Gresea Echos 79, 3-2014

La Première Guerre coloniale mondiale


Mercredi 1er octobre 2014, Henri Houben, 5014 signes.

Numéro consultable en ligne : http://issuu.com/gresea/docs/ge79complet

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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Tutti cadaveri

La Grande Guerre, Massacre, Boucherie, on hésite sur le synonyme et, son centenaire invitant à lui donner un sens agréable à l’idéologie du moment, sur l’écœurement que provoquent dans son sillage des initiatives telle la proposition en France de réhabiliter ses quelques 600 "fusillés pour l’exemple". Le projet est dérisoire et scandaleux au regard de l’amnistie dont bénéficie l’élite militaire et politique – qu’il eût bien plutôt fallu définitivement et publiquement déshonorer – qui a envoyé à la mort des hommes par millions (60.000 jeunes Britanniques fauchés au 1er jour de la bataille de la Somme), ce confortablement assise à l’abris et au chaud. L’ont illustré des films tels que J’accuse d’Abel Gance (1919), La grande illusion de Jean Renoir (1937), Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrik (1958), Johnny s’en va-t-en guerre de Donald Trumbo (1971) ou Pour l’exemple de David Losey (1964) qui n’ont eu de cesse de le remettre devant nos yeux – à voir et revoir ! Mais ce sont là des gens de culture, moins idéologisés, moins perméables au "mieux-disant" ambiant.

Le centenaire tient du spectacle et, sur scène, éclaire plus l’orchestration en œuvre aujourd’hui que ce qu’elle prétend représenter, voici cent ans. Air connu. Chaque époque réécrit son passé. En gommant tout ce qui lui déplait, chronique d’une censure à peine déguisée. Elle tait ainsi les ressorts des politiques de la canonnière dont la Grande Guerre ne fut qu’un épisode, parmi les plus sanglants en Europe, précédés de conquêtes territoriales à peine moins meurtrières dans les pays dits du Sud, et suivie de peu par la Seconde Guerre mondiale, voire par-là prolongée, tant la période 1914-1945 est désormais perçue par les historiens comme formant un tout.

Le Sud reléguée au rang du non-événement dans le centenaire (tout comme la poursuite jusqu’en 1921, par les "Alliés", du canonnage de la Russie soviétique naissante), que ce Gresea échos remet à l’avant-scène, peut être illustré par l’ambassade rendue en 1793 par l’envoyé du roi George à l’empereur de Chine, lui offrant moult cadeaux pour obtenir le droit de commercer : pas intéressé par vos produits de manufacture, lui répondra le souverain chinois [The Economist, 23 août 2014]. Erreur d’appréciation qui lui coûtera cher. Opium et canon auront raison, deux siècles durant, de cette grande civilisation.

Les tabous du centenaire sont légion. Ce sont les panégyriques qui ont accompagné la parution en 2013 des Somnambules de l’historien Christopher Clarke qui exonère l’Allemagne de sa responsabilité pour charger plutôt les Serbes et qui, prouesse, arrive à ne pas mentionner une seule fois dans ses près de 700 pages le nom de Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 2014 au moment où, à la suite d’une intervention la veille au Quai d’Orsay demeurée secrète jusqu’en 1957 (!) [Jacques Vergès, Malheur aux pauvres, 2006, p. 170], il s’apprêtait à lancer un appel public contre la guerre susceptible de faire vaciller le cours de l’histoire. Sa mort est arrivée à point nommé. C’est encore, sur le mode risible mais révélateur, la pression récente exercée par l’ambassade allemande sur le gouvernement britannique afin qu’il évite d’adopter un "ton déclamatoire" lors des commémorations et en profite pour mettre en avant les "avancées de l’Union européenne plutôt que de blâmer les responsables du déclenchement du conflit" [The Spectator, 2 août 2014]. No comment. Si ce n’est que, exemple brûlant de l’Ukraine à l’appui, l’UE n’en sort guère grandie, sa politique "d’élargissement" (novlangue pour conquête) vers l’Est, en légitimant le putsch à Kiev et en forçant son "partenariat" (Otan dans le sac à dos) à l’Ukraine, la désigne comme première responsable des déchirements meurtriers que connaît aujourd’hui le pays.

Pour qui veut approfondir, on renverra à Seumas Milne (First World War, a imperial bloodbath – un bain de sang impérial) et John Pilger (How The West Murdered Truth – Comment l’Occident a assassiné la vérité). Ils sont sur la toile.


 

Sommaire

Gresea Echos N°79, 3e trimestre 2014 : La Première Guerre coloniale mondiale. Étude de Henri Houben.

Numéro réalisé par Henri Houben

  • Edito/Tutti cadaveri. Erik Rydberg
  • Pourquoi cette guerre ?
  • Il était une fois...
  • Le nouvel élan : l’impérialisme
  • Des colonies à la guerre
  • Des Balkans volcaniques
  • Si Versailles m’était conté
  • Plus jamais cela

 


 

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Numéro consultable en ligne : http://issuu.com/gresea/docs/ge79complet