peut enfin avoir une fonction intégrative visant, comme on l’aura compris, à intégrer certains publics.

La plupart des études sur les sujets concordent sur ce point : les entreprises ne peuvent que trouver leur compte dans une démarche de type « socialement responsable ». Ainsi, pour Va n Luijk, les choses sont claires : qu’il s’agisse d’environnement , d’intégration et de cohésion sociales ou encore de promotion de normes sociales fondamentales dans les pays du Sud, l’éthique de l’entreprise, « it is good for business ». La démarche n’est d’ailleurs pas exempte de contradictions et quand l’entreprise entend intégrer les exclus, elle cherche aussi en réalité à attirer les travailleurs les plus compétents.

Sommaire :

  • Y a-t-il de l’éthique dans l’économie ? / Anne Peeters
  • Tour d’horizon de la responsabilité sociale des entreprises / Anne Peeters
  • Essai de typologie des outils / Anne Peeters
  • La responsabilité. sociale de l’entreprise : discours et enjeux. La "nouvelle" culture de l’entreprise / Brahim Lahouel
  • Ethics are good business / Natacha Wilbeaux
  • Le cas d’une coopération ONG / Entreprise : la FIDH et Carrefour
  • Entreprises et ONG ensemble pour le développement durable ? Le Corporate Funding program (CFP) / Denis Horman
  • Amartya K. Sen sur le bien-être, la faim et l’action publique / Koen De Beer
  • Les clauses sociales et environnementales Une diversion politique / Vandana Shiva
  • Glossaire / Claire Beguin et Nadine Braglia
  • Pour en savoir plus / Marc François
  • A lire
  • Agenda

 


 

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