A Davos, cela coince un peu. Intéressant...


Newsflash n°23

Mercredi 31 janvier 2007, GRESEA ASBL, 2359 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La grande messe annuelle de l’élite du Big Business global à Davos (station de ski à deux heures d’hélicoptère de Genève) s’est fait un nom dans notre paysage mental. La presse en parle. Quelque 2.400 PDG, cette fois, avec la cohorte habituelle de courtisans et obligés, Lipsky (FMI FMI Fonds Monétaire International : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
), Wolfowitz (Banque mondiale Banque mondiale Institution intergouvernementale créée à la conférence de Bretton Woods (1944) pour aider à la reconstruction des pays dévastés par la deuxième guerre mondiale. Forte du capital souscrit par ses membres, la Banque mondiale a désormais pour objectif de financer des projets de développement au sein des pays moins avancés en jouant le rôle d’intermédiaire entre ceux-ci et les pays détenteurs de capitaux. Elle se compose de trois institutions : la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l’Association internationale pour le développement (AID) et la Société financière internationale (SFI). La Banque mondiale n’agit que lorsque le FMI est parvenu à imposer ses orientations politiques et économiques aux pays demandeurs.
(En anglais : World Bank)
), Lamy (OMC OMC Organisation mondiale du Commerce : Institution créée le 1er janvier 1995 pour favoriser le libre-échange et y ériger les règles fondamentales, en se substituant au GATT. Par rapport au GATT, elle élargit les accords de liberté à des domaines non traités à ce niveau jusqu’alors comme l’agriculture, les services, la propriété intellectuelle, les investissements liés au commerce… En outre, elle établit un tribunal, l’organe des règlements des différends, permettant à un pays qui se sent lésé par les pratiques commerciales d’un autre de déposer plainte contre celui-ci, puis de prendre des sanctions de représailles si son cas est reconnu valable. Il y a actuellement 157 membres (en comptant l’Union européenne) et 26 États observateurs susceptibles d’entrer dans l’association dans les prochaines années.
(En anglais : World Trade Organization, WTO)
) et même Leipold (Greenpeace). Beaucoup de tam-tam et de phrases creuses, certes, mais sans doute n’y accorde-t-on pas assez d’attention, du côté de l’anti-establishment (spécialité : le contre-tam-tam). Outre un déblocage de Doha et de Kyoto auquel peu croient, les cartons du Davos 2007 invitent ainsi à "Façonner l’agenda mondial", ce qui est à la fois grandiose et risible : tout sauf un signal fort. Cela peut s’expliquer en partie par un spleen apparu lors de l’édition précédente, lorsque des forts en thème [Financial Times, 31 janvier 2006] soulignèrent que "le rêve du village global est enterré" et que les multinationales "traditionnelles" n’arrivent plus à s’adapter aux coups de barre du bateau ivre de la mondialisation. Avoir pour ambition de façonner cela, voilà qui prête à sourire. Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos, l’a mis en exergue : le pouvoir de la jet set des affaires est "émietté" et les leviers de commande de la planète "existent de moins en moins"[Les Echos, 24 janvier 2007]. Ajouter à ces maux de tête la remise en question, croissante et radicale, y compris à Wall Street, des vertus du libre-échange, perçu comme destructeur d’emplois et partout source de croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
... des inégalités. C’était le message, à Davos, du professeur d’économie à Berkely, Laura Tyson : "la montée des inégalités causée par la mondialisation fait qu’on assiste à un retour de manivelle contre le commerce, voire, chez les politiciens, à une volonté d’accepter une plus faible croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
en échange d’une protection des emplois" [Financial Times, 25 janvier 2007]. Le message sera – significatif – plutôt bien reçu. Sauf chez un représentant indien du ministère au Plan : "Vous répétez depuis vingt ans que nous ne devons pas craindre la mondialisation et les inégalités qui en découlent, et maintenant vous mettez en péril le commerce à cause de ces mêmes inégalités." De deux choses, l’une. Ou bien, il n’a rien compris. Ou bien, il a tout compris.