Gresea Echos n°42, 2-2004

Le développement, un privilège des entreprises ?


Bus stop

Vendredi 25 juin 2004, Erik Rydberg, 5074 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Bus stop
Comment naissent les idées, la compréhension des choses ? Rarement en classe, où l’instituteur n’arrête pas de remplir les têtes de bruit. Rarement devant un écran de télévision ou d’ordinateur, où la machine à images imprime à l’esprit la vacuité de ses réflexes préfabriqués.
Elles naissent quand on ne s’y attend pas, quand on lève le regard vers les nuages, quand on relâche l’attention. L’organisation du colloque que le Gresea organise ce vendredi 28 mai au parlement belge en collaboration avec ses amis de l’International Restructuring Education Network Europe (IRENE, Tilburg, Pays-Bas) a été précédée de nombreuses discussions, de multiples notes de travail, d’innombrables annotations sur des livres, des bouts de papier, des documents téléchargés à partir de la galaxie internet.
Mais ce n’est pas ce tumulte qui a donné du sens au colloque. Sa signification a jailli dans un petit restaurant italien. Entre un plat de pâtes et un verre levé à la santé des... Des Soldats Inconnus ? Des chats de gouttière érudits ? Des serveuses amoureuses rêvant au bal musette du Grand Soir ? Je ne sais plus.

Ce qui est certain, par contre, c’est qu’on était là, attablés à une table de fenêtre, Peter Pennartz et moi. Lui pour IRENE, moi pour le Gresea, approximativement. On parlait forcément un peu du colloque, pas trop, il ne faut jamais abuser. Et c’est Peter qui, au détour d’une phrase à jamais perdue dans le silence des vaisseaux fantômes de l’humanité, tout à coup, a eu le mot juste. “Ce que j’aime dans ce colloque, c’est qu’il permettra de marquer un temps d’arrêt, de prendre un peu de hauteur, un peu de recul. On a trop rarement l’occasion de faire cela.” C’est naturellement l’idée. Essayer de discerner les grandes tendances du monde contemporain, essayer ensuite de percevoir quel est notre rôle là-dedans – ou plutôt, cela risque d’être plus désagréable : quel est là-dedans notre fonction ? Est-ce chose mûrement choisie ou ne sont-ce qu’effets d’entraînement, effets de séduction pour les idées qui ont l’heur de paraître “généreuses”, qui répondent au goût “progressiste” du jour ?
Grande tendance : le poids écrasant pris, depuis 25 ans, par les superpuissances commerciales et financières dans la formulation des politiques des nations du monde. Il n’est guère plus de lieux où on ne leur réserve pas une place, avec les honneurs dus aux chefs d’État, aux tables de la décision politique. Il n’est guère plus un domaine de ce qui fait l’humanité des peuples qui ne soit pas évalué à l’aune d’une marchandisation généralisée.

Cela, visionnaire, Marx l’avait vu en 1847 : “Vint un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange, de trafic, et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées, mais jamais échangées ; données, mais jamais vendues ; acquises mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc. – où tout enfin passa dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d’économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, était devenu valeur vénale, est porté au marché pour être apprécié à sa juste valeur.” (Misère de la philosophie).

Alors ? Alors, marquer une pause pour essayer de comprendre. La signification de la déroute, depuis 25 ans, des organisations de travailleurs, qui ne vont plus que de positions de repli en stratégies défensives. La signification des mouvements sociaux, invités à devenir les auxiliaires d’une ‘gouvernance globale désétatisée’ où ils ne pourront, au mieux, que limiter la casse. La signification du droit au développement, qui en est venue à ne plus rien signifier...

La page, pour exprimer la chose de manière positive, est blanche. Il faut repartir sur de nouvelles bases.
Le colloque Gresea-IRENE veut y contribuer.

Sommaire

  • Et maintenant préparons le 50e anniversaire du GRESEA ? (R. De Schutter)
  • Edito : Bus stop (E. Rydberg)
  • 25 ANS DE CAPITALISME. Défaites du tiers-mondisme...(G. LeBel)
  • 25 ANS DE SUJÉTION. Géopolitique de l’impérialisme (S. Amin)
  • 25 ANS DE LUTTES NOUVELLES ? Justiciabilité des transnationales (P. Pennartz)
  • 25 ANS "HORS NORMES". ONU Versus transnationales (D. Horman)
  • 25 ANS DE NÉOLIBÉRALISME. Investissement et droit au développement (E. Rydberg)
  • Pour en savoir plus ... (M. François)
  • A lire.

 


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