Gresea Echos n°56, 4-2008

Le Sud n’existe pas


Samedi 20 décembre 2008, Gresea, 4931 signes.

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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le Sud n’existe pas
Depuis que le Sud existe, c’est-à-dire depuis qu’on l’a inventé, et avec lui toutes les étiquettes normatives qu’on lui accole (l’impératif de "développement", l’exotisme du "bon sauvage" éducable, le business paternaliste de la "coopération", l’idéalisme de "l’interdépendance" radieuse et on en passe), le Sud n’existe pas.
Il existe, par contre, comme alibi. Une foule de porte-parole ont fait métier d’agir et de s’agiter pour la grande cause des pays lointains développables et voilà qui exige naturellement non seulement de placarder quelques photos des lointains "bénéficiaires" mais aussi d’affirmer leur adhésion à l’opération de séduction. Le Sud ? Partenaire. Et il aura bien sûr des interviews et des rapports pour le prouver.

C’est une forme d’internationalisme et là-dessus tout le monde est d’accord à gauche pour en soutenir la nécessité, au minimum depuis la fondation de la première internationale des travailleurs en 1864. Ensemble, construire une société nouvelle. Tous égaux, cela veut aussi dire partout.

Ce à quoi, de plus en plus, le mot "Sud" fait cependant obstacle : notion passe-partout et feuille de vigne pour éviter de préciser à quelle société nouvelle on travaille, ou comment on cherchera à préserver l’ancienne, le statu quo. Ce sont ces choix-là, pourtant, qui vont déterminer quels seront les "partenaires du Sud" avec lesquels on va travailler. Le "Sud", pas plus que le "Nord", n’est un.

Le recul historique permet de rendre cela tout à fait clair. Lors de la guerre en 1936 entre les putschistes militaires et le gouvernement légal assisté par des brigades internationales en Espagne, aucune force progressiste ne voyait en Franco un "partenaire" du Sud (européen). Exemple facile.

Mais éclairant. Car ce qui était clair auparavant l’est beaucoup moins aujourd’hui. Quel camp appuyer au Sud ? La question sera, le plus souvent, perçue comme incongrue, voire inconvenante. Le résultat est devant les yeux : le Sud n’existe pas. Tout ce qui dérange cette abstraction consensuelle : hors champ, n’existe pas.

On n’en veut pour preuve que le silence assourdissant fait par les médias occidentaux autour des informations produites et diffusées depuis 2005 par l’agence de presse des Non Alignés, la NNN (pour NAM News Network - http://www.namnewsnetwork.org/). Cela ne cadre pas le Sud tel qu’il est convenu de l’entendre en Occident.

Le recueil d’articles présentés ici a en commun de ne pas "cadrer". Que ce soit Achille Mbembe dans son analyse du racisme suintant des pores de l’Homme Blanc, que ce soit Tayeb Chenntouf au sujet de l’hégémonie états-unienne sur la "mondialisation" (autre étiquette creuse), que ce soit Ernest Dia Wamba sur l’engagement de l’intellectuel organique d’un peuple opprimé, que ce soit Leonardo Boff sur la mue de l’Etat-nation en Etat-marchand (intégré dans l’économie mondiale, cela va de soi), que ce soit Kishore Mahbubani pour rappeler que l’incident diplomatique entre sphères d’influence russe et américano-européenne survenu en Géorgie en août 2008 a été perçue différemment selon qu’on se trouvait dans la "communauté internationale" occidentale (10% de la population mondiale) ou dans le Grand Ailleurs (le Sud qui n’existe pas), que ce soit enfin Samir Amin ou Dom Pedro Casaldiga : venant de bords opposés, l’un et l’autre convaincus qu’il importe aujourd’hui, pour mettre sur bons rails un système économique et social devenu mortifère et sénile, d’arrêter "la roue en bloquant ses rayons" – tous, ils possèdent cet inestimable souci de rigueur dans le choix de leur camp et, donc, de ne pas "cadrer".

L’association internationaliste des travailleurs de 1864, déjà, invitait chacune et chacun à accorder une attention particulière aux "mystères de la politique internationale" et à "la conduite diplomatique de leurs gouvernements respectifs". Ce Sud-là, ce Nord-là, existent…

Sommaire

  • Edito:Le Sud n’existe pas/Erik Rydberg
  • L’Afrique de Nicolas Sarkozy/Achille Mbembe
  • Pour reconstruire l’Etat africain/Tayeb Chenntouf
  • Profil d’un guérillero intellectuel/Ernest Wamba dia Wamba
  • Les mensonges du marché/Leonardo Boff
  • Pour sortir de l’eurocentrisme en sciences sociales/Syed Farid Alatas
  • L’Occident commet une erreur stratégique en Géorgie/Kishore Mahbubani
  • Débâcle financière, crise systémique ?/Samir Amin
  • Signe des temps/Dom Pedro Casaldaliga

 


 

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