L’Europe externalise le business as usual climatique


Newsflash n°50

Jeudi 8 janvier 2009, Bruno Bauraind, 2408 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Dans sa livraison du 19 décembre 2008, le quotidien l’Humanité se fait l’écho d’un récent rapport du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) qui recense une foule de projets de développement des agrocarburants dans des pays du Sud par des entreprises du Nord. Bénin, RDC, Madagascar, Colombie, Indonésie ou encore Tanzanie, la malédiction des agrocarburants s’en prend aux paysans pauvres du Tiers-monde : les terres, détenues le plus souvent par de grands propriétaires locaux, sont vendues aux compagnies étrangères qui y installent des monocultures destinées à l’exportation. Avec comme résultat, la souveraineté alimentaire de populations entières menacées. [Morceaux choisis sur le site du CCFD, http://www.ccfd.asso.fr/ewb_pages/d/doc_1660.php]. En ligne de mire du rapport, la chaîne d’approvisionnement des agrocarburants, mais aussi l’Union européenne Union Européenne Ou UE : Organisation politique régionale issue du traité de Maastricht (Pays-Bas) en février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993. Elle repose sur trois piliers : les fondements socio-économiques instituant les Communautés européennes et existant depuis 1957 ; les nouveaux dispositifs relatifs à la politique étrangère et de sécurité commune ; la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. L’Union compte actuellement 27 membres : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas (1957), Danemark, Irlande, Royaume-Uni (1973), Grèce (1981), Espagne, Portugal (1986), Autriche, Finlande, Suède (1995), Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie (2004), Bulgarie, Roumanie (2007).
(En anglais : European Union)
qui, politiquement, vient de faire un joli cadeau de Noël à ses producteurs. Le 17 décembre 2008, le cadeau est au pied du sapin. Le Parlement européen, après le Conseil, a adopté le paquet "énergie climat". Après Kyoto, il s’agirait du plus grand pas en avant politique en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique – à ceci près qu’il maintient l’objectif d’intégrer 10% d’énergie "verte" dans les transports en 2020. Or, dans le panel des carburants jugés respectueux de l’environnement, ni l’hydrogène, ni l’électricité verte ne constituent actuellement des alternatives susceptibles de faire concurrence aux carburants fossiles. Comment résoudre cela ? En faisant produire des agrocarburants au Sud, pardi ! Ce qui revient à préserver le privilège des automobilistes européens en leur évitant de remettre en question tant les modes de déplacement motorisé que, surtout, le système d’exploitation du Tiers-monde qui les rend possibles. Ce sont en effet majoritairement les pays pauvres qui produisent à bas prix nos carburants, qu’ils soient noirs ou "verts". Et, là, une nouvelle ruée vers la matière première Matière première Matière extraite de la nature ou produite par elle-même, utilisée dans la production de produits finis ou comme source d’énergie. Il s’agit des produits agricoles, des minerais ou des combustibles.
(en anglais : raw material)
du Sud est en marche… Au Bénin, par exemple. La société Green Waves, groupe à capitaux italiens, a eu l’accord du gouvernement pour exploiter 250.000 hectares de tournesol destinés à l’exportation alors que, de son côté, la dépendance du pays au Programme alimentaire mondial (PAM) ne cesse de croître.