Pour des raisons historiques, l’Europe dispose du système de sécurité sociale, quoiqu’imparfait, le plus avancé dans le monde. Mais, sous l’influence des organisations patronales, il est en train d’être détricoté et, pour ce faire, on utilise les instances communautaires. En fait, les dirigeants d’entreprise voudraient que le chômage redevienne cet instrument de pression sur les salaires, comme il l’a été au XIXe siècle.

L’emploi n’est pas une matière communautaire, comme c’est le cas aussi pour les autres domaines sociaux. Normalement, il est à la charge des États membres de l’Union. A eux de prendre les mesures qu’ils jugent adéquates.

Aussi les formulations qui y font référence dans le traité de Rome, acte fondateur de la Communauté économique européenne signé en 1957, sont extrêmement vagues et générales. L’article 117, le principal traitant de ce problème, exprime un souhait global : « Les États membres conviennent de la nécessité de promouvoir l’amélioration des conditions de vie et de travail de la main-d’œuvre permettant leur égalisation dans le progrès. Ils estiment qu’une telle évolution résultera tant du fonctionnement du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
commun, qui favorisera l’harmonisation des systèmes sociaux, que des procédures prévues par le présent Traité et du rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives. »
 [1] Dans ce cadre, selon l’article suivant, la Commission est invitée à promouvoir des collaborations entre États membres, notamment dans le domaine de l’emploi, mais sans plus.

L’optique est alors de mener des politiques keynésiennes [2] de soutien de l’activité économique par des interventions régulières et régulatrices des pouvoirs publics. Mais, avec la crise des années 70 et la baisse des taux de profit Taux de profit Rapport entre le bénéfice et le capital investi ; il y a différentes manières de le calculer (bénéfice net par rapport aux fonds propres de l’entreprise ; bénéfice d’exploitation sur les actifs fixes ; et les marxistes estiment le rapport entre la plus-value créée et le capital investi).
(en anglais : profit rate).
des entreprises, de nouvelles politiques sont mises en place. Le patronat, d’abord anglo-saxon, puis celui du reste de l’Europe, veut modifier cette approche au bénéfice de stratégies beaucoup plus concurrentielles, libérales et individualisées.

 Bourrasque sur les marchés (de l’emploi)

On peut appeler le paradigme sur lequel se développe l’économie des pays « avancés » depuis la Seconde Guerre mondiale, celui de la productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
 [3]. D’un côté, les entreprises sont appelées à accroître leur production et leur productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
. D’autre part, les travailleurs recevront des salaires habituellement en hausse, des conditions de travail plus décentes, garanties par des syndicats dont le rôle sera institutionnalisé. Les nations peuvent ainsi progresser économiquement et socialement.

Sauf que ce modèle tombe en panne à partir de la fin des années 60. Les gains de productivité s’amenuisent. Les investissements deviennent plus lourds, alors qu’ils rapportent moins. La rentabilité des firmes est en berne. La société de consommation de masse est de plus en plus critiquée. Les femmes réclament à juste titre leur égalité économique. Les pays du tiers-monde exigent de recevoir une plus grande part de la richesse Richesse Mot confus qui peut désigner aussi bien le patrimoine (stock) que le Produit intérieur brut (PIB), la valeur ajoutée ou l’accumulation de marchandises produites (flux).
(en anglais : wealth)
mondiale, notamment à travers des prix plus équitables pour les matières premières. Le système monétaire international est ébranlé par la double décision du président américain Richard Nixon d’abandonner la conversion automatique du dollar en or (1971) et de laisser ensuite flotter la devise américaine (1973). La crise de surproduction Surproduction Situation où la production excède la consommation ou encore où les capacités de production dépassent largement ce qui peut être acheté par les consommateurs ou clients (on parle alors aussi de surcapacités).
(en anglais : overproduction)
débute à la fin de 1973, avec la décision des pays exportateurs de pétrole de quadrupler les prix du baril brut, qui en est l’élément déclencheur, mais nullement la cause profonde.

Le système capitaliste mondial est un peu à la dérive. Pour la bourgeoisie, il faut reprendre les rênes en mains. C’est ce qui se passe à partir de la fin des années 70 avec l’arrivée d’idées conservatrices dominantes dans la sphère dirigeante de la Maison Blanche, puis par l’élection d’un président ouvertement néolibéral et conservateur, Ronald Reagan [4].

En Europe occidentale, le retournement s’opère au début des années 80. La hauteur des taux d’intérêt Taux d’intérêt Rapport de la rémunération d’un capital emprunté. Il consiste dans le ratio entre les intérêts et les fonds prêtés.
(en anglais : interest rate)
due à la lutte contre l’inflation Inflation Terme devenu synonyme d’une augmentation globale de prix des biens et des services de consommation. Elle est poussée par une création monétaire qui dépasse ce que la production réelle est capable d’absorber.
(en anglais : inflation)
aux États-Unis alourdit la dette publique Dette publique État d’endettement de l’ensemble des pouvoirs publics (Etat, régions, provinces, sécurité sociale si elle dépend de l’Etat...).
(en anglais : public debt ou government debt)
et les déficits budgétaires européens. Tous les pays, les uns après les autres, se lancent dans la rigueur. Les rémunérations des travailleurs sont comprimées. La part salariale dans le PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
 [5] se réduit considérablement durant la décennie.

En fait, on change de paradigme et on entre de plain-pied dans celui de la compétitivité. Or, selon celui-ci, il faut pouvoir gagner des parts de marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
sur les concurrents, ce qui se traduit sur le plan national par une capacité à exporter plus grande. « Dans le discours courant », explique Jean-Paul Fitoussi, « la compétitivité d’un pays est généralement interprétée comme sa capacité à exporter, telle qu’elle est reflétée par la combativité de ses entreprises dans la lutte pour les parts de marché. Les politiques de compétitivité privilégient la demande externe aux dépens de la demande interne. » [6]

Cette dernière remarque est capitale, car elle signifie que, contrairement aux années d’après-guerre, il ne s’agit plus de faire monter parallèlement production et salaire, associer production et consommation de masse, mais d’abaisser tous les coûts pour pouvoir aller vendre ailleurs, à l’étranger. Le salaire n’est donc plus un paramètre que les firmes doivent gérer adroitement, parce que, d’un côté, il constitue un élément de charge et, de l’autre, c’est la base de la demande domestique. Il devient seulement et uniquement un coût qu’il faut réduire [7]. De ce point de vue, l’utilisation du chômage comme pression sur les conditions redevient un instrument fondamental.

Mais l’Union ne progresse pas en ce début des années 80. On dit qu’elle est en panne. Les propositions politiques pour avancer dans l’intégration n’aboutissent pas. Le principal projet réalisé et en activité depuis le début de la crise économique est celui de la coopération monétaire.

 La version social-démocrate (et l’autre)

Il y a deux grandes versions pour expliquer l’introduction d’un chapitre emploi dans les matières traitées par l’Union européenne Union Européenne Ou UE : Organisation politique régionale issue du traité de Maastricht (Pays-Bas) en février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993. Elle repose sur trois piliers : les fondements socio-économiques instituant les Communautés européennes et existant depuis 1957 ; les nouveaux dispositifs relatifs à la politique étrangère et de sécurité commune ; la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. L’Union compte actuellement 27 membres : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas (1957), Danemark, Irlande, Royaume-Uni (1973), Grèce (1981), Espagne, Portugal (1986), Autriche, Finlande, Suède (1995), Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie (2004), Bulgarie, Roumanie (2007).
(En anglais : European Union)
. Selon la première, ce serait essentiellement une volonté de la social-démocratie qui était devenue majoritaire sur le continent à la fin des années 90 : prolonger l’Europe économique par une Europe sociale. Selon la seconde, que nous privilégions [8], il s’agit surtout d’un projet patronal pour arracher la primauté des préoccupations communautaires au profit de la compétitivité. Les deux perspectives ne sont nullement inconciliables. Elles ont pu être menées de front. Mais il est important de savoir laquelle des deux a eu le dernier mot et a été en définitive la plus influente sur la politique mise en œuvre.

Les auteurs proches du PSE (parti socialiste européen) avancent qu’au début des années 90, l’idée d’ajouter une dimension sociale à la construction européenne mûrit. Il y avait déjà eu, en 1989, la signature de la charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs. Mais celle-ci n’a aucun caractère contraignant.

Aussi dans le milieu scandinave, naît le projet d’inclure l’emploi dans les matières à traiter au niveau européen. Il y a de bonnes raisons à cela. Les politiques macroéconomiques et monétaires sont déjà dans la phase de la coopération. Cela a des effets sociaux manifestes, notamment sur le taux d’activité des populations. Le coordonnateur serait Allan Larsson, alors ministre suédois des Finances [9]. Il reprend comme base un texte de la SAMAK prônant la concordance des perspectives économiques et de celles du développement de l’emploi. La SAMAK est une organisation qui rassemble les partis sociaux-démocrates et les organisations syndicales dans tous les pays scandinaves [10].

Le rapport Larsson est adopté en décembre 1993, un peu avant l’adoption du livre blanc sur la Croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
, la compétitivité et l’emploi. Celui-ci est l’œuvre du président de la Commission de l’époque, le socialiste français Jacques Delors. C’est la première fois qu’une instance communautaire souligne la volonté de s’attaquer au problème du chômage de façon globale, par l’intermédiaire de grands projets intereuropéens.

Seulement, les fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
dégagés pour ces initiatives ne viendront pas. Le principal chantier qui naîtra sera celui d’Eurotunnel, avec un apport privé, et ce sera une catastrophe financière.

Les sociaux-démocrates ne désarment pas. En 1995, ils proposent d’intégrer un chapitre emploi aux traités européens. Ils reçoivent l’appui des démocrates-chrétiens surtout du côté belge et allemand, mais doivent batailler ferme contre les irréductibles libéraux. Ils parviennent à inscrire la dimension emploi dans le traité d’Amsterdam en juin 1997, mais il n’y a pas d’articles. Ceux-ci doivent être complétés en novembre de la même année, lors d’un sommet extraordinaire à Luxembourg.

C’est là que cette version de l’histoire prend un tour tout à fait étrange. Amenés à définir ce que devrait être une politique européenne de l’emploi, les sociaux-démocrates se seraient rendu compte qu’ils n’étaient pas d’accord entre eux. Mais ils se réunissent régulièrement depuis 1993. De quoi discutaient-ils entre eux, si ce n’est que pour s’apercevoir au moment de la conclusion qu’ils ignoraient les uns les autres ce qu’ils voulaient réellement ?

Évidemment, l’arrivée de trois gouvernements à dominante socialiste dans les principaux pays européens, Tony Blair en Grande-Bretagne, Gerhard Schröder en Allemagne et Lionel Jospin en France, a compliqué la donne. Il ne s’agit plus de faire des propositions abstraites, mais d’appliquer concrètement les mesures lancées. Or, entre un Blair partisan d’une troisième voie, incorporant les idées néolibérales, et un Jospin, qui tente une réduction du temps de travail basé sur la flexibilité, il y a manifestement quelques divergences. Mais elles étaient prévisibles.

De la même manière, s’il ne s’agit que d’un débat d’idées, on comprend mal pourquoi ce sont celles des Britanniques qui ont prévalu. En effet, à Luxembourg, ce qui est adopté est un programme très peu social et progressiste. Quatre piliers sont créés : 1. l’employabilité [11] ; 2. l’esprit d’entreprise ; 3. l’adaptabilité [12] ; 4. l’égalité des chances (surtout vue en matière d’égalité des sexes). Ils forment actuellement toujours la base de la stratégie européenne pour l’emploi.

 Le lobby est patronal

Vu ces incompréhensions et ces blancs, nous préférons donc une autre partie de la réalité : l’influence des lobbies patronaux dans l’application de cette politique. A ce stade, le lecteur doit se dire : « Bon, les organisations d’employeurs ont dû se mettre au diapason et faire en sorte que les nouvelles compétences sociales des instances européennes n’empiètent pas trop sur leurs prérogatives. ».

Eh bien, non ! En 1983, une nouvelle organisation est fondée : la Table ronde des industriels européens. Elle réunit à l’époque une quinzaine de dirigeants des plus grandes multinationales non financières d’Europe. Aujourd’hui, ils sont environ 45. Ils regroupent la plupart des secteurs industriels : automobile, chimie, aéronautique, sidérurgie, santé, fabrications métalliques… Ce sont les présidents notamment de Philips, de Fiat, de Renault, de Total, de Shell, de BP, de Nestlé, de Siemens, de BASF, d’Ericsson, de Nokia, de Volvo, d’Unilever, de Solvay… Rien que du beau monde !

D’emblée, cette entité s’est révélée très active, proposant l’achèvement du grand marché intérieur, contenu dans le traité de Rome. Et cette initiative a été reprise telle quelle par le nouveau président de la Commission… Jacques Delors. Voilà qu’on retrouve un éminent représentant du parti socialiste européen. Et ce n’est pas tout.

Dès 1991, l’ERT [13] écrit : « Les industriels considèrent le chômage comme l’un des pires fléaux de notre société, préjudiciable aussi bien à l’individu et à sa famille qu’à la collectivité et à l’économie ; ils estiment que sa résorption doit être un objectif majeur de la société moderne » [14]. On peut s’étonner de ce souci, mais la perspective sous-jacente est d’affirmer qu’il faut développer l’emploi. Avec cette condition impérative : seules des entreprises compétitives peuvent le faire.

Mettre en avant la question de l’emploi est une stratégie pour faire passer la primauté de la compétitivité comme priorité absolue des instances européennes. Mais, si les organisations patronales viennent avec ce thème en tant que tel, ils recevront de la part des syndicats, des travailleurs et probablement des partis sociaux-démocrates un soutien très relatif et peu prononcé. En revanche, s’ils arrivent avec le problème de l’emploi, ils ont immédiatement leur attention.

Le plus réceptif fut immédiatement le président de la Commission de l’époque, Jacques Delors. L’ERT avait l’habitude de publier un rapport quelques jours avant la tenue d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement. Ce fut le cas également en décembre 1993, lorsqu’il sortit le document ‘Vaincre la crise’ [15]. Les propositions élaborées par le lobby Lobby Groupement créé dans le but de pouvoir influencer des décisions prises habituellement par les pouvoirs publics au profit d’intérêts particuliers et généralement privés. La plupart des lobbies sont mis en place à l’initiative des grandes firmes et des secteurs industriels.
(en anglais : lobby)
ressemblent furieusement au livre blanc sur la croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
, la compétitivité et l’emploi. Lors de la présentation de celui-ci, Jacques Delors ne peut s’empêcher de remercier publiquement la contribution de l’ERT [16].

Mais, comme le projet n’aboutit pas, l’organisation patronale change de tactique : la constitution d’un groupe de haut niveau rassemblant employeurs, syndicats, monde politique et académiques devant sortir un rapport tous les six mois sur la manière d’améliorer la compétitivité en Europe. La création de celui-ci est adoptée au sommet d’Essen en décembre 1994. Sa durée de vie est de deux ans, mais il sera renouvelé pour la période 1997-1999. Comme le chancelier allemand Helmut Kohl ne voulait pas renforcer le pouvoir de la Commission à cette époque, l’organe ne sera que consultatif.

En revanche, il déblaie tout le terrain pour justifier que seules des entreprises compétitives créeront de l’emploi, que la main-d’œuvre doit accepter une bonne dose de flexibilité, que les marchés boursiers sont indispensables à la croissance, qu’il faut créer un cadre dans lequel les firmes privées peuvent prospérer, que l’éducation doit être tournée vers les besoins de ces dernières, etc. Les représentants syndicaux vont signer l’entièreté de ces documents, à l’exception d’une petite partie consacrée aux services publics devant être privatisés.

De ce point de vue, la stratégie européenne de l’emploi qui sort du Conseil extraordinaire de Luxembourg est bien davantage dans la droite ligne des rapports du Groupe consultatif sur la compétitivité que des préoccupations mal exprimées des partis sociaux-démocrates européens. Mais il manque un cadre plus contraignant pour aboutir à des résultats concrets.

C’est pourquoi en mars 2000, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres se rassemblant dans la capitale portugaise décident d’un objectif ambitieux de faire en 2010 de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » [17]. Pour ce faire, on se donne des moyens en différentes matières.

En ce qui concerne l’emploi, c’est le taux d’emploi qui sera central. Il doit atteindre 70% en 2010. Or, il s’agit du rapport entre une personne active (au travail salarié ou indépendant), dès qu’elle fournit au moins une heure de travail par semaine, sur la population âgée entre 15 et 64 ans. Contrairement à ce qu’on peut croire, la baisse du chômage n’en découle pas forcément, car on peut très bien parvenir à ce résultat en multipliant les emplois à temps partiel, flexibles et précaires. C’est d’ailleurs ce qui va se passer.

En même temps, des politiques d’activation sont mises en place dans tous les pays membres. Les chômeurs ne peuvent plus recevoir leurs allocations que s’ils acceptent de contracter un « pacte » avec l’agence de placement Placement Acquisition de titres en vue d’une opération plutôt à court terme et de faible envergure, n’impliquant pas un contrôle sur l’entité qui a émis ces titres. On considère généralement un achat de moins de 10% des parts de capital d’une firme (notamment à l’étranger) comme un placement et non comme un investissement (à moins qu’il y ait un lien ou des liens supplémentaires avec cette entreprise).
(en anglais : placement)
, prouvant que la personne soit cherche en permanence un poste, soit se trouve en formation. La déclaration universelle des droits de l’homme, accordant automatiquement un revenu de remplacement à celui qui perd son emploi, est ainsi bafouée : il n’aura pas son indemnité s’il ne montre pas à l’absurde qu’il est à la recherche d’un autre emploi.

En même temps, l’accord de 1948 reconnaissait le caractère fortuit et imprévisible pour le salarié de cette situation. Les politiques d’activation changent totalement ce rapport, en accord d’ailleurs avec la stratégie européenne d’emploi définie à Luxembourg : le chômeur est responsable de sa condition de travail ; il doit accepter de n’être qu’un pion temporaire dans une entreprise ; lorsqu’il se fait éjecter, il doit être capable de rebondir pour se proposer à d’autres postes, avec un temps d’adaptation éventuel pour se former ou se reformer ; bref, il doit être employable ; s’il ne l’est pas, c’est sa faute.

Enfin, les États devront participer à une nouvelle procédure intitulée la méthode ouverte de coordination. Selon celle-ci, ils définissent globalement les orientations nécessaires pour l’année en cours ou les trois ans à venir. Dans ce cadre, chaque pays précise les mesures qu’il va prendre concrètement. C’est le plan d’action nationale, qui deviendra par la suite le plan d’action et de réforme. La Commission jugera de sa pertinence et des possibilités d’aboutir. Enfin, lors de l’évaluation annuelle, le gouvernement devra justifier ses réalisations ou ses manquements devant les autres. Il sera soumis alors à ce qu’on appelle la pression par les pairs.

L’ERT va célébrer ces décisions comme étant le summum de son influence en Europe. Keith Richardson, secrétaire du lobby Lobby Groupement créé dans le but de pouvoir influencer des décisions prises habituellement par les pouvoirs publics au profit d’intérêts particuliers et généralement privés. La plupart des lobbies sont mis en place à l’initiative des grandes firmes et des secteurs industriels.
(en anglais : lobby)
de 1989 à 1998, salue l’événement de cette manière : « Le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 a représenté un point crucial de ce processus, avec ce « nouvel objectif stratégique » pour l’Union européenne Union Européenne Ou UE : Organisation politique régionale issue du traité de Maastricht (Pays-Bas) en février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993. Elle repose sur trois piliers : les fondements socio-économiques instituant les Communautés européennes et existant depuis 1957 ; les nouveaux dispositifs relatifs à la politique étrangère et de sécurité commune ; la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. L’Union compte actuellement 27 membres : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas (1957), Danemark, Irlande, Royaume-Uni (1973), Grèce (1981), Espagne, Portugal (1986), Autriche, Finlande, Suède (1995), Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie (2004), Bulgarie, Roumanie (2007).
(En anglais : European Union)
durant la prochaine décennie « de devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Lisbonne a tracé le lien direct entre la globalisation et la création d’emplois à travers la poursuite de la compétitivité aussi clairement que l’ERT l’a fait dans Remodeler Europe [18] et dans tant de rapports publiés au cours de cette décennie. La longue liste de points précis de politique décidés à Lisbonne a reflété les priorités habituelles de l’ERT complètement, de l’établissement de points de repères pour l’évaluation des performances à l’apprentissage la vie durant
 » [19]. Dans la brochure du vingtième anniversaire de l’organisation, l’ERT avoue que ses membres ont contribué activement à la préparation de l’agenda de Lisbonne [20].

Ce processus est donc beaucoup plus clairement un projet patronal qu’une volonté social-démocrate confuse et mal gérée. Les organisations d’employeurs ont trouvé sans doute chez certains, comme Jacques Delors, des appuis manifestes à leurs objectifs. Mais la cohérence globale est la leur.

 Des salaires sous pression

La prégnance capitaliste est encore plus manifeste lorsqu’on observe les mesures concrètement adoptées et leur signification.

D’abord, l’indicateur central est le taux d’emploi qui doit atteindre 70% de la population active pour 2010. Mais être actif veut dire travailler au moins une heure par semaine et la référence prise en compte est l’ensemble des hommes et des femmes ayant entre 15 et 64 ans. Il est important de souligner et de comprendre qu’il ne s’agit pas de réduire le taux de chômage. Certes, si on y parvient, on aura sans doute amélioré le taux d’emploi.

Mais cela peut se résoudre également par l’offre de postes à temps partiel, en horaire décalé, le week-end, et plus éloignés de ce que normalement le chercheur de travail demanderait en termes de rémunération, de proximité géographique ou d’activité professionnelle en fonction des études. Bref, ce sont des jobs précaires qu’il faudra accepter, sinon - et c’est là une nouveauté de l’activation des offices de placement Placement Acquisition de titres en vue d’une opération plutôt à court terme et de faible envergure, n’impliquant pas un contrôle sur l’entité qui a émis ces titres. On considère généralement un achat de moins de 10% des parts de capital d’une firme (notamment à l’étranger) comme un placement et non comme un investissement (à moins qu’il y ait un lien ou des liens supplémentaires avec cette entreprise).
(en anglais : placement)
- l’allocation sera supprimée, au moins temporairement. Et sur le plan comptable, on ne recensera plus que celles et ceux qui se conforment à cette définition hyperactive du chômeur.

On pourrait croire ce changement sémantique purement formel, ayant pour but de cacher la réalité et l’ampleur du chômage. En fait, il s’agit bien davantage que cela. C’est le constat des gouvernants et du patronat qu’une partie des inactifs, notamment ceux qui sont dans cette situation depuis longtemps, n’exercent plus leur rôle de pression sur les travailleurs pour abaisser leurs exigences. Il faut donc les activer pour qu’ils aillent chercher quand même ces postes qu’ils n’auront pas. Il n’est pas important que ces gens décrochent l’embauche. Ce qui l’est, en revanche, c’est que, s’il y a cent candidats pour un emploi au lieu de dix, aucun des demandeurs ne pourra exiger quoi que ce soit, car la file est longue à attendre, prête à reprendre le travail sans demande particulière. Ainsi, la domination capitaliste sans partage telle que la décrit Marx pour le XIXe siècle peut reprendre, parce que les employeurs jouent sur les deux parties du marché : l’offre qu’ils dominent et la demande qu’ils manipulent.

C’est déjà ce que relevait Jean-Paul Fitoussi en 1995 : « On constate, dans les faits, en ces pays, une érosion de l’influence du chômage sur les salaires, due en particulier à l’augmentation du nombre des chômeurs de longue durée. Ces chômeurs ne seraient plus considérés comme des concurrents potentiels sur le marché du travail et leur nombre n’affecterait plus vraiment la formation des salaires. » [21] Ce que confirme Gilles Raveaud à propos de la philosophie de la stratégie européenne pour l’emploi : « augmenter le taux d’emploi, c’est aussi nécessairement accroître l’offre de travail et donc la concurrence entre les salariés. C’est donc faire en sorte que la modération salariale, condition de la stabilité des prix, soit perpétuelle en raison de la « menace crédible » que les chômeurs représentent pour les salariés occupés. » [22]

L’exemple type de ce processus est l’Allemagne. Dans un premier temps, les augmentations de rémunération des travailleurs ont été ralenties dans les années 90. Ensuite, le gouvernement Schröder (social-démocrate [23]) a lancé des réformes dans le domaine du chômage : les mesures Hartz [24]. Celles-ci ont pris cours à partir de 2003 et ont commencé l’activation des chômeurs. Ces derniers sont désormais obligés d’accepter des postes loin de chez eux, d’autres qui sont en dessous de leurs qualifications, sous peine de sanctions. Les emplois temporaires ou à temps partiel ont été multipliés. Des minijobs à un euro [25] ont fait leur apparition. Enfin, les indemnisés de longue durée ont vu leurs allocations être réduites fortement non plus après 32 mois, mais après 12 mois seulement (18 pour les travailleurs de plus de 55 ans).

La conséquence fut un développement des travailleurs pauvres : tout en étant engagés par un contrat de travail, ils demeurent dans un état misérable à cause du bas niveau de la rémunération. On peut en voir les effets sur le graphique 1 qui compare l’évolution de la part salariale dans le PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
entre l’Allemagne et l’Union européenne (les 15 pays occidentaux).

Graphique 1. Evolution de la part salariale dans le PIB en Allemagne et dans l’Union européenne (à 15) 1991-2012 (en %)

Source : Calculs sur base d’AMECO, Base de données : http://ec.europa.eu/economy_finance/ameco/user/serie/SelectSerie.cfm?CFID=1693359&CFTOKEN=6fcc0067b30521b7-80FBBD00-BC80-3030-39CC1124EEBD668B&jsessionid=24065e99f26533524e7f.

La tendance est manifestement à la baisse dans les deux cas. Elle est plus prononcée dans les autres pays dans les années 90. Puis, soudainement, à partir de 2003, la part allemande baisse fortement : elle perd 5 points de PIB en à peine quatre ans. L’Allemagne, qui était au-dessus de la moyenne européenne jusqu’en 2005, plonge subitement bien en dessous. Ensuite, la crise réunit quelque peu les deux positions.

Mais il est clair que cette chute n’a pas été provoquée par une réduction demandée des salaires nominaux. C’est le résultat des mesures de flexibilité du travail et d’activation des chômeurs pour qu’ils pèsent sur les revendications des travailleurs.

 Made in Europe 2020

On ne change pas une stratégie gagnante. La Commission n’a pas atteint les 70% en 2010. Seuls quelques pays y sont parvenus [26]. Pour les 15 pays initiateurs, le taux s’éleva à 65,4%. Pour l’Union à 27, ce fut 64,2%. La Commission a donc inventé une histoire comme quoi c’était la crise, commencée en 2007, qui avait empêché les États de réaliser les objectifs. Mais tout le monde sait que, même sans récession Récession Crise économique, c’est-à-dire baisse du produit intérieur brut durant plusieurs mois au moins.
(en anglais : recession ou crisis)
, les cibles n’auraient pas été atteintes.

Néanmoins, José Barroso, le président de la Commission, a prévu de poursuivre le programme élaboré dix ans plus tôt à Lisbonne. Le taux d’emploi est repris tel quel, avec de légères modifications : la mission sera maintenant de viser un taux de 75% pour 2020 par rapport à la population âgée de 20 à 64 ans. A cela s’ajoutent d’autres objectifs concernant la recherche et développement, la réduction des effets de serre, la lutte contre la pauvreté et contre l’échec scolaire. L’ensemble forme le nouveau projet communautaire majeur sous le nom d’Europe 2020.

Mais la crise commencée en 2007-2008 a imposé un autre agenda : celui de la rigueur budgétaire. Dorénavant, ne plus respecter les critères posés à Maastricht, soit avoir une dette publique Dette publique État d’endettement de l’ensemble des pouvoirs publics (Etat, régions, provinces, sécurité sociale si elle dépend de l’Etat...).
(en anglais : public debt ou government debt)
sous les 60% du PIB [27] et un déficit budgétaire Déficit budgétaire Différence négative entre ce que les pouvoirs publics dépensent et ce qu’ils reçoivent comme recette durant une période déterminée (souvent un an). Ce déficit peut être compensé par des revenus supplémentaires, par une réduction des dépenses ou par un nouvel emprunt (mais qui se traduira à l’avenir par des charges financières accrues qui grèveront les comptes budgétaires des années suivantes).
(en anglais : general government imbalance, public fiscal imbalance ou deficit spending)
sous les 3%, sera soumis à sanction. Les États ont donc établi des plans drastiques d’austérité Austérité Période de vaches maigres. On appelle politique d’austérité un ensemble de mesures qui visent à réduire le pouvoir d’achat de la population.
(en anglais : austerity)
, oubliant qu’en période de crise ce qui l’amortit pour la population, surtout parmi les plus défavorisés, ce sont les mécanismes de sécurité sociale et les emplois dans l’administration publique.

Au contraire, les gouvernements européens ont imposé des mesures de réduction des postes de fonctionnaires, d’une part, et des restrictions sur les allocations de chômage, avec une sévérité plus grande pour les fournir, d’autre part. En même temps, ils ont profité de la situation de précarité grandissante pour obtenir des avancées en matière de flexibilité. Ainsi, un des problèmes majeurs en Espagne pour le patronat était les indemnités de licenciement jugées trop importantes, protégeant le salarié trop longtemps. Une des priorités du gouvernement de droite de Manuel Rajoy a été de supprimer cet acquis social. On peut relever d’autres dispositions identiques comme la dégressivité des allocations de chômage en Belgique.

Décidément, l’Europe qui se vante partout de son modèle social avancé est en train de le détruire et d’en revenir à la situation qui prédominait au XIXe siècle : l’individualisation des salariés, de sorte qu’aucun d’entre eux ne peut peser sur le marché de la force de travail Force de travail Capacité qu’a tout être humain de travailler. Dans le capitalisme, c’est la force de travail qui est achetée par les détenteurs de capitaux, non le travail lui-même, en échange d’un salaire. Elle devient une marchandise.
(en anglais : labor force)
. De la sorte, elle réalise pleinement les vœux de l’ERT, exprimés depuis le début des années 90.

 Carrément asocial

Le chômage est une calamité pour tous. Mais ceci n’est pas perçu de la même façon en fonction de la position que l’on occupe dans les classes sociales. Évidemment, le travailleur qui perd son emploi voit non seulement une perte de revenu, qui peut être non négligeable, mais surtout il pénètre une zone risquée où il peut même être rejeté, voire exclu, de la société. Cela l’amène dans une situation de vulnérabilité très grande.

En revanche, pour le patronat, le chômage est vu essentiellement comme un coût. Et, s’il dure trop longtemps, il devient inutile pour exercer une pression sur les salaires et les autres aspects des conditions de travail. De ce point de vue, il ne s’agit pas de le supprimer complètement, mais de le rendre de nouveau efficace pour réduire les prétentions des actifs.

Or, c’est bien ce qui s’est produit à l’échelle européenne. La primauté accordée à l’emploi n’est nullement responsable d’une amélioration du sort des salariés. Au contraire, leur situation d’ensemble s’est dégradée. La politique poursuivie par les instances européennes a épousé les volontés patronales, presque dans ces moindres détails. Ce n’est pas parce qu’on parle de social qu’on mène une stratégie progressiste ou en faveur des travailleurs et des plus défavorisés de la société.


[1Traité instituant la Communauté économique européenne, Rome, 25mars 1957 : http://eur-lex.europa.eu/fr/treaties/dat/11957E/tif/11957E.html.

[2Du nom de l’économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946).

[3D’autres auteurs préfèrent parler de fordisme. Mais ce terme est particulièrement impropre.

[4Même chose en Grande-Bretagne, avec l’élection de Margaret Thatcher.

[5Le produit intérieur brut (PIB) calcule la richesse marchande et monétaire créée durant un laps de temps (un an, par exemple) sur un territoire (un pays).

[6Jean-Paul Fitoussi, Le débat interdit, éditions du Seuil, Paris, 2000, p.184.

[7La logique d’ensemble est, bien évidemment, contradictoire. Mais, comme les politiques sont menées à l’échelle d’une entreprise individuelle, d’un groupe multinational, d’un pays ou d’une région, on peut rationnellement poursuivre cet objectif, alors que l’effet global sera désastreux.

[8Voir Xavier Dupret, Henri Houben et Erik Rydberg, Capital contre travail, éditions Couleur Livres, Charleroi, 2007, en particulier les chapitres 4 et 5.

[9Il sera ministre des Finances entre 1991 et 1994. Ensuite, avec l’entrée de la Suède dans l’Union en 1995, il devient directeur général de la DG Emploi jusqu’en 2000.

[10Rappelons qu’à ce moment, seul le Danemark fait partie de l’Union.

[11Terme qui devrait être considéré comme trop explicitement néolibéral, car il a été remplacé depuis lors par la capacité d’insertion professionnelle.

[12Notion qui signifie en fait l’adoption de toutes les formes de flexibilité possible.

[13C’est le sigle que l’on donne à la Table ronde à partir de sa traduction anglaise, à savoir European Roundtable of industrialists.

[14ERT, Remodeler l’Europe, Bruxelles, septembre 1991, p.25.

[15ERT, Vaincre la crise. Charte pour l’avenir industriel de l’Europe, décembre 1993.

[16Observatoire de l’Europe industrielle, Europe Inc. Liaisons dangereuses entre institutions et milieux d’affaires européens, Agone éditeur, Marseille, 2000, p.44.

[17Conseil européen de Lisbonne, « Conclusions de la présidence », Lisbonne, 23 et 24 mars 2000, point 5.

[18Le rapport présenté par l’ERT en septembre 1991 et déjà cité.

[19Keith Richardson, “ Big Business and the European Agenda ”, Sussex European Institute, Working Papers, n°35, septembre 2000, p.25. http://www.sussex.ac.uk/Units/SEI/pdfs/wp35.pdf

[20ERT, ERT Highlights 1983-2003, 2003, p.15.

[21Jean-Paul Fitoussi, op. cit., p.182.

[22Gilles Raveaud, « La stratégie européenne pour l’emploi : une première évaluation », in Chantal Euzéby, Frédéric Carluer, Séverine Chapon, Alain Euzéby et Dominique Mansanti, Mondialisation et régulations sociales, XXIIIes Journées d’économie sociale, Grenoble, 11-12 septembre 2003, Tome 1, L’Harmattan, Paris, 2003, p.171, cité par Bernard Conter, La stratégie européenne pour l’emploi : de l’enthousiasme à l’effacement, éditions du CRISP, Bruxelles, 2012, p.155.

[23La coalition associe le parti social-démocrate (SPD) et les Verts.

[24Du nom de son inspirateur : Peter Hartz. Celui-ci était alors directeur du personnel de Volkswagen. Il a dû démissionner en 2005 pour des affaires de corruption.

[25Le chômeur gagne un euro de plus que son allocation par heure en cas de travail de ce type.

[26L’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède.

[27Le Produit intérieur brut (PIB) est la richesse marchande et monétaire créée durant un laps de temps sur un territoire.