« Nous exprimons à nouveau notre profonde déception devant l’insuffisance des progrès dans la mise en œuvre des réformes des quotes-parts et de la gouvernance du FMI FMI Fonds? est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
? qui ont été arrêtées en 2010 et nous engageons vivement les États-Unis à en achever la ratification. Cela reste un obstacle à la crédibilité, à la légitimité et à l’efficacité du FMI? […] » [1]
. C’est ainsi que le groupe des 24 [2] (représentant une partie des États africains, asiatiques et latino-américains) s’est exprimé le 16 avril dernier lors de la 93e réunion du groupe pour les affaires internationales et le développement.

Les quotes-parts représentent en quelque sorte la « cotisation » de chaque membre au Fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds? spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
? monétaire international. En principe, chaque pays participe en fonction de son poids dans l’économie mondiale. Le montant de ces quotes-parts détermine ensuite le nombre de droits de vote dont chaque pays dispose.

Les décisions importantes se prennent à une majorité de 85%. Les États-Unis disposant de 16,75% des droits de vote bénéficient donc de facto d’un droit de veto pour toutes les décisions engageant l’avenir du Fonds?. En 2010, les membres du FMI? s’étaient accordés pour modifier le montant de ces quotes-parts et ainsi mieux prendre en compte la montée en puissance des pays émergents dans l’économie mondiale. Problème : le processus est à l’arrêt, le Congrès américain refusant de ratifier cette décision (et de perdre son droit de véto).

La prochaine révision générale des quotes-parts du FMI? est censée avoir lieu fin 2015, alors même que la précédente n’a pas été mise en œuvre ; d’où le perceptible agacement des pays émergents. Et le problème risque d’être à nouveau remis sur la table lors du prochain examen de la répartition du capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital?, mais aussi fund ou wealth)
? de la Banque mondiale Banque mondiale Institution intergouvernementale créée à la conférence de Bretton Woods ? est parvenu à imposer ses orientations politiques et économiques aux pays demandeurs.
(En anglais : World Bank)
? prévu pour octobre 2015 au plus tard. Le G-24 souligne à cet effet « qu’une nouvelle formule d’ajustement de la répartition du capital Capital ? doit bel et bien accroître le pouvoir de vote des pays en développement et des pays en transition, et rendre le pouvoir de vote plus équitable, tout en protégeant le pouvoir de vote des pays pauvres les plus petits ».

La récente volonté des émergents de créer une alternative à la Banque mondiale? et au FMI? participe de cette défiance croissante envers les institutions de Bretton Woods Bretton Woods Ville du New Hampshire près de la côte Est des États-Unis. En juillet 1944, s’est tenue, au Mount Washington Hotel, une conférence internationale pour bâtir un système financier solide pour l’après-guerre. La délégation américaine était menée par Harry Dexter White, la britannique par l’économiste John Maynard Keynes. Ce sommet a reconfiguré le système monétaire international jusqu’en 1971. Selon les accords, toutes les devises étaient échangeables en dollars à taux fixe. Seul le dollar était convertible en or au taux fixe de 35 dollars l’once. Et un organisme est créé pour aider les pays qui ont des problèmes avec leur balance des paiements : le Fonds?).
(en anglais : Bretton Woods system)
. Plusieurs projets ont ainsi vu le jour, à l’initiative des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), emmenés par la Chine.

Le premier est l’AIIB (Asian Infrastructures Investment Bank), la Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures lancée en octobre 2014 et dont le projet phare sera la construction d’une « nouvelle route de la soie » reliant Pékin à l’Europe via le Moyen-Orient. Elle compte 57 pays fondateurs [3] – dont l’Allemagne, l’Italie, la France et le Royaume-Uni qui l’ont rejoint en mars 2015 – et disposera d’un capital? de 100 milliards de dollars. Elle risque de faire concurrence dans l’avenir à la fois à la Banque mondiale?, mais aussi à la Banque asiatique de développement, largement dominée par les États-Unis, l’Union européenne Union Européenne Ou UE? : Organisation politique régionale issue du traité de Maastricht (Pays-Bas) en février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993. Elle repose sur trois piliers : les fondements socio-économiques instituant les Communautés européennes et existant depuis 1957 ; les nouveaux dispositifs relatifs à la politique étrangère et de sécurité commune ; la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. L’Union compte actuellement 27 membres : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas (1957), Danemark, Irlande, Royaume-Uni (1973), Grèce (1981), Espagne, Portugal (1986), Autriche, Finlande, Suède (1995), Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie (2004), Bulgarie, Roumanie (2007).
(En anglais : European Union)
? et le Japon. À cette banque, doit s’ajouter la nouvelle banque de développement des BRICS inaugurée à l’été 2014 [4] et qui proposera des prêts non assortis de conditions contraignantes.

Les BRICS ont également mis en place un Fonds? de réserve, le « Contingent reserve arrangement » qui sera doté à terme de 100 milliards de dollars. La ratification par les BRICS de cet accord devrait intervenir dans le courant de l’année 2015. Ce fonds? est destiné à aider des pays qui pourraient faire face à des problèmes temporaires de réserves de change ou de balance des paiements Balance des paiements Relevé des entrées et des sorties d’argent d’un pays durant une période déterminée (généralement un an). La balance des paiements se compose de la balance courante ?. Le solde est ce qui entre ou qui sort comme réserves dans les caisses de la banque centrale. Lorsque celles-ci sont vides, le pays est virtuellement en faillite ; il doit dévaluer (souvent fortement) sa propre monnaie.
(en anglais : balance of payments).
. Ce nouveau fonds? ne sera toutefois pas apte à concurrencer le FMI?, les sommes mises sur la table par les BRICS ne semblant pas être suffisantes pour éclipser le Fonds? monétaire international dans l’immédiat. Fin 2014, 185 milliards de dollars étaient déjà engagés dans des prêts en cours et les membres s’étaient engagés à augmenter les ressources du Fonds? pour atteindre 1.000 milliards de dollars [5].

Les institutions de Bretton Woods ne disparaîtront donc pas d’un revers de main, mais la montée en puissance des pays émergents pourrait dans les prochaines années redistribuer la donne et aboutir à l’émergence d’un nouveau système monétaire international, dont le dollar ne serait pas l’unique monnaie Monnaie À l’origine une marchandise qui servait d’équivalent universel à l’échange des autres marchandises. Progressivement la monnaie est devenue une représentation de cette marchandise d’origine (or, argent, métaux précieux...) et peut même ne plus y être directement liée comme aujourd’hui. La monnaie se compose des billets de banques et des pièces, appelés monnaie fiduciaire?. Aux États-Unis et en Europe, les billets et les pièces ne représentent plus que 10% de la monnaie en circulation. Donc 90% de la monnaie est créée par des banques privées à travers les opérations de crédit.
(en anglais : currency)
de référence, et permettre in fine d’arriver à une multipolarisation, certainement souhaitable, des relations économiques internationales.

Notes

[1Communiqué du Groupe Intergouvernemental des Vingt-Quatre pour les Affaires internationales et le Développement, 16 avril 2015. http://bit.ly/1IPl6pM

[2Le G-24 est composé de représentants de : l’Afrique du Sud, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, l’Égypte, l’Éthiopie, le Gabon, le Ghana, le Nigéria, l’Inde, l’Iran, le Liban, le Pakistan, les Philippines, le Sri Lanka, la Syrie, l’Argentine, le Brésil, la Colombie, le Guatemala, le Mexique, le Pérou, Trinité et Tobago et du Venezuela

[3Le Canada, le Mexique et les États-Unis restent à l’écart du projet. La Belgique du côté européen et le Japon en Asie n’ont pas souhaité se joindre à l’AIIB non plus. La Suisse et la Russie ont annoncé leur intention de se joindre au projet fin mars 2015.

[5Factsheet FMI?, http://bit.ly/1DiNrj2