Or artisanal au Nigéria : 400 enfants succombent à la contamination


Newsflash n°72

Mercredi 3 novembre 2010, Raf Custers, 3044 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Découverte en juin 2010, une contamination massive de plomb dans le Nord du Nigeria n’attire guère l’attention des médias occidentaux. MSF était parmi les premiers à sonner l’alarme en juin. Depuis le mois de mars au moins 400 enfants sont décédés dans le Zamfara, une zone riche en exploitations artisanales d’or. Ces enfants, beaucoup plus vulnérables que les adultes, ont été exposés à la poussière qui provient du concassage manuel de rochers tirés d’anciennes mines. Il s’est avéré que la poussière était saturée de plomb. Début juillet, l’Organisation Mondiale de Santé indiquait que, dans cette région les concentrations de plomb dans le sol atteignaient les 10.000 ppm (parts par million – alors que, dans les zones urbaines en France ou aux Etats-Unis, la norme est de 400 ppm) et que les concentrations de plomb dans le sang dépassaient de douze fois la limite acceptable pour des enfants. Des structures internationales aident désormais le Nigeria à endiguer la contamination par le plomb. Mais la population locale semble s’y opposer. Elle craint de perdre son gagne-pain. Jusqu’il y a peu les creuseurs cultivaient le millet, qu’ils vendaient à 28 euros le sac de 50 kilos. "Maintenant", écrit IRIN, une agence d’information des Nations unies, "il leur faut deux heures pour produire un gramme d’or, qu’ils vendront 23 euros". Selon un expert d’OCHA (le bureau humanitaire des Nations unies), "l’augmentation brutale du nombre de morts et de maladies liées au plomb" s’explique par le fait que les revenus importants de l’exploitation d’or ont été réinvestis (dans des broyeurs industriels, de la dynamite et de grandes quantités de mercure pour extraire le minerai d’or) "ce qui a amené les activités à atteindre des niveaux quasi industriels".

Dans un rapport commun du 4 octobre 2010, l’OCHA et le Programme des Nations unies pour l’Environnement ont suggéré de ne pas interdire l’exploitation artisanale d’or dans le Zamfara. On devrait plutôt professionnaliser les creuseurs et les regrouper dans des coopératives qui peuvent stocker et transformer les minerais loin des villages. Mais il est bien probable que les opérations d’assainissements prennent un autre tournant. Le Nigeria, connu pour son pétrole, devient davantage une destination pour les investissements de sociétés minières. "L’or fait rêver les mineurs", écrit la Nigerian Investment Promotion Commission (NIPC) dans un prospectus pour investisseurs, "parce que les coûts de production sont tellement bas et les prix tellement élevés". Sous la pression d’investissements spéculatifs le prix de l’or ne cesse de monter. Cette évolution pousse à son tour des entreprises minières à investir dans la recherche de nouvelles mines d’or. Les explorations d’or dominent même de loin les explorations des non ferreux : en 2009 elles représentaient 48% du montant total de ces explorations (qui était de 5,2 milliards d’euros). Après leurs enfants, les creuseurs nigériens perdront-ils aussi leur boulot ?