Gandhi est un stylo en or...


Newsflash n°58

Jeudi 1er octobre 2009, Erik Rydberg, 1975 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La dernière mode, parmi les "experts" de la parole publique, est de mettre en avant les "opportunités" offertes par la crise (il y en a pour tout le monde et pour tous les goûts) et puis, pour ne pas faillir à leur mission, d’en expliquer les causes, qui seront de préférence d’ordre psychologique : la cupidité, l’irrationalité, l’instinct animal, bref rien qui touche à la nature du système économique. Restons donc, pour ne pas troubler l’atmosphère, sur le terrain psychologique et posons la question – clinique – de ce qui peut bien se passer dans la tête des dirigeants du fabricant de porte-plume suisse Montblanc lorsqu’ils ont choisi, pour mieux pénétrer le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
indien, d’y mettre en vente un stylo de luxe dédié à la mémoire de Mahatma Gandhi, tout en or, pour le prix modique et promotionnel de 15.800 euros ? Montblanc, pour mémoire, appartient au troisième groupe mondial de luxe Richemont, derrière LVMH et PPR, 5,3 milliards d’euros en chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
en 2008 alignant une gamme qui va de Dunhill à Van Cleef en passant par Vacheron, Cartier, Ralph Lauren et Piaget. Des gens bien, qu’on va supposer raisonnables, cultivés et sains d’esprit. On se meut dans des salons et on sait se comporter en public, avec tact, diplomatie et finesse. Il n’est pas dit que, en Inde, on soit de cet avis. Suhel Seth, par exemple, un consultant en grandes marques, parle d’une opération de marketing illogique : "Montblanc est un produit élitiste. Gandhi représentait tout ce qui est non élitiste. Voici un stylo qui utilise le langage d’un homme voyageant en troisième classe pour promouvoir un produit de Premier-monde destiné à des bureaux luxueux. A jouer ainsi avec un symbole de crédibilité, de respect et d’honneur, vous risquez un retour de manivelle dont toute marque se passerait bien." [Financial Times, 1er octobre 2009]. Illogique ? Mais non, mon cher Watson, on a affaire à une question de désordre psy-cho-lo-gi-que !