La Fédération transnationale des coursiers (FTC) est née le vendredi 26 octobre 2018 : un nouveau mouvement social européen initié par les travailleur.e.s de plateformes de livraison de repas chauds telles que Deliveroo, Foodora, Ubereats, Glovo, Stuart. Le bébé pèse tout de même vingt collectifs et syndicats nationaux, tous acteurs de la lutte ! Précoce, son premier cri a été : transparence des données et salaire minimum horaire pour tou.te.s les coursier.e.s[[Ces deux mots d’ordre font partie des nombreuses revendications communes répertoriées dans une charte transnationale pour le secteur, à publier prochainement. Les priorités seront à définir au fur et à mesure !

La toute nouvelle structure est issue de l’Assemblée générale européenne des livreur.e.s intitulée « Riders4rights » organisée par le réseau AlterSummit [1] les 25 et 26 octobre à Bruxelles. Soixante livreur.e.s, représentants des collectifs nationaux et/ou syndicats issus de treize pays [2] se sont rassemblés sur ces deux journées ainsi qu’une vingtaine de représentants d’organisations syndicales, ayant statut d’observateurs sur la première session.

Bien qu’atomisés par les plateformes, les collectifs de livreur.e.s ont réussi le tour de force d’unir leurs multiples luttes locales en une lutte à l’échelle européenne. La démarche de l’AlterSummit est simple : puisque les plateformes qui ont créé ces nouvelles formes de sous-emploi et de travail à la demande sont des entreprises multinationales, la seule riposte possible est bien celle d’une mobilisation transnationale Transnationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : transanational)
. L’assemblée a permis deux moments essentiels : un échange entre les collectifs sur leurs expériences nationales respectives en matière de formes d’organisations, de luttes, et de revendications, suivi d’un passage à une charte de revendications communes. Une première action a eu lieu le 26 octobre en soirée pour fêter la naissance de la FTC : une manifestation à vélo des participants rejoignant la masse critique [3]. La nouvelle née prévoit, pour la suite, une série d’actions nationales simultanées dans plusieurs pays.

La FTC pose ainsi une pierre importante sur le long chemin de la construction d’un mouvement social européen que Pierre Bourdieu appelait déjà de ses vœux il y a 20 ans [4].

Consultez les articles et l’interview d’Anne Dufresne à ce sujet :

Radio RTBF : 7 min sur la première ! Le passage est entre 34’ & 42’

Article paru dans Le Soir

L’agence Belga

Le Metro

Notes

[1Le réseau Altersummit est un réseau européen ayant la spécificité de réunir des syndicalistes et des mouvements sociaux d’une dizaine de pays. Il est né en 2013 dans la foulée des forums sociaux et a pour objectif de créer un espace de débat et de porter un message alternatif. Voir http://www.altersummit.eu/?lang=fr

[2Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse.

[3La masse critique est une manifestation à bicyclette organisée simultanément le dernier vendredi du mois dans plus d’une centaine de villes dans le monde. Le mot d’ordre : « le vélo dans la ville ».

[4Pierre Bourdieu, Donner un sens à l’Union, Pour un mouvement social européen, Le monde diplomatique, juin 1999, pp. 16-17, https://www.monde-diplomatique.fr/1999/06/BOURDIEU/3080