Le Sud au bord d’une famine... importée


Newsflash n°39

Vendredi 15 février 2008, Bruno Bauraind, 2567 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Historiquement, assurer sa sécurité alimentaire est la principale préoccupation des peuples. Le 21e siècle ne déroge pas à la règle. Pour un nombre croissant de populations, l’accès à la nourriture est devenu la priorité majeure. En cause, la hausse record des prix céréaliers et le véritable fardeau financier qu’elle fait peser sur les pays en développement qui importent la majeure partie des produits alimentaires de base. Selon la FAO, la facture d’importation de céréales devrait augmenter de 35% pour les pays à faibles revenus et en déficit alimentaire et ce, pour la deuxième année consécutive. Toujours selon les prévisions de la FAO, la facture africaine devrait passer de 10,2 millions de dollars (2007) à plus de 15 millions de dollars en 2008. Dans ce contexte, certains Etats doivent ressortir des cartons les politiques de contrôle des prix ou de subventions. En Egypte, le gouvernement a décidé d’allonger la liste des personnes ayant droit aux aliments subsidiés en ajoutant à la liste quelque 10,5 millions d’Egyptiens. Au Pakistan, les tickets alimentaires ont fait leur apparition pour la première fois depuis 1980. La mesure concernera quelque 7 millions de ménages dans un pays déjà politiquement très instable [Financial Times du 14 février 2008].
Les raisons de ce désastre alimentaire sont connues : baisse des stocks mondiaux due à une demande en hausse des pays émergents, mauvaises récoltes dans certaines régions du globe et concurrence des agrocarburants pour la terre. Cela ne doit pas masquer la responsabilité du processus de dérégulation Dérégulation Action gouvernementale consistant à supprimer des législations réglementaires, permettant aux pouvoirs publics d’exercer un contrôle, une surveillance des activités d’un secteur, d’un segment, voire de toute une économie.
(en anglais : deregulation).
de l’agriculture mondiale sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce Organisation mondiale du Commerce Ou OMC : Institution créée le 1er janvier 1995 pour favoriser le libre-échange et y ériger les règles fondamentales, en se substituant au GATT. Par rapport au GATT, elle élargit les accords de liberté à des domaines non traités à ce niveau jusqu’alors comme l’agriculture, les services, la propriété intellectuelle, les investissements liés au commerce… En outre, elle établit un tribunal, l’organe des règlements des différends, permettant à un pays qui se sent lésé par les pratiques commerciales d’un autre de déposer plainte contre celui-ci, puis de prendre des sanctions de représailles si son cas est reconnu valable. Il y a actuellement 157 membres (en comptant l’Union européenne) et 26 États observateurs susceptibles d’entrer dans l’association dans les prochaines années.
(En anglais : World Trade Organization, WTO)
. Pendant plusieurs décennies, les politiques de subvention des pays occidentaux ont eu pour résultat une baisse des prix agricoles. Dans le même temps, l’ouverture des marchés des pays en développement a eu pour conséquence directe l’appauvrissement des paysans du Sud qui sont venus peupler en masse les bidonvilles. Dans ce contexte, une majorité de pays en développement ne sont plus en mesure d’assurer leur souveraineté alimentaire. Dépendants des cours mondiaux, ces Etats voient aujourd’hui leur budget grevé par la hausse des prix. A l’inverse, les quelques multinationales qui contrôlent le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
agricole mondial voient, elles, leurs revenus atteindre des sommets. Les chiffres d’affaires des deux plus grands céréaliers mondiaux, Cargill et Archer Midland Daniels ? C’est 88 et 44 milliards de dollars respectivement.