La responsabilité théologique du patron


Newsflash n°64

Vendredi 9 avril 2010, Erik Rydberg, 1852 signes.
Cet article a été visité 141 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

"Je ne comprends pas ce qu’on entend par la responsabilité du dirigeant d’entreprise." La phrase est de Paul Nizan, il a écrit cela en 1932 mais pas exactement. En réalité, dans la phrase citée, il ne parlait pas de la responsabilité du dirigeant d’entreprise mais bien "du philosophe", au sens générique du terme. C’était à une époque où les philosophes l’énervaient beaucoup et pour d’excellentes raisons : ils sont en général du côté des oppresseurs, pour reprendre ses termes. A un moment où la pensée dominante aimerait tant que les dirigeants d’entreprises soient responsables, de même que les boursicoteurs, les chômeurs, les élus politiques voire les petits délinquants, le raisonnement de Nizan mérite qu’on s’y attarde. Pourquoi dit-il que la responsabilité du philosophe (ou du dirigeant d’entreprise) est une moquerie ? Parce qu’il estime qu’ils ne sont rien d’autre que des "événements" – et qu’il n’a pas "l’habitude de demander des comptes théologiques aux événements". Si le philosophe – le dirigeant d’entreprise – peut représenter un "danger", dit Nizan, il ne peut en aucune façon être perçu comme un "pêcheur". Il est, à l’instar d’une montagne ou d’une table, une chose dont il veut "comprendre la portée" parce qu’elle constitue pour lui un obstacle. Entendre : les questions de Bien ou de Mal n’y ont que faire. A propos de Bergson, ainsi, il dit – mais cela s’applique tout aussi bien au PDG de Carrefour – "qu’il se heurte à l’existence de M. Bergson. Comme elle est. Comme à une table. M. Bergson m’empêche d’aller où je veux. Je demande qu’on le juge comme une table et non comme on juge Satan." Là, il y va un peu fort mais c’est son style à lui, furieux. Il y a là matière à repenser les manières de qualifier le dirigeant d’entreprise (au sens générique du terme).