Le nouveau patron de l’ONU est totalement multilatéral


Newsflash n°20

Mercredi 29 novembre 2006, GRESEA ASBL, 2326 signes.
Cet article a été visité 111 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

L’idée de voir le Sud-Coréen Ban Ki-Moon à la tête des Nations Unies n’a pas suscité un raz-de-marée d’enthousiasme. Il sera sans doute plus secrétaire que général, titrait avec ironie The Guardian Weekly (13 octobre 2006), en indiquant que l’atmosphère chez le personnel est "lugubre". Un bureaucrate, un automate, gris et effacé, dont le "profil bas" et "l’absence de charisme" (Financial Times, 10 octobre 2006) ne feront pas le poids, comme le prédit l’Economist (7 octobre 2006) : on aura pendant quatre ans un "yes-man qui n’osera pas faire front aux grandes puissances". La chose ne doit pas vraiment étonner, naturellement, puisqu’il leur doit son poste : sa candidature a été lourdement appuyée par les Etats-Unis mais aussi, c’est à souligner, par la Russie et par la Chine. Intéressante, cette alliance contre nature. Car au-delà de l’anecdotique M. Ki-Moon (l’écume, cette fois un peu terne, de la géopolitique), elle signe un retour au multilatéralisme. Pas celui un peu idyllique des Nations Unies, certes, mais celui des grandes nations. Cela signifie, comme à l’époque des grands blocs Est-Ouest, une bouffée d’oxygène pour les pays opprimés du tiers-monde, des nouvelles possibilités de marge de manœuvre, chose dont témoignait déjà, en septembre 2006, la tonalité franchement anti-impérialiste du Sommet des Non Alignés à La Havane. Comme l’analysait voici peu Roger Cohen dans l’International Herald Tribune (22 novembre 2006), on assiste aujourd’hui à l’émergence d’un "nouveau monde bipolaire" (au minimum : il oublie la Russie), où on voit s’opposer Washington et Beijing, capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
"démocratique" et capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
d’Etat, démocratie de marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
et démocratie planifiée – avec tous les effets dérivés qu’ouvre cette possibilité d’alternative à la pensée unique de l’économie libérale. On le voit déjà en Afrique où, relève le Financial Times (29 novembre 2006), Banque mondiale Banque mondiale Institution intergouvernementale créée à la conférence de Bretton Woods (1944) pour aider à la reconstruction des pays dévastés par la deuxième guerre mondiale. Forte du capital souscrit par ses membres, la Banque mondiale a désormais pour objectif de financer des projets de développement au sein des pays moins avancés en jouant le rôle d’intermédiaire entre ceux-ci et les pays détenteurs de capitaux. Elle se compose de trois institutions : la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l’Association internationale pour le développement (AID) et la Société financière internationale (SFI). La Banque mondiale n’agit que lorsque le FMI est parvenu à imposer ses orientations politiques et économiques aux pays demandeurs.
(En anglais : World Bank)
(Washington) et Banque d’investissement Banque d’investissement Organisme de gestion de dépôts et de fortune qui, contrairement aux banques commerciales, peut placer ces fonds sur les marchés financiers (Bourse...) et investir dans des sociétés privées autres que bancaires. En revanche, les banques d’investissements n’ont pas le droit de récolter massivement les dépôts et d’avoir des agences à toutes les rues des cités.
(en anglais : investment bank)
européenne (Bruxelles) se disent ouvertement menacées par la politique d’aide financière chinoise : elle met en effet en péril tout leur système néocolonialiste de conditionnalités (dites sociales, environnementales ou encore "démocratiques")... M. Ki-Moon ? Le symbole d’un monde en passe de redevenir totalement multilatéral.