Brouillage sur la décroissance (des salaires)


Newsflash n°38

Lundi 21 janvier 2008, Erik Rydberg, 2366 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le projet du président français Nicolas Sarkozy de confier à Amartya Sen et Joseph Stiglitz la direction d’un groupe d’experts chargés de déterminer des "nouveaux indicateurs de développement" de la France a été accueilli avec un scepticisme mérité dans les colonnes de L’Humanité [18 janvier 2008], qui qualifie l’initiative de "stratégie de brouillage", aggravée par le choix des deux personnalités que le quotidien communiste décrit comme "classés à gauche". Cela fera sourciller plus d’un : Stiglitz est un gentil néo-keynésien, Sen un aimable penseur consensuel et ils se sont tous deux prêtés, comme avant Hayek et Friedman, à la supercherie du "Nobel en économie" montée par l’élite bancaire suédoise. Mais, donc, brouillage. Lorsque la croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
patine, que les salaires et le pouvoir d’achat s’érodent pour rendre les fins de mois de plus en plus difficiles, rien de tel, en effet, que procéder à une "révision" des critères censés mesurer le progrès social : mort au produit intérieur brut Produit intérieur brut Ou PIB : Richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
(PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
) ! vive "l’économie du bonheur" ! car, là, voyez-vous, on pourra professer aux classes sociales appauvries (théologie de la décroissance aidant) que l’argent n’est pas tout, qu’il y a aussi le bien-être et le bonheur de vivre, qu’on va désormais s’appliquer à mesurer. L’idée suscitera un égal scepticisme ironique chez John Thornhill dans le Financial Times [19 janvier 2008, article guilleret titré "Gross domestic joie de vivre"] : "Si les statistiques disent des choses que vous ne voulez pas entendre, que faites-vous ? Vous changez les statistiques." C’est, poursuit-il, "manifestement l’intention de Nicolas Sarkozy" en cherchant à "manipuler les chiffres pour y inclure des améliorations qualitatives", procédé vieux comme le monde puisque, déjà en 1972, rappelle-t-il, le roi du Bhoutan proposait de mesurer, plutôt que des valeurs marchandes tangibles et comparables, un BNP, pour Bonheur National Brut, qui inclurait entre autres la croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
du capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
spirituel des habitants. Marrant. Plus sérieusement, comme suggère avec à propos Thornhill, le PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
est effectivement un piètre instrument pour mesurer le bien-être dans un pays... à condition que sa population jouisse déjà d’une sécurité matérielle suffisante. Est-ce le cas ? C’est naturellement là-dessus que le brouillage va s’exercer.